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à gauche : "Picasso. Chefs-d’œuvre !" (© Heymann Renoult), à droite en haut : "Anarchitecte" et à droite en bas : "Madame Air" (© Anne Lise Broyer/Courtesy La galerie particulière)

Arts plastiques : "En écoutant l’artiste, on se rend compte de la poésie de son geste"

55 min
À retrouver dans l'émission

A l'occasion de cette émission consacrée aux arts-plastiques, La Dispute abordera trois expositions : "Picasso. Chefs-d'oeuvre !" au Musée national Picasso-Paris, "Anarchitecte" au Jeu de Paume, mais aussi "Madame Air" qui marque la réouverture du Musée de la vie Romantique.

à gauche : "Picasso. Chefs-d’œuvre !" (© Heymann Renoult), à droite en haut : "Anarchitecte" et à droite en bas : "Madame Air" (© Anne Lise Broyer/Courtesy La galerie particulière)
à gauche : "Picasso. Chefs-d’œuvre !" (© Heymann Renoult), à droite en haut : "Anarchitecte" et à droite en bas : "Madame Air" (© Anne Lise Broyer/Courtesy La galerie particulière)

"Picasso. Chefs-d’œuvre !", exposition du 4 septembre 2018 au 13 janvier 2019 au Musée national Picasso-Paris

© Heymann Renoult
© Heymann Renoult

Présentation officielle :

Quel sens a la notion de chef-d'oeuvre pour Pablo Picasso ? L'exposition « Picasso. Chefs-d'oeuvre ! » répond à cette question en réunissant des œuvres maîtresses, pour certaines présentées à Paris pour la première fois. Grâce à des prêts exceptionnels, des chefs-d'oeuvre du monde entier dialogueront avec ceux du Musée national Picasso-Paris. L'ensemble réuni propose une nouvelle lecture de la création picassienne, grâce à une attention particulière portée à la réception critique. Le parcours revient ainsi sur les expositions, les revues et les ouvrages qui ont accompagné chaque oeuvre et qui ont contribué, au fil des années, à forger leur statut de chefs-d'oeuvre. Les archives du Musée national Picasso-Paris occupent une place essentielle dans ce récit.

L'avis des critiques :

Ce titre ne s’annonce pas forcément comme une lecture nouvelle de l’œuvre de Picasso. Je pense que si on ne s’arrête pas à ce titre, l’exposition prétend explorer le paratexte des œuvres de Picasso, ce qui est assez convaincant. Mathilde Villeneuve

Effectivement le titre est trompeur, il a quelque chose d’un peu ironique même. La scénographie de l’exposition est un petit peu encombrante en créant des effets de spectacularisation. Mais j’ai trouvé intéressant le côté anti-chefs-d’œuvre. Anaël Pigeat

Il y a peut-être un changement stratégique par rapport aux autres expositions, on veut présenter Picasso comme un artiste non-institutionnel. Tout le malentendu de cette exposition est dans le titre et ce terme : "chefs-d’œuvre". Florian Gaité

On a souvent du Picasso dans le titre plus que dans l’exposition. Un titre qui va quand même être une promesse pour le spectateur qui passe par là. Arnaud Laporte

"Anarchitecte", exposition du 5 juin au 23 septembre au Jeu de Paume

"Anarchitecte" de Gordon Matta-Clark
"Anarchitecte" de Gordon Matta-Clark

Présentation officielle :

Réunissant près d’une centaine d’oeuvres de Gordon Matta-Clark (1943-1978), l’exposition « Anarchitecte » explore l’importance du travail de l’artiste au regard d’une réévaluation de l’architecture après le modernisme. Couvrant un large éventail de médiums – photographie, film et gravure –, l’exposition présente des oeuvres qui, du fait de leur lien avec la culture urbaine contemporaine, éclairent le contexte dans lequel s’inscrit la passionnante critique de l’architecture proposée par Gordon Matta-Clark. 

