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La Dispute 29/08/18

Arts plastiques : "Cette exposition est l'une des plus fortes des Rencontres d'Arles cette année"

56 min
À retrouver dans l'émission

Au sommaire de La Dispute arts plastiques ce soir : une balade du côté d'Arles pour les "Rencontres de la Photographie", un saut à Avignon pour la collection Lambert, retour à Paris avec l'exposition "Sabine Weiss : Les villes, la rue, l'autre" au Centre Pompidou et le coup de coeur d'Anaël Pigeat

La Dispute 29/08/18
La Dispute 29/08/18 Crédits : AND

Au sommaire :

>>Expositions : "Les Rencontres de la Photographie" jusqu'au 24 septembre à Arles

Avec environ 30 expositions, les Rencontres d’Arles s’affirment comme un observatoire de la création actuelle et des pratiques photographiques. Des rapprochements au sein de la programmation se déclinent comme des séquences. Ils permettent d’identifier des rubriques et favorisent, année après année, un suivi au plus près des évolutions de la photographie.

Plus d'informations sur "les Rencontres de la photographie" ici

  • "The train, Rfk's last journey" (Paul Fusco, Rein Jelle Terpstra & Philippe Parreno) - jusqu'au 23 septembre à l'Atelier des Forges Atelier des Forges à Arles 
 sans titre, série RFK Funeral Train, 1968
sans titre, série RFK Funeral Train, 1968 Crédits : Paul Fusco/Magnum Photos, Avec l’aimable autorisation de la Danziger Gallery

Le 8 juin 1968, trois jours après l’assassinat de Robert F. Kennedy, son corps était transporté dans un train funéraire de New York à Washington. The Train se penche sur cet événement historique à travers trois travaux distincts. Le premier est constitué d’un ensemble de photographies couleur de Paul Fusco. Prises depuis le train funéraire, les images capturent des personnes endeuillées alignées le long des rails. Depuis une perspective opposée, le second travail présente des photographies et des films amateurs réalisés par les spectateurs eux-mêmes et rassemblées par l’artiste hollandais Rein Jelle Terpstra. Enfin, l’oeuvre réalisée par l’artiste français Philippe Parreno est une reconstitution, sur un film 70 mm, du voyage du cortège funéraire – une façon de « montrer le point de vue du mort», selon Parreno. Faisant dialoguer des oeuvres à la fois historiques et contemporaines, cette exposition puissante et multidisciplinaire éclaire d’un regard nouveau un moment-clé de la culture américaine et de la mémoire.

Commissaires de l’exposition : Clément Chéroux et Linde B. Lehtinen.
Publication : The Train, Éditions Textuel, 2018.

L'avis des critiques :

C’est une exposition tripartite, une sorte d’exposition-installation. Elle offre un regard impossible et un point de vue multiple, kaléidoscopique sur ce train. C'est extrêmement émouvant. C’est une exposition très réussie mais qui soulève un certain nombre de questions.  Anaël Pigeat

J’ai trouvé que c’était l’une des propositions les plus fortes de cette année. Le film de Parreno est un film lancinant, assez emblématique de ce qui se fait aujourd’hui en photographie. Paul Fusco, lui, dresse un portrait de l’Amérique unie devant ce train dans une période où l’Amérique est fractionnée. On voit les couleurs de l’époque rejaillir. C’est un travail très fort. Yasmine Youssi

Robert Frank, Bus-Stop, Detroit, 1955.
Robert Frank, Bus-Stop, Detroit, 1955. Crédits : Collection Fotostiftung Schweiz, Winterthur. Don de l’artiste.

Robert Frank, l’un des photographes les plus importants et influents au monde, n’a cessé de questionner et de réinventer l’image photographique et d’explorer le potentiel narratif des séquences photographiques. Il y a soixante ans, en 1958, Robert Delpire publiait à Paris la première édition de son livre fondateur Les Américains. Ce qui constitue sans doute l’ouvrage le plus influent de l’histoire de la photographie ne fut cependant pas un coup de génie spontané. L’exposition Sidelines retrace d’une part l’évolution du style expressif de l’artiste et sa recherche sans concession d’une vérité subjective avant 1958, avec des séries de photographies réalisées dans son pays natal, en Europe et en Amérique du Sud. De l’autre, elle met l’accent sur des photographies quasi inconnues jusqu’à présent, réalisées dans les années 1950 alors que Robert Frank voyageait à travers les États-Unis pour son projet Les Américains. Ces images, qui restèrent non publiées pour des raisons éditoriales, sont aujourd’hui replacées dans leur contexte et présentées avec un petit groupe des célèbres clichés du livre qui choqua le monde à sa parution.

