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à gauche : "Dave Heath" (© Dave Heath), en haut : "Battling with the wind" (© Agnès Geoffray) / Courtesy Galerie Maubert, et Musée de Vienne, en bas : "Ron Amir" (© MAMVP)

Arts plastiques : "L’image qui compte le plus ce n’est pas celle que l'on voit, c’est celle qui entre"

56 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir, il sera question dans La Dispute arts-plastiques des expositions "Ron Amir - Quelque part dans le désert" et "Dave Heath : Dialogues with solitudes". Mais aussi de "Battling with the wind" d'Agnès Geoffray avant un coup de cœur pour les musées de Vienne.

à gauche : "Dave Heath" (© Dave Heath), en haut : "Battling with the wind" (© Agnès Geoffray) / Courtesy Galerie Maubert, et Musée de Vienne, en bas : "Ron Amir" (© MAMVP)
à gauche : "Dave Heath" (© Dave Heath), en haut : "Battling with the wind" (© Agnès Geoffray) / Courtesy Galerie Maubert, et Musée de Vienne, en bas : "Ron Amir" (© MAMVP)

"Ron Amir - Quelque part dans le désert", jusqu'au 2 décembre au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

"Ron Amir - Quelque part dans le désert" (© MAMVP)
"Ron Amir - Quelque part dans le désert" (© MAMVP)

Présentation officielle :

Le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris accueille l’exposition Quelque part dans le désert du photographe israélien Ron Amir, présentée au Musée d’Israël à Jérusalem en 2016.

Composée de trente photographies grand format en couleurs et de six vidéos, l’exposition évoque les conditions de vie de réfugiés venus du Soudan et de l’Erythrée alors qu’ils étaient retenus dans le centre de détention de Holot, situé dans le désert du Néguev et aujourd’hui fermé. Ces migrants avaient fui vers Israël pour échapper à la terreur et à l’oppression dans leur pays d’origine et n’étaient pas autorisés à vivre ou travailler légalement en Israël. Bien qu’ils pouvaient se déplacer librement hors du centre d’Holot pendant la journée, ils étaient tenus de pointer matin et soir.  

Les photographies de Ron Amir datant de 2014-2016 documentent les activités de journée de ces réfugiés. Elles montrent comment, en plein désert, et sans ressources, ils ont tenté de développer une vie commune et quotidienne. Utilisant des bâtons, du sable, des pierres et toutes sortes d’objets abandonnés, ils sont parvenus à construire des huttes communautaires ainsi que des salons de thé, des bancs, des salles de sport, des fours improvisés et d’autres équipements qui viennent compléter les équipements sommaires prévus à Holot.  

Alors que les réfugiés eux-mêmes ne sont pas visibles sur les photographies, leur créativité, leur instinct de survie et leur sensibilité sont évidents dans les représentations de Ron Amir. Ce qui ressemble de prime abord à une photographie de paysage se révèle dans un second temps être une photo témoin, empreinte de l’attente avant la libération, du vivre ensemble et de l’espoir d’un foyer.  

L’une des caractéristiques du travail de Ron Amir tient dans son implication active dans la vie de la communauté qu’il choisit de photographier – généralement aux marges de la société qui nous entoure. Il a ainsi entamé son projet photographique à Holot par des visites sans but prédéfini, si ce n’est de faire connaissance avec les demandeurs d’asile. Dès ses premières visites, les frontières entre action politique et art ont commencé à se brouiller. Contrastant avec la photographie documentaire ou de presse traditionnelle, les photographies de Ron Amir véhiculent plusieurs messages simultanément. Elles témoignent de la détresse sociale tout en racontant la créativité foisonnante des personnes qui la subissent. Elles sont à la fois un document et une métaphore.

