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à gauche : "Sabrina" de Nick Drnaso et "Andy : un conte de faites" de Typex, au milieu : Stan Lee (© Gage Skidmore), à droite : "Indélébiles" de Luz

BD : Indélébiles, "c’est un album aussi indélébile qu’incontournable"

55 min
À retrouver dans l'émission

Au programme de La Dispute, une spéciale bande-dessinée s'ouvrant sur un hommage à Stan Lee, avant d'aborder "Sabrina" de Nick Drnaso et "Andy : un conte de faits" de Typex. Catherine Robin nous fait part de son coup de cœur pour "Indélébiles" de Luz.

à gauche : "Sabrina" de Nick Drnaso et "Andy : un conte de faites" de Typex, au milieu : Stan Lee (© Gage Skidmore), à droite : "Indélébiles" de Luz
à gauche : "Sabrina" de Nick Drnaso et "Andy : un conte de faites" de Typex, au milieu : Stan Lee (© Gage Skidmore), à droite : "Indélébiles" de Luz

Hommage à Stan Lee

Stan Lee au Comic-Con de San Diego en 2015 (© Gage Skidmore)
Stan Lee au Comic-Con de San Diego en 2015 (© Gage Skidmore)

Suite au décès ce lundi 12 novembre du père de Spiderman, La Dispute revient sur l'oeuvre de Stan Lee afin de lui consacrer un hommage. Scénariste et éditeur de comics, Stanley Lieber de son vrai nom, a imaginé de nombreux personnages iconiques pour Marvel Comics. On lui doit notamment Iron Man, les Avengers, Hulk, ou encore les X-Men. Depuis la création de l'univers cinématographique Marvel, il réalisait dans chacun des films produits, des caméos devenus cultes.

L'avis des critiques :

C’est quelqu’un qui n'est finalement pas très connu, bien que central dans la pop culture contemporaine et mondiale. Il a créé des personnages de super-héros en reprenant le concept du super-héros né dans les années 30 ainsi que des figures des années 50. Ses personnages ont quelque chose d’un peu faillible, d’humain. Je me suis également rendu compte qu’il était l’un des premiers à introduire des personnages féminins qui ponctuent l’action. Il en a fait des marqueurs de l’époque qui passe. Joseph Ghosn

Les quatre fantastiques c’est quatre héros, trois hommes et une femme dont le super pouvoir est l’invisibilité, ce qui en dit long. Cela amène à se demander pourquoi une grande majorité de garçons lisaient les comics, ce qui aujourd’hui tend à changer. Pour ce qui est des films, j'aime beaucoup les "X-men" dans lesquels on retrouve une absence de manichéisme. Ils sont pour moi les meilleurs, avec des personnages qui ont une complexité. Catherine Robin

S’il y a beaucoup de super-héros masculins à l’époque, c’est parce que les lecteurs de bande-dessinées sont des garçons. On retrouve une dimension feuilletonesque dans Spider-man, des histoires d’amour de lycéens, avec la construction de la figure du « nerd ». Il est le premier à avoir mis les noms des dessinateurs au début des comics, mais aussi ceux des encreurs, des coloristes, ce qui a permis d’identifier de nouveaux noms et de susciter une importante créativité graphique. Antoine Guillot

"Sabrina" de Nick Drnaso (Presque Lune)

"Sabrina" de Nick Drnaso (Presque Lune)
"Sabrina" de Nick Drnaso (Presque Lune)

Traduction : Renaud Cerqueux

Présentation de la maison d'édition : Sabrina a disparu... Teddy, son fiancé, est sur le point de sombrer. Afin de préserver sa santé mentale, il trouve refuge chez Calvin, un ami d’enfance qu’il avait perdu de vue depuis le lycée. Celui-ci, technicien informatique au sein d’une unité stratégique de l’US Air Force, voit son existence basculer avec celle de son ami, quand une cassette sur laquelle est enregistré le meurtre de Sabrina fuite dans les médias et sur les réseaux sociaux. Très vite, la polémique enfle, les théories du complot se déchaînent, laissant libre cours au déferlement de la haine. Sabrina montre avec une tension glaçante et particulièrement dérangeante les ravages d’une époque hyper-connectée, repue de «  fakes news  ». Après Beverly, récompensé du Fauve Révélation au festival d’Angoulême 2018, Nick Drnaso confirme son talent dans cette œuvre vertigineuse et s’impose, après deux livres seulement, comme un auteur majeur.

