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en haut à gauche : détail de la couverture de "Kiosque" de Jean Rouand (Grasset), en dessous : "L'Empreinte" d'Alexandria Marzano-Lesnevich (Sonatine) et "Le Rituel des dunes" de Jean-Marie Blas de Roblès (Zulma). A droite : Elisabeth Filhol

Littérature : Kiosque, "aboutir au devenir écrivain de Jean Rouaud"

55 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir, une Dispute littérature avec quatre livres au programme. Il est question de "Doggerland" d'Élisabeth Filhol, "Le Rituel des dunes" de Jean-Marie Blas de Roblès et "Kiosque" de Jean Rouaud. Elisabeth Philippe évoque son coup de cœur pour "L’Empreinte" d'Alexandria Marzano-Lesnevich.

en haut à gauche : détail de la couverture de "Kiosque" de Jean Rouand (Grasset), en dessous : "L'Empreinte" d'Alexandria Marzano-Lesnevich (Sonatine) et "Le Rituel des dunes" de Jean-Marie Blas de Roblès (Zulma). A droite : Elisabeth Filhol
en haut à gauche : détail de la couverture de "Kiosque" de Jean Rouand (Grasset), en dessous : "L'Empreinte" d'Alexandria Marzano-Lesnevich (Sonatine) et "Le Rituel des dunes" de Jean-Marie Blas de Roblès (Zulma). A droite : Elisabeth Filhol

"Doggerland" d'Élisabeth Filhol (P.O.L)

"Doggerland" d'Élisabeth Filhol (P.O.L)
"Doggerland" d'Élisabeth Filhol (P.O.L)

Présentation de la maison d'édition : Le héros de ce grand roman sur la fracture des êtres, des cœurs et des continents, c’est d’abord un haut-fond en mer du Nord, le Dogger Bank. Il y a encore 8000 ans, avant d’être englouti, c’était une terre émergée, habitée, une île presque aussi grande que la Sicile. Les archéologues lui ont donné un nom : le Doggerland.
Ce territoire mystérieux, Margaret, géologue, l’a choisi à la fin des années quatre-vingt comme objet d’études, quand elle aurait pu suivre la voie des exploitations pétrolifères. Comme Marc Berthelot qui a brutalement quitté le département de géologie de St Andrews, et Margaret, pour une vie d’aventure comme ingénieur pétrolier sur les plateformes offshore. Calant son rythme de vie sur celui du baril de Brent, le pétrole extrait de la mer du Nord, dont les cours enchaînent les envolées et les effondrements.

Vingt ans après leur rencontre, Marc et Margaret sont invités à un congrès à Esbjerg, au Danemark. Ils pourraient décider de faire le choix de se revoir. Mais la veille au soir, le 5 décembre 2013, la Grande-Bretagne est placée en alerte rouge. La tempête Xaver, requalifiée en ouragan, déboule sur l’Europe du Nord. On suit avec fascination sa montée en puissance. En même temps qu’elle réveille les fantômes du Doggerland, elle ranime les souvenirs d’il y a vingt ans, ravive les choix des uns et des autres, et met en question les conditions extrêmes de développement des plates-formes pétrolifères, des parcs éoliens, de l’exploitation toujours plus intense des ressources naturelles…

On dit que l’histoire ne se répète pas. Mais les géologues le savent, sur des temps très longs, des forces agissent à distance, capables de rouvrir de vieilles failles, ou de les refermer.

L'avis des critiques :

C’est un livre qui fait la part belle à la géologie, un livre aux multiples strates. Elle écrit des pages d’une technicité absolument éblouissante, avec une somme de connaissances inouïes sur cette terre disparue. Ce n’est jamais pesant. Ce roman pourrait être qualifié d’éco-fiction. Cette dimension écologique lui donne quelque chose de très contemporain. Elisabeth Philippe

Il y a une richesse extraordinaire des strates savantes de ce livre. Elle tire beaucoup de ressources poétiques de cette histoire du Doggerland. Trouver dans la science une matérialisation d’un mythe, comme celui des cités englouties, est une grande force. Je suis moins convaincu par son art romanesque lorsqu’elle veut faire du roman sentimental. Il y a une rigidité des dialogues qui l’empêche de faire vivre le mouvement entre les personnages. Florent Georgesco

