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en haut à gauche : "UN AUTRE OEIL", Claude Viallat, , Sans titre n°97, 2005 (© Adagp, Paris, 2018), en haut à droite : "IDIOLECTE", "Revers" et "Majelich", 2018, performances filmées (© Camille Llobet). en bas : "QUE FUT 1848 ?" (© Aurélien Mole)

Arts plastiques : Un autre œil, "ce sont les œuvres qui parlent"

54 min
À retrouver dans l'émission

Au sommaire de La Dispute arts plastiques, trois expositions : "Que fut 1848 ?" au FRAC Grand Large - Haut-de-France, "Un autre œil, d'Apollinaire à aujourd'hui" au LAAC à Dunkerque et "Idiolecte" de Camille Llobet à la Galerie Florence Loewy. Mais aussi un coup de cœur pour Ariane Loze.

en haut à gauche : "UN AUTRE OEIL", Claude Viallat, , Sans titre n°97, 2005 (© Adagp, Paris, 2018), en haut à droite : "IDIOLECTE", "Revers" et "Majelich", 2018, performances filmées (© Camille Llobet). en bas : "QUE FUT 1848 ?" (© Aurélien Mole)
en haut à gauche : "UN AUTRE OEIL", Claude Viallat, , Sans titre n°97, 2005 (© Adagp, Paris, 2018), en haut à droite : "IDIOLECTE", "Revers" et "Majelich", 2018, performances filmées (© Camille Llobet). en bas : "QUE FUT 1848 ?" (© Aurélien Mole)

"Que fut 1848 ?", jusqu'au 24 mars au FRAC Grand Large - Haut-de-France

Exposition "QUE FUT 1848 ?". Thierry Verbeke, "L'AVENIR", 2015, enseigne en plexiglas avec fonds en bois, 400 x 60,5 x 6 cm (© Courtesy de l'artiste. Collection Frac Grand Large, Hauts-de-France)
Exposition "QUE FUT 1848 ?". Thierry Verbeke, "L'AVENIR", 2015, enseigne en plexiglas avec fonds en bois, 400 x 60,5 x 6 cm (© Courtesy de l'artiste. Collection Frac Grand Large, Hauts-de-France)

Commissariat : Arnaud Dejeammes

Présentation officielle : Révolutionnaire, l’année 1848 n’a cessé de hanter les artistes jusqu’à ce jour. De la fermeture des ateliers nationaux aux délocalisations, de la révolution industrielle à l’émancipation ouvrière, du droit au travail au droit du travail, l’exposition « Que fut 1848 ? » invite à s’interroger sur ce mitan du XIXe siècle. L’exposition au Frac Grand Large revisite cet héritage souvent oublié à travers un parcours artistique mais aussi historique et littéraire qui s’appuie sur les collections publiques et sur l’histoire de Dunkerque.
À un moment de notre histoire contemporaine, de changement et de redéfinition du travail, l’exposition propose de « ré-activer » 1848 !

L’exposition « Que fut 1848 ? » s’inscrit dans le prolongement d’une réflexion et d’une programmation autour du travail initiées au Frac Grand Large — Hauts-de-France en 2018. En confiant le commissariat d’un nouveau projet à Arnaud Dejeammes (dont les derniers travaux se focalisent sur les pratiques artistiques qui s’emparent de l’économie en tant qu’objet esthétique, matériau ou terrain d’intervention), l’idée a été ici de privilégier un angle d’approche économique, tout en continuant à puiser parmi les œuvres de la collection. (...) Arnaud Dejeammes

Avec : Julien Berthier, Francis Cape, Harun Farocki, Robert Filliou, Liam Gillick, Mathieu Kleyebe Abonnenc, Rachel Labastie, Sarah Ortmeyer, Jean-Louis Schoellkopf, Allan Sekula, Klaus Staeck, Thierry Verbeke…

L'avis des critiques :

1848, c’est le premier soulèvement de la classe ouvrière parisienne, qui donne lieu à la mise en place de la Seconde République. Tout l’enjeu est d’en voir les résonances dans le monde contemporain, en faisant dialoguer des pièces. Quand on entre dans le détail c’est assez inégal. L’intelligence du commissaire est de dépasser le pouvoir propre à l’art dans ses gestes curatoriaux. Sarah Ihler-Meyer

L’écueil à éviter serait de donner dans la pédagogie et le cours d’histoire. J’aurais trouvé intéressant que l’art vienne questionner cette lecture historique et ne tombe pas trop dans le démonstratif. Or, beaucoup d’œuvres sont très démonstratives, on tombe dans certaines facilités. Les vitrines me paraissent être davantage une façon de valoriser les collections du Musée des Beaux-Arts. Florian Gaité

Ce titre a presque quelque chose du faux-ami. Ce n’est pas une leçon d’histoire, qui pourrait être assez pesante. L’œuvre « 1848 !!! » donne avec ses phrases au futur, toute sa souplesse et sa fantaisie à l’exposition. C’est une exposition à la fois très libre et très nourrie, très savante. Tout circule très bien dans l'espace de l'exposition. Anaël Pigeat