L'avis des critiques :

J’ai été assez bluffé par ce que j’ai lu. Je trouve que c’est un très beau et très grand livre dans la représentation du réel qui ne l’est plus du tout. Il y a un côté très référencé. J’ai été assez touché par ces personnages qui n’existent pas vraiment. Le personnage du petit ami n’a aucune identité. Tout le livre m’a donné l’impression d’être une tentative d’arriver à saisir quelque chose de très maussade et très gris, qui survient dès qu’on est trop plongé dans les réseaux sociaux. Joseph Ghosn

J’ai été déçue par ce livre. C’est un album très clinique, avec de la ligne claire, des personnages assez inexpressifs. Il est vrai qu’on a un vrai travail esthétique de construction des pages, il fait naître le mouvement par le jeu sur les tailles des cases. J’ai quand même trouvé les dialogues très plats, l’intrigue pas folle, la résolution étrange. La critique sociale et politique me paraît assez convenue. Catherine Robin

Au début je n’étais pas séduit du tout, j’ai eu très peur dès la première séquence avec des cases très régulières et des personnages très statiques, comme sortant d’une société suédoise de meubles préfabriqués. En continuant par devoir à lire cette bande-dessinée, je me suis dit que tout était fait exprès. Il montre des personnages déréalisés dans une Amérique totalement vide. La seule réalité devient la négation de la réalité. Antoine Guillot

Il y a des scènes de nuit à peine visibles que j’ai trouvées très belles. C’est l’un des rares albums que je vais garder dans ma bibliothèque. J’ai été très pris dans cette histoire, j’avais vraiment envie d’aller au bout. J’ai quand même une grosse frustration sur la fin du livre. J’ai beaucoup aimé l’apparition des éléments textuels et leur évolution. Il y a quelque chose, y compris dans les couleurs, qui créé une adéquation totale entre le fond et la forme. Arnaud Laporte

"Andy : un conte de faits" de Typex (Casterman)

"Andy : un conte de faits" de Typex (Casterman)
"Andy : un conte de faits" de Typex (Casterman)

Traduction : Basile Béguerie

Présentation de la maison d'édition : 10 chapitres, 10 périodes clés de la vie d’Andy Warhol, où l’auteur ne nous cache rien de l’homme et de l’artiste. De son enfance pauvre jusqu’au sommet de la célébrité, Andy restera viscéralement attaché à sa mère, habitant avec elle, mais ne lui avouant jamais son homosexualité. Tiraillé entre la création artistique et le merchandising pur et simple de ses œuvres, très rapidement à la tête d’une entreprise créée pour le promouvoir, adorant la fête et tous ses excès, il était un homme complex(é) mais qui a marqué le monde bien au-delà de son époque et de son pays.

Tout au long des 562 pages de son livre, Typex convoque toute la pop culture américaine, qui a conquis le monde entier depuis le milieu du XXe siècle. Cinéma, art contemporain, littérature, musique, ils sont tous là : Marilyn Monroe, Greta Garbo, Jackson Pollock, Truman Capote, Lou Reed, Nico, Bob Dylan, Basquiat, Michael Jackson…

L'avis des critiques :

Rien qu’avec le poids de ce livre on a l’impression d’avoir fait un bon achat. J’ai beaucoup aimé ce livre très dense et pléthorique. On connait mieux Andy Warhol, mais aussi et surtout le système Warhol. Malgré la cour autour de lui, cet artiste est finalement assez seul. C’est un conte de faits, très documenté. Je trouve que ça permet d’aller nettement plus loin. Catherine Robin