Elle a une manière merveilleuse de manier la technicité, les données scientifique et d'en faire une matière de roman. J’ai décidé de prendre cette histoire d'amour comme un prétexte, puisqu'elle justifie l’existence d’un roman sur le Doggerland. Elle tisse des échos entre cette terre et les caractères de ses personnages. Ils existent et justifient le tempo, malgré une troisième partie extrêmement démonstrative. Raphaëlle Leyris

Ces personnages sont là pour que ce roman ne soit pas un essai. Je ne suis pas certains que j’aurais lu un essai avec la même passion, les mêmes vibrations. Il y a une deuxième fin après la première qui montre qu’Elisabeth Filhol sait être absolument romanesque. Ces dernières  pages sont somptueuses et rachètent la « bluette » de série scientifique. Arnaud Laporte 

"Le Rituel des dunes" de Jean-Marie Blas de Roblès (Zulma)

"Le Rituel des dunes" de Jean-Marie Blas de Roblès (Zulma)
"Le Rituel des dunes" de Jean-Marie Blas de Roblès (Zulma)

Présentation de la maison d'édition : Dans un petit milieu d’expatriés, joyeusement délétère et décalé, Beverly, l’Américaine, fait figure de brillante excentrique. Elle n’a aucune limite, mène sa vie comme au casino, et ne vit que par passion. Elle est exubérante, impulsive : irrésistible.

Quand Roetgen débarque sans transition du Brésil à Tientsin, mégapole glaciale du nord de la Chine, il est séduit par cette femme inouïe, de vingt ans son aînée. Comme une Shéhérazade en ombre chinoise, Beverly, qui a vécu (ou fantasmé) mille vies rocambolesques, des plus sordides aux plus éclatantes, réclame à son jeune amant des histoires à la hauteur de sa propre biographie : les affres d’un empereur chinois au double visage, une nuit hallucinée au cœur de la Cité interdite, un vrai faux polar mâtiné de sexe et de mafia chinoise. Mais entre fiction et réalité, la mécanique s’enraye, Beverly s’enflamme, dévoilant sa face obscure…

Le Rituel des dunes est un roman extraordinairement brillant, réjouissant et profond – et qui porte haut les grands bonheurs du romanesque.

L'avis des critiques :

Dans l'esprit de Blas de Roblès, son oeuvre est une unité. Tout procède du premier livre. Il a un sens du chiffre et de l’ésotérisme extrêmement fort. Ce livre-là est un microcosme de toute cette oeuvre. Ces personnages sont capables de surprise, sont hors de tous stéréotypes. C'est un livre partiel, effectivement totalement vain, car fondé sur le pur plaisir du récit. Florent Georgesco

Il est dommage de ne pas pouvoir apprécier un livre si l'on n'a pas lu toute l'oeuvre avant. C'est un livre à tiroirs avec plein de mises en abîme et de clins d’œil très appuyés, avec un côté baroque, très fatigant. Je trouve toujours assez pénibles les textes qui donnent leur propre mode d’emploi. Cette langue est effectivement très maîtrisée et chatoyante, mais ça ne forme rien. Elisabeth Philippe

L'histoire est jalonnée par les histoires que raconte le personnage principal. Plusieurs histoires s’intercalent. Je pense que je ne suis pas la bonne personne pour ce texte, parce que je n'ai pas lu Blas de Roblès avant. On comprend très bien qu’il s’inscrit dans une œuvre. Il y a une jubilation du texte à laquelle je suis sensible, il y a une malice, une beauté de la langue, mais je reste en lisière de ce livre. Raphaëlle Leyris

"Kiosque" de Jean Rouaud (Grasset)

"Kiosque" de Jean Rouaud (Grasset)
"Kiosque" de Jean Rouaud (Grasset)

Présentation de la maison d'édition : Sept années durant, de 1983 à 1990, jusqu’à l’avant-veille du prix Goncourt, un apprenti-écrivain du nom de Jean Rouaud, qui s’escrime à écrire son roman  Les Champs d’honneur, aide à tenir rue de Flandre un kiosque de presse.

A partir de ce «  balcon sur rue  », c’est tout une tranche d’histoire de France qui défile  : quand Paris accueillait les réfugiés pieds-noirs, vietnamiens, cambodgiens, libanais, yougoslaves, turcs, africains, argentins  ; quand vivait encore un Paris populaire et coloré (P., le gérant du dépôt, anarcho-syndicaliste dévasté par un drame personnel  ; Norbert et Chirac (non, pas le maire de Paris  !)  ; M. le peintre maudit  ; l’atrabilaire lecteur de l’Aurore  ; Mehmet l’oracle hippique autoproclamé  ; le rescapé de la Shoah, seul lecteur du bulletin d’information en yiddish…)

Superbe galerie d’éclopés, de vaincus, de ratés, de rêveurs, dont le destin inquiète l’  «écrivain  » engagé dans sa quête littéraire encore obscure à 36 ans, et qui se voit vieillir comme eux.

