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en haut : "Girl" de Lukas Dhont (© Victor Polster), en bas : "Amin" de Philippe Faucon (© Pyramide Distribution)

Cinéma : "Je vois ce qu’il ne veut pas faire, mais je ne vois pas ce qu’il veut faire"

55 min
À retrouver dans l'émission

Au programme de cette Dispute cinéma, un Petit Salon de Lucile Commeaux consacré aux scènes d'amour au cinéma. Mais aussi "Girl" de Lukas Dhont et "Amin" de Philippe Faucon. Le coup de cœur du jour reviendra à "Une page folle" de Teinosuke Kinugasa (1926).

en haut : "Girl" de Lukas Dhont (© Victor Polster), en bas : "Amin" de Philippe Faucon (© Pyramide Distribution)
en haut : "Girl" de Lukas Dhont (© Victor Polster), en bas : "Amin" de Philippe Faucon (© Pyramide Distribution)

Le Petit Salon de Lucile Commeaux : "Comment réussir une scène de sexe au cinéma"

L'avis des critiques :

La scène d'amour réussie peut être celle qui donne envie de faire l'amour, bref celle qui est lestée d'une certaine charge érotique. Dans la scène d'amour se joue la question du vrai, de l'authenticité, peut-être plus que dans tout autre moment d'un film. Et vous qu’attendez-vous d’une scène de sexe au cinéma ? Lucile Commeaux

Sur les scènes de sexe je suis assez catégorique : on n’a jamais rien fait de mieux que le porno. Je me suis replongé dans ma cinéphile et je suis retombé sur « La maman et la putain » et notamment sur les scènes après l’amour. La chair continue de dialoguer. Philippe Azoury

Je cite toujours « My own private Idaho » de Gus Van Stant qui a trouvé une façon formelle de filmer une scène de sexe. Il filme une succession de plans fixes. On voit des acteurs dans des positions de coït, qui changent à chaque noir-image. Cela montre quelque chose de la crudité du rapport. Arnaud Laporte

Me reviennent en tête deux scènes. Un split screen dans « Indiscret » (1958) où les deux protagonistes, amants, sont au téléphone chacun dans leur lit. Et puis l'autre souvenir que j'ai, c'est dans « Ailleurs l’herbe est plus verte » où un couple se donne rendez-vous dans Londres et où l'on voit que tous les lieux de rendez-vous sont désertés. Cela nous amène comprendre qu'ils sont dans une chambre. Charlotte Garson

"Amin" de Philippe Faucon

Synopsis : Amin est venu du Sénégal pour travailler en France, il y a neuf ans. Il a laissé au pays sa femme Aïcha et leurs trois enfants. En France, Amin n’a d’autre vie que son travail, d’autres amis que les hommes qui résident au foyer.

Aïcha ne voit son mari qu’une à deux fois par an, pour une ou deux semaines, parfois un mois. Elle accepte cette situation comme une nécessité de fait : l’argent qu’Amin envoie au Sénégal fait vivre plusieurs personnes.  

Un jour, en France, Amin rencontre Gabrielle et une liaison se noue. Au début, Amin est très retenu. Il y a le problème de la langue, de la pudeur. Jusque-là, séparé de sa femme, il menait une vie consacrée au devoir et savait qu’il fallait rester vigilant.

L'avis des critiques :

Peut être que le titre est un tout petit peu trompeur parce qu’il donne l’impression d’un portrait isolé, comme un médaillon. Ici ce qui est intéressant, c’est qu’on voit le mieux la personne dans ses relations avec les autres. Il fait un geste un peu audacieux dans son montage, en nous emmenant très tôt au Sénégal. C’est une audace qui fonctionne, on vit l’écartèlement. Cette honnêteté par rapport aux personnages est appréciable, ce ne sont pas des marionnettes du scénario. Charlotte Garson

Il est en train de construire une constellation de personnages touchés par la même réalité de l’immigration. Cette constellation est aussi synonyme de solidarité, avec une empathie témoignée aux personnages. Chez Philippe Faucon tout est question de choix. Le film tient aussi au montage, les scènes disent énormément du parcours des personnages. Je trouve ce scénario vraiment splendide. Lucile Commeaux