"Un autre oeil, d'Apollinaire à aujourd'hui", jusqu'au 24 mars au LAAC (Lieu d'Art et Action Contemporaine de Dunkerque)

Exposition "UN AUTRE ŒIL : D'APOLLINAIRE A AUJOURD'HUI". Alberto Magnelli, "Je l’imagine, Affinités en réunion", 1938 (© Adagp, Paris, 2018)
Exposition "UN AUTRE ŒIL : D'APOLLINAIRE A AUJOURD'HUI". Alberto Magnelli, "Je l’imagine, Affinités en réunion", 1938 (© Adagp, Paris, 2018)

Commissariat : Daniel Abadie

Présentation officielle : Lors de l’inauguration du musée d’art contemporain en 1982, puis de sa réouverture et de sa transformation en LAAC en 2005, Daniel Abadie, témoin vivant de plusieurs générations d’artistes, était là. Pour lui, le LAAC est un musée né de la passion de Gilbert Delaine, semblable à celle qui anime les artistes, en dehors de toute mode, critique ou loi du marché. D’où son vif intérêt à imaginer une exposition comme Un autre œil.

Pour ce projet qui sera montré sur trois lieux consécutifs - au LAAC à Dunkerque, au musée Saint Roch d’Issoudun et enfin au musée de l’Abbaye Sainte Croix des Sables-d’Olonne - Daniel Abadie a choisi près de 150 œuvres rarement montrées, voire inédites qui renouvellent notre regard sur les mouvements artistiques et leur filiation tout en faisant écho à la collection.
Tout est né d’un choc qu’il a ressenti en 1991 à l’Albright-Knox Museum de Buffalo, aux États-Unis, face à trois peintures de 1913, fondamentalement différentes : de Vassily Kandinsky, Fernand Léger et Robert Delaunay. Il comprend alors que ce qui relie les peintres d’une génération est la leçon qu’ils tirent de leurs prédécesseurs : chacun répondant à sa manière aux questions laissées par la génération précédente. C’est la différence des propositions qui fait cohabiter, dans la peinture du XXe siècle, devenue aujourd’hui historique, des mouvements apparemment incompatibles. L’exposition est ainsi conçue autour de ce paradoxe.

Un autre œil commence après la Seconde Guerre mondiale, en cohérence avec la collection du LAAC, en évoquant les problématiques du début du XXe siècle. L’exposition montre comment les approches successives forment au-delà de leur contradictions apparentes des unités inattendues. Elle tisse des liens entre les problématiques posées et les réponses trouvées, offrant ainsi une lecture nouvelle de ce siècle passé qui nous est si proche. Elle dévoile à quel point, entre incertitudes, débats et contradictions, chaque génération réagit, répercute, résiste ou poursuit la recherche de ses prédécesseurs.

Plus de dates :

  • 7 juin > 8 septembre : Musée de l’Hospice Saint-Roch d’Issoudun
  • 12 octobre > 12 janvier 2020 : Abbaye Sainte-Croix des Sables-d’Olonne 

L'avis des critiques :

C’est une exposition à thèse. Apollinaire dans « Alcool » dit que ce sont les filles qui font les mères à travers la métaphore de la plante. Or, cette exposition met complètement au jour les clivages de l’art contemporain avec une sorte de schizophrénie. On est toujours pris entre deux pôles et on conserve jusqu’à la dernière salle ce principe d’étirement. Florian Gaité 

Il y a cinq salles constituant chacune une petite exposition en soit. Ce sont les œuvres qui parlent, on suit le passage d’une toile à l’autre comme dans une œuvre musicale. Cela montre une approche de l’histoire de l’art qui est une anti mise en boite. Pour moi ce n’est pas une exposition à thèse, mais faite de choix subjectifs, sans volonté d’exhaustivité. Anaël Pigeat

Cette exposition ne renouvelle en rien notre regard sur les mouvements du 20ème siècle, en reconduisant les catégories préexistantes. Apollinaire a complètement disparu, "aujourd’hui" est également évincé. L’exposition est très modeste malgré ses ambitions énormes. Elle se contente de correspondre aux collections du LAAC, même s'il y a de bonnes surprises. Sarah Ihler-Meyer

"Idiolecte" de Camille Llobet, jusqu'au 23 mars à la Galerie Florence Loewy 

Exposition "IDIOLECTE". Camille Llobet, "Majelich", 2018, performance filmée, vidéo HD, 10'27. (© Camille Llobet)
Exposition "IDIOLECTE". Camille Llobet, "Majelich", 2018, performance filmée, vidéo HD, 10'27. (© Camille Llobet)