L'avis des critiques :

C’est une exposition qui me pose un peu problème. Formellement je peux m’y retrouver, je peux même trouver ce projet sincère, mais il y a deux arguments de l’exposition qu’il me faut évacuer. D’abord, la dimension critique qui n’est pas féroce et repose sur une forme de neutralisation du sujet. Ensuite, il y a un argument qui vise à surestimer la part de créativité humaine dans cette exposition. Florian Gaité

Ce qui ne va pas, c’est qu’il affirme que Ron Amir veut dénoncer la politique d’immigration de son pays. Où est le camp ? Le hors champs est un problème. Il y a une systématisation. Je ne sais pas à quelle distance je dois regarder ces images. L’idée que cela soit vidé d’une présence ne se suffit pas ici à elle-même. C’est peut-être quelqu’un qui dit : je suis dans l’impuissance absolue. Corinne Rondeau

C’est un photographe documentaire qui fait une photographie très protocolaire. On a affaire à d’immenses formats qu’il a, me semble-t-il, conçus comme une expérience. Il a voulu nous donner l’impression de traverser un désert ; c’est le cas, on traverse un désert. C’est d’une pauvreté absolu et je trouve presque cynique de vouloir parler de la grande créativité humaine dans ce cadre. Je pense que l’exposition formule un pari qu’elle n’arrive pas à tenir. Adrien Pontet

"Dave Heath - Dialogues with solitude", jusqu'au 23 décembre au BAL

Dave  Heath,  New  York  City,  1960  (©  Dave  Heath  /  Courtesy  of  Howard  Greenberg  Gallery,  New  York,  and  Stephen  Bulger  Gallery,  Toronto)
Dave Heath, New York City, 1960 (© Dave Heath / Courtesy of Howard Greenberg Gallery, New York, and Stephen Bulger Gallery, Toronto)

Présentation officielle :

Dave Heath occupe une place singulière dans l’histoire de la photographie américaine. Influencé par Eugene W. Smith et par les maîtres de l’école de Chicago dont Aaron Siskind et Harry Callahan, il ne peut être pourtant considéré ni comme un photographe documentaire ni comme un photographe expérimental. Sa photographie est avant tout une manière d’attester de sa présence au monde en reconnaissant en l’autre un alter ego absorbé dans ses tourments intérieurs. Il sera l’un des premiers, dès les années 1950, à exprimer aussi radicalement le sentiment d’aliénation et d’isolement inhérent à la société moderne.

Abandonné par ses parents à l’âge de 4 ans en 1935, Dave Heath connaît une enfance douloureuse à Philadelphie entre orphelinats et familles d’accueil. À 15 ans, un essai dans Life, « Bad Boy’s story » de Ralph Crane sur un jeune orphelin de Seattle, décide de son sort : « Je me suis immédiatement reconnu dans cette histoire et j’ai aussi reconnu la photographie comme mon moyen d’expression ».

En 1952, à 21 ans, Dave Heath est incorporé dans l’armée et envoyé en Corée comme mitrailleur. C’est là qu’il capte ses premiers paysages intérieurs (inner landscapes) en photographiant ses camarades soldats loin des combats, dans des moments intimes, absorbés dans leurs pensées, tentant de saisir « la vulnérabilité d’une conscience tournée vers elle-même ».

La rue américaine, à Philadelphie, Chicago ou New York où il s’installe en 1957, lui permet de préciser sa recherche : « Mes photos ne sont pas sur la ville mais nées de la ville. La ville moderne comme scène, les passants comme acteurs qui ne jouent pas une pièce mais sont eux-mêmes cette pièce. [...] Baudelaire parle du flâneur dont le but est de donner une âme à cette foule ».

Au-delà de l’enregistrement d’une scène ou d’un événement — presque toutes ses photographies sont dénuées d’indices de lieux, de dates ou d’actions — Dave Heath cherche à traduire avant tout une expérience du monde, quelque chose de vécu, d’éprouvé : la tension, dans l’espace public, entre la proximité contrainte des corps et l’isolement des individus, comme perdus en eux-mêmes. Alors il isole des figures dans la foule et emplit son cadre de leurs présences « absentes au monde ».

Conçu en 1961 et publié en 1965, A Dialogue With Solitude comptera parmi les livres les plus marquants de cette décennie, captant l’esprit du temps à la manière d’une protest song photographique. Le livre prend acte aussi de fractures dans la société d’abondance de l’Amérique après-guerre, un malaise d’âge, bien avant les mouvements pour les droits civiques et la guerre du Vietnam. À partir de 1970, Dave Heath cessera de photographier pour se consacrer à l’enseignement, notamment à la Ryerson University de Toronto au Canada dont il deviendra citoyen et où il s’éteindra en 2016.