Commissaire de l’exposition : Martin Gasser.
Publication : Les Américains (nouvelle édition), Delpire, 2018.

L'avis des critiques :

Cette exposition m’a complètement déstabilisée, elle a brouillé la vision que j’avais de l’œuvre de Robert Frank car les photographies exposées ne respectent pas l’ordre chronologique en mélangeant les séries. Je n’arrivais pas en voyant à comprendre tout ce qui fait la force du travail de Robert Franck. Yasmine Youssi

Il y a un certain nombre de photographies qui m’ont extrêmement émue. On voit l’évolution de son style. Cette expo donne l’impression d’être un peu confuse mais montre aussi extrêmement bien l’humanité et la tendresse qu’il y a dans ses images. Anaël Pigeat

  • William Wegman : Etre humain - jusqu'au 23 septembre au Palais de l'Archevêché à Arles
Etre humain - décontracté
Etre humain - décontracté Crédits : William Wegman

Artiste américain aux talents multiples, William Wegman résiste à toute classification trop simple : il évolue habilement entre la peinture, le dessin, la photographie, la vidéo. Bien que ses fameux braques de Weimar ne soient pas présents dans tous ces médias, ils sont au coeur de son art. À la fin des années 1970, Wegman trouva dans l’impression Polaroid grand format son moyen d’expression favori — un format d’impression parfait, des couleurs magnifiques et une « instantanéité » qui favorisait la spontanéité. Si le monde de Wegman semble tourner autour de ses braques de Weimar, est-il pourtant question ici de chiens ? Être humain semble indiquer le contraire : ces modèles, ce sont nous ; et nous sommes eux : femme au foyer, astronaute, avocat, prêtre, ouvrier agricole, et même… promeneur de chiens ! Tandis que certains posent fièrement et avec assurance devant l’objectif, d’autres expriment doutes et vulnérabilités : tout est question d’être humain.

Commissaire de l’exposition : William Ewing. 

Publication : Être humain, Éditions Textuel, 2017 (édition française)

L'avis des critiques :

Je suis une fan absolue du travail de Wegman. Il nous renvoie un miroir de nous-même hilarant. Il a une manière de revisiter l’histoire de l’art très intéressante. Cela a été un plaisir immense de voir cette exposition. Yasmine Youssi

J’avais une véritable curiosité de découvrir le travail de Wegman que je connaissais assez mal, j’avais envie de sortir enchantée de cette exposition mais ça n’a pas été le cas. Il y a un côté kilométrique dans cette exposition. On a la sensation qu’il exploite un filon. Je me suis ennuyée. J’aurais aimé avoir une vision plus globale de son œuvre. La question de l’animal est beaucoup évoquée en ce moment et ces animaux là semblent complètement ailleurs, complètement déconnectés. Anaël Pigeat

>> Expositions : "Un été à la collection Lambert" jusqu'au 4 novembre à Avignon 

  • "Ligne Forme Couleur : Ellsworth Kelly (1923-2015) dans les collections françaises" 
Vue de l'exposition : Ellsworth Kelly - Ligne Forme Couleur
Vue de l'exposition : Ellsworth Kelly - Ligne Forme Couleur Crédits : Collection Lambert

Exposer ce grand maître du XXème siècle à la Collection Lambert est essentiel à plus d’un titre : l’artiste a entretenu toute sa vie un rapport privilégié avec la France, et il annonçait les problématiques sensibles qui seront à l’oeuvre chez les tenants de l’art minimal dont les noms ont participé au rayonnement de la Collection (Robert Ryman, Brice Marden, Robert Mangold, Sol LeWitt...) et que l’on retrouve en échos dans l’accrochage du fonds permanent. 

L'avis des critiques :

Pour moi Kelly est le meilleur, le plus élégant, le plus admirable des peintres américains. Il peint de la couleur qui fait forme. C’est formidable il peint de la géométrie. Il coupe dans le plan et cette coupe relie toujours, c’est absolument admirable. L’acte que produit Kelly tout le temps c’est de savoir où il va interrompre pour que l’interruption soit une relation entre deux choses : la couleur et le plan et le tout fait forme. La salle Zénithale est admirable : ça tape, ça relance ça contracte ça pique l’accrochage est admirable. Corinne Rondeau

En dehors de l’accrochage qui est remarquable. Toute son œuvre apparaît dans l’exposition comme une invitation à regarder le monde. Anaël Pigeat

  • Christian Lutz  : "Anatomies du pouvoir "
In Jesus Name 3
In Jesus Name 3 Crédits : Chrsitian Lutz

Qu’il s’intéresse aux coulisses de la politique internationale en photographiant les déplacements de délégations diplomatiques (Protokoll, 2007), aux conséquences néfastes du commerce du pétrole au Nigeria (Tropical Gift, 2012) ou qu’il s’immerge dans une communauté évangéliste pour en photographier le quotidien (In Jesus’ Name, 2012), Christian Lutz agit en photographe embarqué au plus près des relations de pouvoir. 

