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au milieu : Nicolas Mathieu, en haut à droite : Yves Bichet

Littérature : émission spéciale "Prix du Roman des étudiants France Culture-Télérama"

56 min
À retrouver dans l'émission

La Dispute consacre une émission spéciale au "Prix du Roman des étudiants France Culture-Télérama". Pour l'occasion, Lucile Commeaux est entourée de quatre étudiants, David Dana, Clémence Pouletty, Lola Courtillat et Hugo Caesar, pour échanger sur les cinq romans sélectionnés.

au milieu : Nicolas Mathieu, en haut à droite : Yves Bichet
au milieu : Nicolas Mathieu, en haut à droite : Yves Bichet

"Arcadie" d'Emmanuelle Bayamack-Tam (P.O.L)

"Arcadie" d'Emmanuelle Bayamack-Tam (P.O.L)
"Arcadie" d'Emmanuelle Bayamack-Tam (P.O.L)

Présentation de la maison d'édition : La jeune Farah, qui pense être une fille, découvre qu’elle n’a pas tous les attributs attendus, et que son corps tend à se viriliser insensiblement. Syndrome pathologique ? Mutation ou métamorphose fantastique ? Elle se lance dans une grande enquête troublante et hilarante : qu’est-ce qu’être une femme ? Un homme ? Et découvre que personne n’en sait trop rien. Elle et ses parents ont trouvé refuge dans une communauté libertaire qui rassemble des gens fragiles, inadaptés au nouveau monde, celui des nouvelles technologies et des réseaux sociaux. Et Farah grandit dans ce drôle de paradis avec comme terrain de jeu les hectares de prairies et forêts qu’elle partage avec les animaux et les enfants de la communauté qui observent les adultes mettre tant bien que mal en pratique leurs beaux principes : décroissance, anti-spécisme, naturisme, amour libre et pour tous, y compris pour les disgraciés, les vieux, les malades. Emmanuelle Bayamack-Tam livre un grand roman à la fois doux et cruel, comique, et surtout décapant, sur l’innocence et le monde contemporain. Farah, sa jeune héroïne, découvre l’amour avec Arcady, le chef spirituel et enchanteur de ce familistère. Elle apprend non seulement la part trouble de notre identité et de notre sexualité, mais également, à l’occasion d’une rencontre avec un migrant, la lâcheté, la trahison. Ce qui se joue dans son phalanstère, c’est ce qui se joue en France à plus grande échelle. Arcady et ses ouailles ont beau prêcher l’amour, ils referment les portes du paradis au nez des migrants. Pour Farah c’est inadmissible : sa jeunesse intransigeante est une pierre de touche pour mettre à l’épreuve les beaux principes de sa communauté. Comme toutes nos peurs et illusions sur l’amour, le genre et le sexe.

L'avis des étudiants-critiques :

On a une introduction à côté de la plaque avec ce migrant qui sert de porte-parole. On est dans la bienséance, la bonne pensée et le politiquement correct. Pour moi Farah est la pire tête à claque que j’ai vue de ma vie. Tous les interlocuteurs sont dans une dichotomie noir/blanc. Farah essaye de nous évangéliser, nous les gens du vrai monde consumériste. David Dana

Pour moi on a un prétexte à un roman d’éducation très fin. L’auteure ne s’interdit aucune grosse ficelle, aucun cliché et elle le dit clairement. On est dans une zone blanche des bons sentiments. Une zone pleine de contradictions qui va se fissurer toute seule à l’arrivée du migrant. Pour moi le migrant et le problème du genre ne sont que des touches et pas le but du roman. Lola Courtillat

"La robe blanche" de Nathalie Léger (P.O.L)

"La robe blanche" de Nathalie Léger (P.O.L)
"La robe blanche" de Nathalie Léger (P.O.L)