Je suis un éternel déçu du cinéma de Faucon, mais un déçu tendre. Je pense qu’il a une profonde intelligence vis à vis de ses personnages, mais je trouve de plus en plus que ses personnages ont du mal à être autre chose qu’une fonction. Dans la première séquence on voit qu’il vise une économie très sèche. Pourtant j’ai de plus en plus envie qu’il tourne des scènes inutiles. On arrivera alors à quelque chose d’admirable. Philippe Azoury

J’ai quelques réserves concernant Amin. Il y a pour moi des problèmes scénaristiques et en premier lieu, cette histoire d’amour qui ne fonctionne pas. On comprend bien cette idée d’altérité, mais pour moi l’altérité est au cœur d’Amin. Je trouve que Faucon s’aventure dans des territoires avec une forme de délicatesse montrant de beaux rapports humains. J’ai trouvé qu’Emmanuelle Devos semblait être une forme de pièce rapportée seulement utile au scénario. Arnaud Laporte

"Girl" de Lucas Dhont

Synopsis : Lara, 15 ans, rêve de devenir danseuse étoile. Avec le soutien de son père, elle se lance à corps perdu dans cette quête d’absolu. Mais ce corps ne se plie pas si facilement à la discipline que lui impose Lara, car celle-ci est née garçon.

L'avis des critiques :

C’est le film d’une performance d'acteur et un film sur la performance. De ce point de vue c’est assez intéressant. C’est un film qui ne tient pas un discours généralisant sur les personnes trans. Pour autant il y a quelque chose qui me gêne beaucoup et qui tient notamment au personnage du père. La bienveillance et la douceur est presque aussi cliché que le cliché qu’on s’efforce d’éviter. Je trouve que cela pose un problème dans la réception du film, puisqu’on attend la crise. Lucile Commeaux

Il me semble que Dhont coche des choses à ne pas faire. On a compris que c’était un fait, que Lara est une jeune fille et ce n’est pas le problème. Je vois ce qu’il ne veut pas faire, mais je ne vois pas ce qu’il veut faire. J’aime les scènes de danse, même si j’ai l’impression que ce sont toujours les mêmes déboulés qui conduisent à une forme de vertige, qui disent la chute. On ne fait qu’attendre ce moment-là. Le portrait reste dans une psychologie qui ne mène pas à grand chose. Charlotte Garson

Je craignais un peu ce film, mais j’en suis ressorti avec une très forte impression. Je craignais le formatage de ce jeune cinéaste alors que je n’en ai presque pas trouvé. Le père est un personnage que je trouve incroyable parce qu’on s’attend au cliché de la famille, qui a ici été évacué. On a cette année des films d’auteurs qui remettent la direction d’acteurs au centre du problème. Philippe Azoury

Ce qui me plait énormément dans le film c’est la voix de Polster qui donne un charme absolu à son personnage entre réel et étrangeté. Avec ce film de danse j’ai beaucoup pensé à Whiplash, et je trouve que Girl en est l’exacte opposé. On est dans un environnement qui n’a pas besoin d’être sadique pour faire progresser les gens et je suis sensible à cette douceur. Arnaud Laporte

>> LE COUP DE CŒUR DE PHILIPPE AZOURY : "Une Page Folle" de Teinosuke Kinugasa (1926), DVD Lobster

Synopsis : Un ancien marin se fait embaucher comme concierge dans un asile d'aliénés afin de se rapprocher de son épouse, enfermée à l’hôpital après une tentative de suicide ratée. Un endroit où les heures passent au rythme des routines ordinaires du personnel et des étranges rituels des patients.

Lobster à enfin sorti cette merveille en DVD. Cela raconte quelque chose de très dur à discerner puisque c’est un film sans carton. Ce serait l’histoire d’un marin devenant gardien d’un asile de fou pour retrouver sa femme internée. C’est d’une beauté terrible, j’ai trouvé ça éblouissant. Phillipe Azoury

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Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records)

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