S’installant à New York peu après la fin de ses études à l’école d’architecture de l’université Cornell (1962-1968), Matta-Clark commence à produire une série d’oeuvres in situ dont le propos semble être de procéder à une anatomie du corps même du paysage urbain : il découpe et démantèle littéralement les structures des bâtiments, exhibant ce qui subsiste à titre de preuve. Ces actions ont lieu, pour la plupart, dans le sud du Bronx à une époque où le quartier connaît un fort déclin économique en raison de l’exode massif de la classe moyenne vers la banlieue. Nombre de bâtiments abandonnés deviennent ainsi le terrain privilégié d’intervention de Matta-Clark. L’une des séries les plus iconiques de la période, Bronx Floors, deviendra emblématique de son travail et servira de base à d’autres projets ambitieux tels que Conical Intersect (Paris, 1975).

Gordon Matta-Clark n’a pas seulement déstabilisé les notions de module et de répétition chères à l’architecture moderniste, il a aussi pris acte de cette tendance croissante à interagir avec l’espace public que traduit la prolifération des graffitis. Répliquant à la tristesse de l’expansion urbaine, le graffiti devient le moyen par lequel la jeunesse de tous les pays exprime sa rébellion contre le conformisme et, en fin de compte, contre l’autorité de l’architecte. Ironiquement, la méthode du « découpage », née des ruines du paysage de l’ère industrielle, allait bientôt influencer toute une génération de jeunes architectes, notamment parmi les adeptes de l’esthétique déconstructiviste – Frank Gehry, Peter Eisenman ou encore Daniel Libeskind. Avec la réévaluation de la culture urbaine, il est apparu plus récemment que le travail de Matta- Clark sur les graffitis témoignait aussi d’une certaine prescience des nouvelles orientations architecturales, si l’on en juge par le nombre croissant de créateurs qui puisent leur inspiration dans cette expression. Retraçant le parcours de l’artiste depuis ses premières interventions dans le Bronx, l’exposition « Gordon Matta-Clark. Anarchitecte » propose une nouvelle lecture de son oeuvre et de son influence sur l’art et l’architecture contemporains.

L'avis des critiques :

Le fait de voir Gordon Matta Clark au @jeudepaume est en soit une chose totalement réjouissante. Il a travaillé dans la ville et a une vision de la peau des villes, de la peau des murs, de la peau des immeubles. L’écueil de la muséification n’est toutefois pas totalement contourné. Anaël Pigeat

Le risque avec une telle exposition c'est de « chosifier », de risquer d'aplanir l’œuvre. Pour moi cela permet de recontextualiser son travail, notamment très politique. En écoutant l’artiste, on se rend compte de la poésie de son geste. Mathilde Villeneuve

La question se pose quant à l’anarchie au musée. Le but de tout ça est de dire que la modernité et le modernisme en architecture a surtout enfermé. La muséification a tendance à sacraliser, j’ai découvert une part plus spirituelle de son œuvre. Florian Gaité

"Madame Air", exposition jusqu’au 23 septembre au Musée de la Vie Romantique

Anne Lise Broyer/Courtesy La galerie particulière
Anne Lise Broyer/Courtesy La galerie particulière

Présentation officielle :

« Le rêve est une seconde vie ». Ainsi commence Aurélia de Gérard de Nerval et c’est sous cet adage que se construit ce projet. Ce projet ne sera qu’une suite de rêves. Le spectateur déambulera dans l’espace du Musée de la vie romantique comme perdu dans l’espace et le temps. Un personnage féminin hantera le lieu, madame Air, tour à tour, George, Rachel, Maria, Pauline, Sophie, Aurore… 

Madame Air est toutes ces femmes, artistes et muses à la fois. « Petite âme individuelle », la présence (selon Barthes) est liée à la question de l’air. L’air est comme un supplément de vie. Par un jeu de présence/absence, se créeront de mystérieuses liaisons entre le présent et le passé, l’intérieur et le dehors, nohant, ma maison natale et l’atelier de la rue Chaptal... En tenant compte de l’architecture et des caractéristiques du lieu, il sera question d’envisager le musée comme le réceptacle de cette rêverie. Entre les images photographiques, les dessins et les objets créés, entre les pièces de la collection, s’installera une sorte de trouble de la perception. L’espace sera comme un territoire sans frontière dans lequel différents médiums se répondront. 

Ces histoire de vies, pourraient en effet être écrites en caractères mystérieux et indélébiles, dans chaque objet, dans chaque image... L’ensemble se composera de lieux, de paysages, de visages, d’objets où chaque ébranlement de l’âme viendra affleurer dans l’expression d’une émotion profonde. Il y suffira de prêter l’oreille à la voix des choses et les regarder « jusqu’à l’accord »... Ce projet se découpe en deux chapitres, dans deux lieux qui se répondent.