Prix reçu : Prix Wepler-Fondation La Poste 2018

Présentation de la maison d'édition : Il y a quelques années, Nathalie Léger découvre une histoire qui l’intrigue et la bouleverse : une jeune artiste qui avait décidé de se rendre en autostop de Milan à Jérusalem en robe de mariée, pour porter un message de paix dans les pays en conflit ou en guerre, est violée et assassinée par un homme qui l’avait prise en voiture au sud d’Istanbul. Artiste ou martyre ? Candeur ou sacrifice ? Elle voulait faire régner l’harmonie par sa seule présence en robe de mariée. Mais ce n’est ni la grâce ou la bêtise de cette intention qui captive la narratrice, c’est d’avoir voulu par son voyage réparer quelque chose de démesuré et qu’elle n’y soit pas arrivée. Et parce qu’elle découvre que cette histoire vraie qui la touche tant en accompagne ou en révèle une autre. Elle comprend que sa mère lui demande la même chose : pouvoir réparer sa propre histoire blessée en lui demandant de raconter son mariage, d’exposer l’injustice de son divorce. Le père, l’ayant quittée dans les années soixante-dix avec éclat pour une autre femme, avait réussi à faire prononcer leur divorce à ses torts exclusifs, à elle, l’épouse abandonnée. La mère demande à sa fille d’écrire l’ordinaire de ce qui s’est passé, l’échec, l’abandon, les larmes, l’injustice. Elle lui demande aussi d’écrire pour réparer. Mais si une robe de mariée ne suffit pas à racheter les souffrances de l’humanité, les mots pourront-ils suffire à rendre justice pour les larmes d’une mère ?

L'avis des étudiants-critiques :

Je suis assez partagé. On est à mi-chemin entre un roman et un essai. On ne sait pas vraiment ce qui tient du scientifique et du romanesque. L’écriture est travaillée, construite, parfois un peu elliptique. Il y a aussi des passages très touchants sur la relation mère-fille. Il y a beaucoup à dire sur le rapport au féminisme et à la féminité dans ce livre avec la contradiction de cette robe blanche qui incarne la tradition. Hugo Caesar

Pour moi on a l’enchaînement très laborieux de trois sujets qui lui parlent. Ce qui m’a intéressé, c’est sa mère. Je voulais qu’elle me parle de sa mère, qu’elle me parle d’elle et de leurs difficultés à communiquer. On sent que c'est une écrivaine très professionnelle et peut-être une auteure pour des lecteurs professionnels eux aussi. C’est un peu laborieux et pas très distrayant. David Dana

Le livre fait part d’un triptyque. Elle évoque à chaque fois une performance. J’apprécie ce parti pris qui consiste à être dans le flou, on se perd corps et âme, on mélange les propos. On a quand même un questionnement, une réflexion métaphysique, une remise en cause du pouvoir de la littérature. Pour moi ce livre ne s’adresse pas du tout à un public élitiste, cette relation avec la mère parle à tout le monde et me paraît très explicite. Lola Courtillat

"Leurs enfants après eux" de Nicolas Mathieu (Actes Sud)

"Leurs enfants après eux" de Nicolas Mathieu (Actes Sud)
"Leurs enfants après eux" de Nicolas Mathieu (Actes Sud)

Prix reçu : Prix Goncourt

Présentation de la maison d'édition : Août 1992. Une vallée perdue quelque part dans l’Est, des hauts-fourneaux qui ne brûlent plus, un lac, un après-midi de canicule. Anthony a quatorze ans, et avec son cousin, pour tuer l’ennui, il décide de voler un canoë et d’aller voir ce qui se passe de l’autre côté, sur la fameuse plage des culs-nus. Au bout, ce sera pour Anthony le premier amour, le premier été, celui qui décide de toute la suite. Ce sera le drame de la vie qui commence.

Avec ce livre, Nicolas Mathieu écrit le roman d’une vallée, d’une époque, de l’adolescence, le récit politique d’une jeunesse qui doit trouver sa voie dans un monde qui meurt. Quatre étés, quatre moments, de Smells Like Teen Spirit à la Coupe du monde 98, pour raconter des vies à toute vitesse dans cette France de l’entre-deux, des villes moyennes et des zones pavillonnaires, de la cambrousse et des ZAC bétonnées. La France du Picon et de Johnny Hallyday, des fêtes foraines et d’Intervilles, des hommes usés au travail et des amoureuses fanées à vingt ans. Un pays loin des comptoirs de la mondialisation, pris entre la nostalgie et le déclin, la décence et la rage.

