LE DIRECT
en haut : "Glass" de M. Night Shyamalan. en bas : "Doubles Vies" d'Olivier Assayas

Cinéma : Glass, "cela a déjà été fait et refait"

56 min
À retrouver dans l'émission

Trois films sont au sommaire de cette Dispute cinéma. Il est question de "Doubles Vies" d'Olivier Assayas avec Guillaume Canet, de "Glass" de M. Night Shyamalan qui fait suite à "Split" et "Mallé en son Exil" de Denis Gheerbrant. Le coup de cœur de Charlotte Garson est dévolu à un livre.

en haut : "Glass" de M. Night Shyamalan. en bas : "Doubles Vies" d'Olivier Assayas
en haut : "Glass" de M. Night Shyamalan. en bas : "Doubles Vies" d'Olivier Assayas

"Doubles Vies" d'Olivier Assayas (en salles)

Synopsis : Alain, la quarantaine, dirige une célèbre maison d’édition, où son ami Léonard, écrivain bohème publie ses romans. La femme d’Alain, Séléna, est la star d’une série télé populaire et Valérie, compagne de Leonard, assiste vaillamment un homme politique. Bien qu’ils soient amis de longue date, Alain s’apprête à refuser le nouveau manuscrit de Léonard… Les relations entre les deux couples, plus entrelacées qu’il n’y paraît, vont se compliquer.

L'avis des critiques :

Assayas est très intelligent, mais il n’évite pas le monde dans lequel il vit. On peut admettre qu’on fait tous parfois de l’entre-soi. Ce film est d’un ennui profond. Il est "has been", mais on vit une époque "has been". Je ne crois pas qu’il fasse un film sur la parole, mais plutôt sur le langage, avec un passage à la moulinette du récit et de la création. Corinne Rondeau

Le principal problème pour moi, c’est que les dialogues sont écrits d’une seule main. Cela pourrait créer une distanciation, mais on reste dans un film réaliste. Il court après quelque chose qui n’est pas vraiment neuf, en l’occurrence la dématérialisation du livre. Je suis sortie de tout cela avec l’impression d’un grand mépris pour le spectateur lié à un traitement très superficiel. Charlotte Garson

Pendant la projection. Je me demandais s’il fallait prendre cela comme une farce ou au premier degré. Au premier degré, on entend quand même tout un tas d’inepties. Peut-être Olivier Assayas nous montre-t-il la vacuité du langage contemporain dans ce type de sphère. Il revendique ce coté déjà daté. On est entre le scandale et une forme de finesse un peu perverse. Arnaud Laporte

Je me suis dit que c’était un discours de Fleur Pellerin ou un spot du ministère de la culture. On a tous les effets de mode, qui font qu’on aboutit à un cinéma gentrifié et complètement ringard. Ce qu’il y a d’immoral dans ce film c’est qu’il filme la parole, mais sa parole est une novelangue de conseiller marketing. Les acteurs sont très bons, mais doivent jouer avec une matière très ingrate. Murielle Joudet

"Glass" de M. Night Shyamalan (en salles)

Synopsis : Peu de temps après les événements relatés dans Split, David Dunn - l’homme incassable - poursuit sa traque de La Bête, surnom donné à Kevin Crumb depuis qu’on le sait capable d’endosser 23 personnalités différentes. De son côté, le mystérieux homme souffrant du syndrome des os de verre Elijah Price suscite à nouveau l’intérêt des forces de l’ordre en affirmant détenir des informations capitales sur les deux hommes…

L'avis des critiques :

Shyamalan me paraît tiraillé entre l’humilité de certains aspects du scénario, avec la modestie du début, et une mégalomanie. Le côté routinier du super héros qui fait profil bas est plutôt romanesque, intéressant, avec un côté Spielbergien. Ensuite, le film devient froid. Il fait une sorte de déflation du genre en montrant des super héros cassés, mais cela a déjà été fait et refait. Charlotte Garson

En voyant "Split" je me disais que ce n’était pas mon genre de film et que c’était peut être pour ça que je n’arrivais pas à entrer dedans. "Glass" nous perd un peu. La mise en scène virtuose nous change de l’épilepsie habituelle des films de super héros. Je constate un fossé entre cette mise en scène léchée et une histoire très bête. J’ai eu l’impression de voir un film Disney très bien mis en scène. Murielle Joudet

Il met juste à plat quelque chose d'assez banal. C’est affligeant avec un bavardage épouvantable. Il y a un rapport entre l’action et une écriture, un scénario préétabli. Son scénario n’est rien que ça : que font les super-héros une fois qu’on leur a enlevé leur pouvoir ? On a des explications continues insupportables. Corinne Rondeau

"Mallé en son Exil" de Denis Gheerbrant (en salles)

Synopsis : Mallé, un homme comme tant d'autres, nettoie nos bureaux, sort nos poubelles et vit dans un foyer. Mallé, noble soninké d'un petit village du Mali, explore avec le cinéaste son monde, le monde qu'il a emporté avec lui et qui le structure. Cinq ans dans la vie d'un exilé, à l'approche d'une autre manière de penser.

