LE DIRECT
à gauche : Emil Ferris, à droite : "Heimat", "Les grands espaces" et "Les Rigoles"

BD : "Catherine Meurisse cultive les citations et les fait pousser"

55 min
À retrouver dans l'émission

Aujourd'hui dans La Dispute, une spéciale bande-dessinée ! Au sommaire : "Moi ce que j'aime, c'est les monstres" d'Emil Ferris, "Les grands espaces" de Catherine Meurisse et "Les Rigoles" de Brecht Evens. Catherine Robin nous fait part de son coup de cœur pour "Heimat" de Nora Krug.

à gauche : Emil Ferris, à droite : "Heimat", "Les grands espaces" et "Les Rigoles"
à gauche : Emil Ferris, à droite : "Heimat", "Les grands espaces" et "Les Rigoles"

"Moi, ce que j'aime, c'est les monstres" d'Emil Ferris (Monsieur Toussaint Louverture)

"Moi, ce que j'aime, c'est les monstres" d'Emil Ferris (Monsieur Toussaint Louverture)
"Moi, ce que j'aime, c'est les monstres" d'Emil Ferris (Monsieur Toussaint Louverture)

Présentation officielle : Chicago, années 1960. Karen Reyes, 10 ans, se passionne pour les fantômes, les vampires et les créatures du même genre. Elle-même préfère s'imaginer en loup-garou qu'en femme. Lorsque sa voisine Anka Silverberg, survivante de la Shoah, meurt, elle mène des recherches sur l'Allemagne nazie et découvre la réalité complexe des monstres.

L'avis des critiques :

Il faut arriver à se passer de ce storytelling qui peut faire un peu peur. C'est un livre peut être un peu intimidant, c’est un très gros objet. Il prend la forme d’un journal avec du fac-similé de pages de carnet. On a une ambition romanesque avec des couches qui se superposent. J’ai été embarqué du début à la fin, avec des émotions qu’on ressent rarement. Antoine Guillot

J’ai également un rapport assez mitigé à ce livre, que j’avais acheté d’abord sur l’objet. Certains livres par leur graphisme s’imposent à vous, par la puissance du trait et des images. Il y a ici d’emblée une vraie singularité. J’ai eu beaucoup de mal à le lire, à rentrer dedans. Il faut prendre le temps de dépasser ce côté très expressif et très fort du dessin. Joseph Ghosn

La prouesse formelle est absolument évidente. Il serait difficile de nier les qualités graphiques de cet album virtuose. C’est la voix de la petite fille qui m’a empêché d’entrer dans le texte. On sait bien que les voix d’enfants sont ce qu’il y a de plus difficile en littérature, moi je n’y crois pas du tout. Arnaud Laporte

"Les grands espaces" de Catherine Meurisse (Dargaud)

"Les grands espaces" de Catherine Meurisse (Dargaud)
"Les grands espaces" de Catherine Meurisse (Dargaud)

Présentation officielle : La dessinatrice raconte son enfance passée à la campagne, dans une grande ferme que ses parents rénovent. Au milieu de cette maison en chantier, en pleine nature, elle développe son imaginaire et son goût pour le dessin.

L'avis des critiques :

Je trouve que les citations fonctionnent très bien. Les parents sont des botanistes littéraires. A leur image, Catherine Meurisse cultive les citations et les fait pousser. Il y a en dessinant, une volonté de faire revenir les odeurs, les sons et de les partager, ce qu’elle fait fort bien. En utilisant le crayon elle produit quelque chose de plus rugueux, donnant presque une volonté à son dessin. Antoine Guillot

C’est un livre que j’ai plutôt bien aimé, qui m’a fait me poser beaucoup de questions sur la transmission. C’est un livre que j’ai eu envie de passer à mes filles. C’est un livre sur la transmission de sa propre culture, comme sur la transmission de son histoire. La culture devient un ferment pour l’imaginaire et créé un monde. Joseph Ghosn