L'avis des critiques :

Ce n’est pas une exposition dans l’espace habituel, mais un parcours dans les collections. C'est une manière de mettre le doigt sur la singularité de ce lieu et de le dynamiser par l'art contemporain. Anaël Pigeat

On pourrait croire que cela vient du 19ème alors que ça vient de l’art contemporain. Ça ne m’a pas franchement emballé. J’ai quand même l’impression qu’il y a des questions à poser, notamment vis-à-vis de l’introduction du contemporain dans ce musée. Florian Gaité

Anne-Lise Boyer a de belles photographies, on ne peut pas dire qu’elles manquent d’âme. Il y a un jeu de textures entre le grain de la peau, la coiffure. Mais j’ai l’impression que cette exposition dessert sa photographie, l’aspire totalement. Mathilde Villeneuve

>> LE COUP DE COEUR DE FLORIAN GAITE : "Danh Vo", exposition jusqu’au 28 octobre au CAPC – Musée d’art contemporain de Bordeaux

Présentation officielle :

L’installation sculpturale, in-situ, que Danh Vo a conçue pour l’espace monumental et emblématique de la Nef du CAPC se décline en quatre temps. Ces quatre moments reflètent une méthode de travail qui procède par association(s) entre des éléments issus des nombreuses collections que l’artiste constitue au fil du temps et en fonction de chaque projet. Elle est à la fois une mise en évidence de l’articulation entre histoire(s) personnelle(s) et collective(s) ainsi qu'une réflexion sur le rapport entre les œuvres, l’architecture et la mémoire du bâtiment qui abrite le musée d’art contemporain de Bordeaux, l’historique Entrepôt Lainé.

Entre cathédrale et stockage¹, l’agencement des différents éléments dans l’espace de la Nef invite les visiteurs à déambuler dans l’exposition en se forgeant leur propre récit. Autant d’histoires individuelles permettant d'induire l’écriture silencieuse d’une histoire commune.

Le choix du marbre, comme matériau prédominant et spectaculaire de l’installation présentée au CAPC, trouve sa source dans un voyage à Rome, effectué par l’artiste en compagnie de l’historienne de l’art Patricia Falguières, spécialiste de l’histoire culturelle de la renaissance. Ce parcours commencé dans l’ancienne capitale de l’empire romain les a ensuite conduits aux carrières de marbre de Carrare dans une sorte de voyage dans le temps remontant aux sources minérales des productions esthétiques.

L’importance du travail manuel lié à l’extraction et à la taille de ce matériau a fasciné l’artiste, qui a cherché ici à relever le défi de l’utiliser, non pas pour le sculpter mais pour organiser dans l’espace ces impressionnants fragments d’âges divers qui renvoient autant à notre inscription dans l’histoire géologique du monde qu’à l’effort humain impliqué dans son exploitation. Ces blocs de marbre, découpées pour la plupart dans les années 1930, deviennent le support des photographies de l’artiste de mains sculptées par Michel-Ange : main gauche du Christ, main droite de David, main gauche de David, main droite de Moïse, main gauche de Moïse, main droite de Giuliano de Medici.

De par sa monumentalité et le poids de la trentaine de blocs de marbre, pesant entre 1 et 21 tonnes, l’installation de Danh Vo évoque inévitablement un certain rapport au pouvoir et donc en quelque sorte à la masculinité, mais il s’agit ici plutôt d’un intérêt pour le caractère fluctuant de ces concepts et d’une réflexion sur la perte des attributs auxquels ils sont associés.
Comme le rappelle l’artiste, nous sommes seuls responsables dans notre choix, d’endosser ou pas, les rôles que la société cherche trop souvent à nous attribuer.

Il en va ainsi face à cette proposition de notre propre perception esthétique. Confrontés à une mise en relation parfois contradictoire entre les éléments qui composent l’installation, nous devons construire notre propre lecture en articulant un récit personnel.

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Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records)

Intervenants
  • Editor-at-large du mensuel The Art Newspaper édition française, critique d’art et journaliste à Paris Match, productrice de documentaires sur France-Culture, ancienne critique à La Dispute sur France Culture
  • Docteur en philosophie, enseignant à l'Université Paris 1
  • Critique à La Dispute
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