L'avis des critiques :

"Les solitudes", ce sont ces nouveaux individus contemporains qui se retrouvent esseulés à plusieurs, n’ayant plus de relations entre eux. Il y a quand même ce photographe qui arrive à se faire oublier lui-même, qui est absent dans les scènes. On devine cet hors-scène, cet obscène, qui n’est pas démontré. Florian Gaité

On est dans une photographie hybride qui dit quelque chose de très fort de la société américaine. On est aussi dans une photographie profondément intime. Dave Heath a une capacité à s’approcher au plus près des visages des personnages. Je regrette peut-être qu’il n’y ait pas plus de séquences qui parlent véritablement dans la scénographie. Peut-être qu’il y a trop d’images et pas de mise en séquence vraiment forte. Adrien Pontet

J’ai beaucoup aimé cette exposition et sa scénographie. Je trouve l’accrochage impeccable. L‘exposition fait en sorte qu’on tourne la tête en permanence, comme dans une rue. Même quand les gens se tiennent et s’embrassent, même à deux, ils sont seuls. Heath rend la vulnérabilité prodigieuse pour le regard. L’image qui compte le plus ce n’est pas celle que l'on voit, c’est celle qui entre. Corinne Rondeau

Je ne trouve ça ni héroïsé ni dramatisé, je vois des individus, des singularités. Quelqu’un qui essaye de s’approcher au plus près des êtres. Arnaud Laporte

"Battling with the wind", jusqu'au 20 octobre à la Galerie Maubert

Les impassibles, 2018 - photographie, 20 x 30,5 cm - Courtesy Galerie Maubert
Les impassibles, 2018 - photographie, 20 x 30,5 cm - Courtesy Galerie Maubert

De : Agnès Geoffray

Présentation officielle :

Comment faire le lien entre les mots et les images ? Comment relier le langage et le corps ? Comment silencieusement livrer bataille contre l’oubli ?

Ces questions traversent invariablement toute l’œuvre d’Agnès Geoffray. Elles se rencontrent dans cette nouvelle exposition où l’écriture et la photographie s’entremêlent pour donner à voir, faire remonter au jour les non-dits et les in-vus de l’histoire, de la contrainte politique, du pouvoir, par un geste de retournement poétique. Et c’est le geste qui prend alors la parole. À ces trois questions, Agnès Geoffray répond, avec Battling with the Wind : par la main. [...] Sally Bonn

L'avis des critiques :

Le geste vient performer la parole. Entre deux mots il y a du blanc, un saut, une rupture. C’est la plasticité du signe qui est très forte et en même temps très simple dans l’esthétique d’Agnès Geoffray. Cette performativité me renvoie à la vidéo évoquant la somatisation des traumatismes de blessés de guerre, présentée en de petites séquences. C’est un rapport presque pathologique au réel qui ressort de cette idée-là. Agnès Geoffray a un rapport angoissé au visuel et au réel. Florian Gaité

Dans cette exposition, on peut voir beaucoup de travaux en cours d’Agnès Geoffray. Cela commence de manière assez âpre par une série de pièces à conviction. L’idée est de montrer que l’impératif suppose une mise en action. En revanche, les photographies sont très intéressantes. La série « Contorsion » est assez époustouflante. Elle va chercher des moments de grâce quand il y a de la souffrance. Adrien Pontet

J’avais été très séduite par l’exposition à Cherbourg et une certaine contention de la violence. Ici, il y a quelque chose du corps qui s’exprime avec beaucoup plus de fluidité et de rondeur. C’est quelqu’un qui est à la fois simple et qui contrôle beaucoup. On est dans des relations. Tout le motif qui m’intéresse, c’est la conscience du manque qu’il y a dans le travail. Corinne Rondeau

>> LE COUP DE CŒUR D'ARNAUD LAPORTE pour les musées de Vienne

Vos commentaires :

Avant et pendant l'émission, réagissez et donnez votre avis sur le compte Twitter et la page Facebook de la Dispute.

Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records)

Intervenants
  • Docteur en philosophie, enseignant à l'Université Paris 1
  • Maître de conférences en esthétique et sciences de l’art à l’Université de Nîmes et critique d'art
  • Journaliste
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