Plus d'informations sur la Collection Lambert en Avignon ici

L'avis des critiques : 

L’intelligence de Lutz est de remettre en circulation le pouvoir que le spectateur peut avoir malgré la censure de l’institution judiciaire. C’est d’une grande justesse, d’une grande intelligence. Cela permet de remettre en question le soupçon permanent que l'on peut avoir envers des images. Corinne Rondeau

>>Exposition : "Sabine Weiss : Les villes, la rue, l'autre" du 20 juin" au 30 novembre au Centre Pompidou

Au travers de cette exposition qui couvre la période 1945-1960, correspondant aux années confuses et précaires de l’après-guerre, le Centre Pompidou propose une nouvelle lecture des photographies de Sabine Weiss, appartenant à un courant injustement perçu comme « sentimentaliste ». Son œuvre riche et variée, dévoilant un regard inédit sur son travail à partir de ses propres archives, témoigne d’un engagement en faveur d’une réconciliation avec le réel.

Sabine Weiss est aujourd’hui la dernière représentante du grand courant de la photographie dite humaniste. Ce courant, typiquement français, a souvent été à tort réduit à des images sentimentalistes. Les photographes humanistes français, pour la plupart réunis au sein de l’agence Rapho (Edouard Boubat, Robert Doisneau, Jeanine Niépce, Willy Ronis…) ont rendu compte de leur époque en adoptant une démarche d’observation sociologique et non critique. Sabine Weiss, comme ses collègues, s’intéresse au quotidien. Dans ces photographies, réalisées pour elle-même, dans les moments libres, elle pose un regard à la fois doux et compréhensif sur les habitants de sa ville. Sabine Weiss est à la recherche des beautés simples des moments suspendus, de repos ou de rêverie sans pour autant cacher la pauvreté du quotidien de l’Europe de l’après-guerre. Ses œuvres sont pleines de lumière, de jeux d’ombres et de flous mais elles témoignent aussi et surtout d’un engagement de la photographe en faveur d’une réconciliation avec le réel. L’exposition propose de réactualiser le regard posé sur cette production, riche et variée, qui par bien des aspects dépasse le seul contexte de la photographie humaniste. Cette nouvelle lecture du travail de Sabine Weiss est rendue possible par la mise en regard de ses archives personnelles avec ses œuvres et celles de quatre artistes contemporains – Viktoria Binschtok, Paul Graham, Lise Sarfati et Paola Yacoub – qui travaillent sur la thématique de la Avec le soutien de En partenariat média avec 4 COMMISSARIAT Karolina Ziebinska-Lewandowska Conservatrice, cabinet de la photographie, musée national d’art moderne En collaboration avec Florian Ebner, chef du cabinet de la photographie et Emmanuelle Etchecopar-Etchart, attachée de conservation rue et de la ville contemporaines, avec des approches radicalement différentes, mais qui font écho à la démarche de la photographe. (Présentation du Centre Pompidou)

Commissariat : Karolina Ziebinska-Lewandowska Conservatrice, cabinet de la photographie, musée national d’art moderne

L'avis des critiques :

C’est une photographe humaniste, mais pas que. On se rend compte qu’elle a une technique très sûre, ses clairs-obscurs sont assez virtuoses. Elle arrive à capter l’énergie de la rue où qu’elle soit. Yasmine Youssi

Il y a une vraie justesse de ton dans son travail, mais au fond il y a une retenue, un côté un peu poli. Je n’ai pas eu un enthousiasme fou pour ce travail. Anaël Pigeat

On ne rend pas justice au travail monstrueux de cette femme. Elle a l’œil pour tout. Sabine Weiss rend toujours justice au sourire ou au regard. Corinne Rondeau

>> LE COUP DE COEUR d'Anaël PIGEAT : l'exposition "Wolfgang Tillmans" jusqu'au 16 septembre au Carré d'Art à Nîmes

Intervenants
  • Editor-at-large du mensuel The Art Newspaper édition française, critique d’art et journaliste à Paris Match, productrice de documentaires sur France-Culture, ancienne critique à La Dispute sur France Culture
  • Journaliste à Télérama
  • Maître de conférences en esthétique et sciences de l’art à l’Université de Nîmes et critique d'art

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