Je me suis laissé prendre par cette lecture pleine de détails, dont je ne sais même plus s’ils sont romancés ou non. Warhol est pour moi une figure qui a toujours été représentée comme un carrefour. On voit d’où il vient, ce qu’il a été, quels sont les personnages autour de lui. Il y a quelque chose d’assez important dans le livre : toute la sexualité qui le traverse, entre les représentations de fantasmes, de pratiques. On voit Warhol comme un personnage sexué, ce qui nourrit tout le livre. Joseph Ghosn

J’étais étonné par l’événement éditorial. On a l’impression que cela a déjà été publié auparavant, comme si les comics avaient été collectés au cours des périodes. Le gros défaut des gens qui se documentent, c’est souvent de recracher la documentation, ici il romance. Andy Warhol qui s’est construit ce personnage très graphique est un bonheur absolu pour un dessinateur. Il montre toute la complexité du personnage sans jamais l’épuiser. Antoine Guillot

>> LE COUP DE CŒUR DE CATHERINE ROBIN : "Indélébiles" de Luz (Futuropolis)

"Indélébiles" de Luz (Futuropolis)
"Indélébiles" de Luz (Futuropolis)

Présentation de la maison d'édition : De 1992 à 2015, Luz a dessiné toutes les semaines pour Charlie Hebdo. Jeune provincial puceau arrivé à Paris,il rencontre Cabu qui le prend sous son aile et l’entraîne à La Grosse Bertha, qui devientCharlie Hebdo. Avec le temps il devient l’un des piliers du journal. Dans un long rêve, il égrène ses souvenirs : ses amis, Charb, Tignous, Gébé, Catherine Meurisse…, le premier reportage en banlieue, aux USA, la tournée en Bosnie en guerre avec le chanteur Renaud, son infiltration au RPR, les manifs… Et la vie de bureau, les bouclages, les unes, Johnny. Enfin, il y a surtout la présence de Cabu, le mentor, jamais avare de conseils, qui essaie par exemple de lui apprendre à dessiner discrètement dans sa poche.

C’est un Charlie Hebdo inconnu qui nous est présenté ici car, comme l’explique Luz : « Tout ce que vous connaissez ou croyez connaître de Charlie Hebdo ne se trouve pas dans ce livre »

C’est un album aussi indélébile qu’incontournable. On se rend compte que Luz avait probablement besoin de continuer à vivre avec ses morts, ses cauchemars l’y ramenant de toute façon. Mais ces scènes nocturnes sont les seuls lieux de l’effroi, tout le reste est très solaire, avec des sales gosses irrévérencieux aux obsessions salaces. Il faut lire "Indélébiles" qui dit comment et pourquoi existe la presse satyrique. C’est une façon de s’indigner et de ne pas être indifférent au monde qui nous entoure. Catherine Robin

Vos commentaires :

Avant et pendant l'émission, réagissez et donnez votre avis sur le compte Twitter et la page Facebook de la Dispute.

Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records)

Extraits sonores :

  • Cameo, Stan Lee rencontre Spider Man dans la série animée « Spider-Man, l'homme-araignée » de 1994, crée par Stan Lee et Steve Ditko et diffusée sur Fox Kids aux USA et TF1 en France & Générique de la série de 1967 composé par Paul Francis Webster et Robert Harris, orchestrée par Michael Giacchino au début du film de 2017 : "Spider-Man : Homecoming"
  • Prince, "Purple rain"
  • Charles Trenet, "La tarentelle de caruso"
  • Elvis Presley, "Loving you"
Intervenants
  • journaliste au magazine Elle
  • directeur de la rédaction de Vanity Fair
  • journaliste, critique de cinéma et de bandes dessinées, producteur de l'émission "Plan large" sur France Culture

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