Présentation officielle : (...) Dans sa vidéo Majelich (2018), Camille Llobet donne en quelque sorte à voir et à entendre la mise en abîme (elliptique) de ce dispositif « primaire » d’écho et d’écoute, et, comme par un renversement de situation anachronique, fait babiller l’adulte. La soprano Magali Léger y reproduit des morceaux choisis d’enregistrements de « séances » de babil de la fille de l’artiste écoutés en boucle, au casque, de sorte que nous ne pouvons les percevoir, si ce n’est par l’intermédiaire de la voix de la cantatrice qui met ici de côté ses talents d’interprète lyrique pour œuvrer davantage à une forme de performance ventriloque. En diffusant, dans cette chambre noire anéchoïque qu’est le studio de répétition, ce langage enfantin dont elle a perdu depuis longtemps l’usage et la mémoire, Magali Léger fait-elle aussi résonner l’enfant en elle ? (...) Anne-Lou Vicente

L'avis des critiques :

C’est une œuvre extrêmement intrigante. Sur les dix minutes de « Majelich », il y a trois mouvements successifs. Il y a une part de mystère et une part de silence extrêmement riches. C’est une artiste chez qui la langue est omniprésente et donne l’impression de se substituer à tout. Ce que je trouve peut-être le plus beau dans cette oeuvre, c'est sa dimension paradoxale. Anaël Pigeat

Cette expostion qui s’appelle « IDIOLECTE » donne un indice sur le travail de Camille Llobet qui met à l’épreuve les limites du langage. J’ai repéré trois axes de travail : l’écart entre le langage et le réel, ce qui à l’intérieur du langage dégage le langage et la performativité du langage. Les phénomènes sensibles ne se laissent pas facilement réduire et mettre en mots. Sarah Ihler-Meyer

Elle revient à une définition de l’art performatif. On peut parler de "Faire la musique" où des athlètes doivent simuler leur course. On a en face de nous quelqu’un qui est en train de vivre quelque chose, qui s’affecte, qui s’exprime. Il y a quelque chose de la force du monde intérieur. Un corps décontextualisé se raccroche à un autre monde qui est le monde mental. Florian Gaité 

>> LE COUP DE CŒUR DE FLORIAN GAITE : "Nous ne sommes pas, nous devenons" d’Ariane Loze, jusqu’au 31 mars au CACC (Centre d’Art Contemporain Chanot) à Clamart

Présentation officielle : Le CACC a le plaisir de présenter la première exposition personnelle de l’artiste belge Ariane Loze, lauréate du prix départemental du 63e Salon de Montrouge.
Dans de savantes réalisations vidéo où elle se met elle-même en scène, Ariane Loze analyse et décortique son matériau premier : l’humain et la construction de soi. Le titre de l’exposition renvoie à cette fabrication de l’identité toujours mouvante, qui se nourrit des échanges avec les autres, du contexte, de l’époque et rend caduque toute notion d’identité figée.

Le motif du dîner est au cœur de l’exposition que propose l’artiste au CACC. Cette forme d’interaction sociale mondaine, familiale ou entre amies se retrouve régulièrement dans l’œuvre d’Ariane Loze. L’artiste en a notamment fait le centre de l’œuvre Le Banquet, vidéo de 2016 qui fera l’objet d’une interprétation inédite in situ. Une nouvelle vidéo en sera tournée au sein du CACC préalablement à l’ouverture de l’exposition, dans un dialogue étroit avec le lieu et notre contemporanéité. Le CACC deviendra ainsi tour à tour espace d’exposition, installation à parcourir, espace de performance et décor de tournage.

Dans ses vidéos, Ariane Loze se charge à la fois de l’écriture, de la réalisation, du jeu (elle incarne tous les personnages), du montage et de la post production ce qui fait de chaque vidéo une performance en soi. Cette approche totale de la création se révèle finement signifiante et permet à l’artiste une épure parfaite de ses images. À travers les différentes apparences qu’elle prend, Ariane Loze ne cherche à tromper personne, simplement à explorer une multiplicité de personnalités, les contradictions du quotidien, dans des dialogues interpersonnels qui pourraient tout aussi bien être des dialogues intérieurs.

On retrouve la pertinence de son travail dans les institutions. J’aime beaucoup cette artiste qui travaille sur le morcellement de l’identité. Pour incarner ce côté schizophrène de la société, elle a mis au point un processus auto-filmique. Il y a des dialogues absolument savoureux, toujours aussi drôles qu’absurdes. Florian Gaité

Vos commentaires :

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Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

Extraits sonores :

  • Pierre Dupont, "Le chant des soldats", interprété par Christian Capezzone (une chanson révolutionnaire de 1848)
  • Mark Hollis, "The daily planet" (Polydor)
  • Extrait de la vidéo de Camille Llobet, "Majelich" avec la soprano Magali Léger (2018)
Intervenants
  • Critique d'art et commissaire d'exposition indépendante
  • Editor-at-large du mensuel The Art Newspaper édition française, critique d’art et journaliste à Paris Match, productrice de documentaires sur France-Culture, ancienne critique à La Dispute sur France Culture
  • Docteur en philosophie, enseignant à l'Université Paris 1

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