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à gauche : "Terra Franca" (© Docks 66), au milieu : "The Mumbai Murders" (© Stray Dogs Distribution) et "Hard Eight" (© Splendor Films), à droite : "Atlal" (© Capricci Films)

Cinéma : Atlal, "toute fin pourrait être un début"

55 min
À retrouver dans l'émission

La Dispute se consacre aujourd'hui au cinéma avec "Terra Franca" de Leonor Teles, "The Mumbai Murders" d'Anurag Kashyap et le long métrage de Thomas Anderson inédit en France : "Hard eight". Le coup de coeur de Lucile Commeaux va quant à lui à "Atlal" de Djamal Kerkar.

à gauche : "Terra Franca" (© Docks 66), au milieu : "The Mumbai Murders" (© Stray Dogs Distribution) et "Hard Eight" (© Splendor Films), à droite : "Atlal" (© Capricci Films)
à gauche : "Terra Franca" (© Docks 66), au milieu : "The Mumbai Murders" (© Stray Dogs Distribution) et "Hard Eight" (© Splendor Films), à droite : "Atlal" (© Capricci Films)

"Terra Franca" de Leonor Teles (en salles)

Synopsis : Sur les berges du Tage au Portugal, un homme vit entre la tranquillité du fleuve et les relations qui le rattachent à la terre. Filmé aux quatre saisons, TERRA FRANCA fait le portrait de la vie du pêcheur portugais Albertino, entouré de sa femme Dalia et de ses filles, dont l’aînée s’apprête à se marier. La fin d’un cycle de vie, à hauteur de barque et de regard.

L'avis des critiques :

Je trouve que le film fait preuve d’une grande maturité sur le fond. Cet homme ressemble vraiment à un acteur hollywoodien, et on a aussi des scènes beaucoup plus triviales. Quand ils se parlent, je trouve cela extrêmement fin. Elle a un sens de « où placer la caméra » qui est assez inédit. Les objets ménagers sont omniprésents et la caméra est comme un autre objet de la domesticité qu’on placerait-là. Lucile Commeaux

La caméra joue parfaitement avec eux. C’est un couple un peu fatigué qui se parle très peu. On sent que le bonheur est passé, mais qu’avec le mariage, la joie est aussi à venir. On a vraiment l’impression de faire partie de cette famille. J’en suis toutefois ressortie un peu indemne. Lily Bloom

La perte de la licence de pêche n’est pas traitée, alors que j’attendais quelque chose, même si j’étais content de voir ce mariage. Le film n’est pas vraiment arrivé jusqu’à moi. On a de très beaux moments de cinéma malgré tout. Avec la lumière, on arrive parfois dans un western. Il a une très belle gueule Albertino et on a des couleurs absolument magnifiques. L’efficacité rendue par l’utilisation du plan fixe reste assez connue. Arnaud Laporte

Il y a quelque chose d’assez ingénieux. C’est comme si le temps s’était arrêté. Les relations entre les gens, les cycles de la vie, créent de mini incursions du monde moderne. Elle veut beaucoup insister sur les rimes, l’aspect esthétique, avec souvent des plans fixes donnant des images assez surprenantes. Le récit lui-même reste sur une petite musique plus attendue. Florence Colombani

"The Mumbai Murders" d'Anurag Kashyap (en salles)

Synopsis : Mumbai.
Ramana tue, en série.
Raghavan, jeune policier n’a qu’une obsession, arrêter le criminel.
La chasse est lancée. Mais les crimes ne cessent de se multiplier.
Le destin de ces deux hommes semble être plus qu’à jamais lié.

L'avis des critiques :

Contre toute attente, ce film m’a évoqué « Aprile » de Nanni Moretti. L’intrigue et la pensée de ce film repose sur cette idée qu’après le dédoublement, ils sont la même personne. La sur-stylisation, comme la sur-écriture m’ont laissée perplexe. On sent ce désir de faire un objet baroque comme synthèse de plusieurs influences, mais sans la virtuosité. Florence Colombani

Il a été pour moins assez pénible de voir ce film, au-delà de son extrême violence, c’est à la fois virtuose et très brouillon. Il est question de la décadence actuelle de l’Inde. Le serial killer est dédoublé en deux personnages, comme pour parler de la schizophrénie du pays. Le découpage en chapitres me parait quand même assez brouillon et l’enquête faible. Lily Bloom

Le film fait écho à un fait divers qui a secoué Mumbai dans les années 60. Le réalisateur a toutefois d’emblée voulu se débarrasser du carcan du fait divers. Tout est portée par cette structure du pacte faustien entre les personnages. Le côté baroque assez foisonnant ne me gêne pas vraiment. Le problème, c’est que tous les genres sont convoqués. Lucile Commeaux

"Hard Eight" de Thomas Anderson, un long métrage inédit en France (en salles)

Synopsis : John a perdu tout son argent. Il rencontre Sydney et tous deux partent pour Reno. Sous la tutelle de Sydney, John devient un joueur professionnel. Il tombe également amoureux...

L'avis des critiques :

Paul Thomas Anderson soigne ses introductions et ses fins de film merveilleusement. Il y a un plaisir à découvrir l’échafaudage de sa cinéphilie. Il y a ces dialogues étirés à l’extrême, jusqu’à l’absurde. On sent de nombreuses influences, mais aussi son talent de disséqueur et sa distance. Cette distance et cette froideur m’ont emportée. Lily Bloom

La question est vraiment celle de la promesse, notamment de la promesse que cela a dû être pour les spectateurs de l’époque. Ce n’est pas un film de casino ou un film sur les malfrats. Cet effet déceptif est l’un des intérêts du film. Le film à suspens avorte et on entre dans une atmosphère très poisseuse et glauque. Lucile Commeaux

C’est un film que l’on regarde avec un intérêt plus ou moins intense selon l’amour qu’on a ou nom pour les films de Paul Thomas Anderson. On retrouve les visages juvéniles de comédiens très connus. On voit un cinéaste en train de naître qui ne donne pas encore sa pleine mesure, mais c’est un film incontestablement très prometteur. C’est aussi un film de voix, très musical et très fort. Florence Colombani

Je préfère ce film à la suite de sa filmographie. Je l’ai trouvé somptueux et très maîtrisé. On sent bien les influences, mais il parvient à les dépasser. Cette figure de vieux malfrat fatigué dans « Bob le flambeur » me plait beaucoup. Ici on a le même type de figure avec un impossible passage de témoin. Il y a l’envie d’y croire encore et une forme d’indécision. Arnaud Laporte

>> LE COUP DE CŒUR DE LUCILE COMMEAUX : "Atlal" de Djamel Kerkar, disponibel en DVD (Capricci)

Synopsis : Atlal : une discipline poétique qui consiste à se tenir face aux ruines et à faire resurgir sa mémoire, ses souvenirs du visible vers l'invisible. Entre 1991 et 2002, l'Algérie en proie au terrorisme a connu officiellement la perte de 200 000 vies.

C’est un documentaire qui se déroule à Atlal, une ville qui a particulièrement souffert pendant la « décennie sanglante ». Le film ouvre sur une dizaine de minutes d’images filmées à la caméra amateure. On ne sait jamais si le bâti est en ruine ou en construction. La beauté du film repose beaucoup là-dessus : toute fin pourrait être un début. Il y a une lumière splendide et on ne sait jamais si on est à l’aube ou au crépuscule. C’est vraiment un film magnifique. Lucile Commeaux 

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Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

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