L'avis des critiques :

Je pense que le film va au-delà du portrait. C’est quelqu’un dont on découvre la vie, le quotidien. Denis Gheerbrant est un documentariste assez expérimenté. Il a une espèce de militance, dans laquelle peut se dissoudre la possibilité de faire du cinéma. J’ai eu ici l’impression de le retrouver. C’est quelqu’un qui écoute au sens auditif du terme, il sait faire advenir une parole. Charlotte Garson

On apprend rapidement que Mallé vit une schizophrénie, puisque c'est un esclave qui a des esclaves. L'innocence de la question vient sur du problématique par rapport à nos propres traditions. C’est un film qui me met très mal à l’aise par son innocence, sa volonté très bien pensante de l'altérité. Il prend le parti d'un humanisme qui a pour moi ses limites. Corinne Rondeau

Le mot modeste correspond bien au film. Pour moi, il ne trouve pas sa forme, mais son ambition se trouve ailleurs. C'est précieux et urgent. Il y a deux choses qui me touchent, c'est cette absence de commisération qui donne des scènes déchirantes et un respect dans le désaccord. Murielle Joudet

Mallé ne connait que la tradition, mais il vit quand même en France depuis des années. Je ne vois à aucun moment l'échange critique dans le film. Cela me fait penser au dernier film de Philippe Faucon, qui dit beaucoup plus la condition d'immigré. Ici, je ne trouve pas du tout qu'ils soient d'égal à égal. Je suis un peu gêné par ce qui n'est pas loin d'être une manipulation. Arnaud Laporte

>> LE COUP DE CŒUR DE CHARLOTTE GARSON : "Pascale Ogier : Ma Soeur" d'Emeraude Nicolas, textes de Frédéric Mitterrand, Philippe Azoury, Dominique Païni et al. (Filigrane Editions)

"Pascale Ogier : Ma Soeur" d'Emeraude Nicolas, textes de Frédéric Mitterrand, Philippe Azoury, Dominique Païni et al. (Filigrane Editions)
"Pascale Ogier : Ma Soeur" d'Emeraude Nicolas, textes de Frédéric Mitterrand, Philippe Azoury, Dominique Païni et al. (Filigrane Editions) Crédits : Electre

Présentation de l'auteur : « Il y a trente ans nous quittait Pascale, tout juste récompensée pour son rôle dans Les Nuits de la pleine lune. Elle fêtait ses vingt-cinq printemps, j’avais soufflé mes douze bougies ; nous étions demi-sœurs. Le temps passe, les photos dorment, rangées ici et là, dispersées. (Re)cherches, (re)découvertes, rencontres, (ré)assemblage : livre-hommage. Contributions précieuse de sa mère Bulle et touchantes de Jim Jarmusch, Olivier Assayas, Jean-Jacques Schuhl, Marc’O, Marguerite Duras, Frédéric Mitterrand, Dominique Issermann, Alice Spring, Tchéky Karyo, Pascal Greggory, Feodor Atkine, Elli (et Jacno), et plus encore. Court passage, mais dense parcours que celui-ci. Naissance en 1958, Cannes en 60, L’American Center en 66, le Flore, la Coupole, mai 1968, Barbet Schroeder, Charles Bukowski, Wim Wenders, les années soixante-dix, Cannes encore, Jacques Rivette, Éric Rohmer, Jacques Derrida, les années quatre-vingt, Alain Pacadis, la Mostra de Venise, le Palace, puis cette nuit de lune noire. » Emeraude Nicolas

C’est un livre très beau, à la tranche jaune fluorescente. Pascale Ogier a eu une carrière très furtive, resserrée. On apprend toutefois que cette carrière a été plus fournie qu’on ne pourrait le croire. On a des témoignages rassemblés sur elle par sa sœur. Le livre est intéressant puisqu’on le commence en se disant que cela va être une étude de la réception. Or, plus on avance, plus on va vers le témoignage historique. Charlotte Garson

Vos commentaires :

Avant et pendant l'émission, réagissez et donnez votre avis sur le compte Twitter et la page Facebook de la Dispute.

Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

Intervenants
À venir dans ... secondes ...par......