Il y a toute une dimension socio-politique sur le monde paysan avec un propos assez militant. Ses parents sont dans une forme de caricature absolument adorable. Je suis toujours très impressionné par ces planches aux allures de tableaux qui intègrent des quasi reproductions de grandes toiles. Elle peut très bien dessiner, comme faire des gros nez. Meurisse rend hommage aux œuvres qui l’ont inspirée, et qui affirment son goût pour la vie. Arnaud Laporte

La couverture de « La Légèreté » montrait un petit personnage sur une dune grisée. La couverture des « Grands Espaces » est comme une résurrection. Cet album, elle l’avait commencé avant le 7 janvier 2015. On peut toutefois se demander s’il aurait été le même sans attentat. Elle est allée dans quelque chose d’assez poétique. C’est très beau, je trouve que c’est la meilleure dessinatrice française actuelle. C’est un dessin très réconfortant avec un génie des postures et des mouvements. Catherine Robin

"Les rigoles" de Brecht Evens (Actes Sud BD)

"Les rigoles" de Brecht Evens (Actes Sud BD)
"Les rigoles" de Brecht Evens (Actes Sud BD)

Présentation officielle : Par une nuit d'été, dans la plus belle ville du plus beau pays, les princes et les princesses d'Europe, en pleine fleur de l'âge, sont en quête d'émerveillement.

L'avis des critiques :

Trois personnages principaux se croisent, entre fête totale des sens et dérive. Une joie totale m’envahit quand je vois ça, avec une invention permanente dans la manière de guider le récit. On ne va pas lire toujours de droite à gauche et de haut en bas, mais on n’est jamais complètement perdu, ou alors c’est volontaire. Il se laisse porter par ses personnages, chacun caractérisé par une couleur qui est également celle de son dialogue. C’est un livre « ville ». Antoine Guillot

On a l’illustration d’une abolition des frontières sociales. Il n’y a pas de ligne qui définit le personnage, mais la forme de l’aquarelle. Cela rend l’enveloppe intérieure des personnages très poreuses à l’extérieur, jusqu’à suivre n’importe qui, écouter n’importe quoi. C’est vraiment le matériau idéal. C’est un livre très fort visuellement, mais aussi très sonore. Catherine Robin

On a une saturation totale des sens, des couleurs, des moments, avec des séquences très découpées, avant d’aboutir à des pages presque muettes. Ça m'a un peu perdu, même si j’aime bien cette charge que cela nous impose. Joseph Ghosn  

On n’est pas perdu, mais il faut quand même s’accrocher. Le chaos n’est qu’apparent, mais j’aurais aimé le lire en plusieurs fois. Je n’arrive pas à m’intéresser au récit, même si visuellement, c’est très réussi et extrêmement maîtrisé. Arnaud Laporte

>> LE COUP DE CŒUR DE CATHERINE ROBIN : "Heimat : loin de mon pays" de Nora Krug (Gallimard BD)

"Heimat : loin de mon pays" de Nora Krug (Gallimard BD)
"Heimat : loin de mon pays" de Nora Krug (Gallimard BD)

Présentation officielle : Enquête graphique d'une Allemande sur la participation de sa famille à la Seconde Guerre mondiale.

Elle va se demander comment éprouver « l’heimat » à l’égard d’un pays à l’histoire si funeste. L’Allemagne a assumé de façon collective la part sombre de son histoire, mais très peu dans l’intimité des familles. Nora Krug raconte combien elle a été biberonné à la honte d’être Allemande. Elle va creuser dans les secrets enfouis de sa famille, ce qui est passionnant, mais aussi très bien fait. Catherine Robin

Vos commentaires :

Avant et pendant l'émission, réagissez et donnez votre avis sur le compte Twitter et la page Facebook de la Dispute.

Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

Intervenants
  • journaliste au magazine Elle
  • directeur de la rédaction de Vanity Fair
  • journaliste, critique de cinéma et de bandes dessinées, producteur de l'émission "Plan large" sur France Culture
À venir dans ... secondes ...par......