Au-delà des figures pittoresques et touchantes des habitués, on retrouve ici l’aventure collective des lendemains de l’utopie libertaire post soixante-huitarde, et l’aventure individuelle et intime d’un écrivain qui se fait l’archéologue de sa propre venue aux mots (depuis «  la page arrachée de l’enfance  », souvenir des petits journaux aux couvertures arrachées dont la famille héritait de la part de la marchande de journaux apitoyée par la perte du pater familias jusqu’à la formation de kiosquier qui apprend à parler «  en connaissance de cause  ».)

L'avis des critiques :

Ce que j’aime beaucoup, c’est d’abord qu’il se moque un peu de l'attente du lecteur. Il est dans une sorte de chemin obstiné. Il cherche depuis cinq tomes ce qui l'a fait écrivain. On a une confrontation au réel, à la fois dans la vie des personnages qu’il rencontre et dans sa confrontation à ce qui pourrait être son échec. Il y a une figure de peintre maudit dont Jean Rouaud craint qu'elle soit un miroir. Raphaëlle Leyris

Il tente beaucoup de choses à la fois, ce qui fait partie de son charme. Je ne trouve pas qu'il soit très à l'aise et intéressant dans les idées générales. Il a quelques idées sur lesquelles j'ai tendance à passer assez vite. Ce qui donne une continuité à tout ça, c'est cette histoire du jeune homme. Il y a cette chose terrible qu'est l'attente de l'avenir. Il est objectivement en train de vivre des années extraordinaires, mais craint de vivre le début de la vie d'un raté. Florent Georgesco

C’est très riche. Dans une phrase, il y a mille idées, mille choses qui surgissent. A travers la description du kiosque, c’est tout un monde d’hier qu’il décrit, toutes ces vies minuscules qu’il fait revivre. Il est pris dans cette immédiateté qui est celle de l’actualité. Je trouve que c’est très bien restitué, de façon même assez espiègle. « Kiosque » permet d’aboutir au devenir écrivain de Jean Rouaud. Même si c'est parfois un tout petit peu fastidieux. Elisabeth Philippe

>> LE COUP DE CŒUR D’ELISABETH PHILIPPE : "L’Empreinte" d'Alexandria Marzano-Lesnevich (Sonatine)

"L’Empreinte" d'Alexandria Marzano-Lesnevich (Sonatine)
"L’Empreinte" d'Alexandria Marzano-Lesnevich (Sonatine)

Présentation de la maison d'édition : Etudiante en droit à Harvard, Alexandria Marzano-Lesnevich est une farouche opposante à la peine de mort. Jusqu’au jour où son chemin croise celui d’un tueur emprisonné en Louisiane, Rick Langley, dont la confession l’épouvante et ébranle toutes ses convictions. Pour elle, cela ne fait aucun doute : cet homme doit être exécuté. Bouleversée par cette réaction viscérale, Alexandria ne va pas tarder à prendre conscience de son origine en découvrant un lien entre son passé, un secret de famille et cette terrible affaire qui réveille en elle des sentiments enfouis. Elle n’aura alors cesse d’enquêter inlassablement sur les raisons profondes qui ont conduit Langley à commettre ce crime épouvantable. 

Dans la lignée de séries documentaires comme Making a Murderer, ce récit au croisement du thriller, de l’autobiographie et du journalisme d’investigation, montre clairement combien la loi est quelque chose d’éminemment subjectif, la vérité étant toujours plus complexe et dérangeante que ce que l’on imagine. Aussi troublant que déchirant.

Ce qui remonte à la surface, ce sont ses souvenirs, sa propre histoire. Elle relate une confrontation bouleversante avec un meurtrier. Elle nous raconte toute l’histoire de Ricky Langley et va y enchevêtrer sa propre histoire, de façon extrêmement habile. Tout le point central de son livre est « comment on raconte une histoire ? » et « qui a le droit de raconter une histoire ? ». C’est un livre extrêmement important et marquant. Elisabeth Philippe

Vos commentaires :

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Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

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