L'avis des étudiants-critiques :

Quelle saga ! Quels personnages ! Je me suis attachée à ces personnages, j’avais l’impression que c’était mes copains. J’ai envie d’une suite. On a vraiment un tourneur de pages. Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde, c’était un de ces romans qui tient éveillée la nuit. Le processus d’identification a totalement marché. C’est un grand roman sur l’adolescence. Clémence Pouletty

C’était un consensus, mais un consensus après les 70 premières pages. C’est un roman de l’ennui, un roman du rien. Pour moi on ne lui rend pas service en le présentant comme un roman social. C’est très minutieux notamment dans l’écriture et les références, mais il y a des longueurs difficilement tenables. Lola Courtillat

Au-delà de tout ce qui pourrait être charmant dans ce livre-là, ce qui est intéressant c’est le contexte socioculturel. Pour moi Nicolas Mathieu parle à une autre catégorie de personnes avec de vrais problèmes. Il n’y a pas lieu de s’ennuyer parce que ce serait presque du mépris de classe. Tout est ficelé et sans misérabilisme, il n’y a pas de dialogue intérieur. Si on se demande juste si on accroche avec le style ou non, pour moi on passe totalement à côté du livre. David Dana

"Ça raconte Sarah" de Pauline Delabroy-Allard (Editions de Minuit)

"Ça raconte Sarah" de Pauline Delabroy-Allard (Editions de Minuit)
"Ça raconte Sarah" de Pauline Delabroy-Allard (Editions de Minuit)

Présentation de la maison d'édition : Ça raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux, verts, mais non, pas verts, ses yeux d’une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d’une seconde à peine. Ça raconte Sarah, de symbole : S.

L'avis des étudiants-critiques :

Pour moi c’est un roman fait pour les gens qui n’aiment pas trop lire. Il n’est pas trop gros et facile d’accès. Cela se fait en 160 pages et on sent que ce n’est pas du rapiécé. Pauline Delabroy-Allard a une véritable nécessité intérieure d’exprimer ses sentiments. Cela surgit de son bras, de sa main, de son stylo. Si on a un peu de plaisir de vivre et d’amour en soit, on peut apprécier cette tranche de vie. David Dana

Effectivement c’est pour les gens qui n’aiment pas lire. Il y a énormément de répétitions on ne s’en sort plus. C’est une belle histoire, mais l’amour je préfère le vivre ou le faire que le lire de cette manière. Cela m’a ennuyée. C’est très bien d’écrire son amour, on peut se retrouver dans les épanchements, mais ici pour moi c’était lent et je n’ai pas pris de plaisir à lire ce livre. Clémence Pouletty

"Trois enfants du tumulte" d'Yves Bichet (Mercure de France)

"Trois enfants du tumulte" d'Yves Bichet (Mercure de France)
"Trois enfants du tumulte" d'Yves Bichet (Mercure de France)

Présentation de la maison d'édition : Mai 1968. La révolte gronde partout en France. Notamment à Lyon où se tient une grande manifestation qui va mal tourner. Au moment où le cortège des étudiants tente de rejoindre celui des ouvriers en grève, un camion fonce sur les forces de l’ordre et percute le commissaire Lacroix, qui mourra à l’hôpital. C’est le premier mort de mai 68. Pour Mila et Théo, venus manifester ce jour-là, c’est le début d’une autre histoire... 

« Ils voulaient en finir avec la prudence, réinventer une forme de grâce qui mettrait le vieux monde à genoux. Ils croyaient au miracle des peaux. Ils étaient amoureux et tapageurs. Seul importait le tumulte des vies nouvelles se profilant après les bourrasques de mai. Ballottés entre désir de liberté et nostalgie du chaos, ils crurent un instant au mirage de la radicalité. » Yves Bichet.

L'avis des étudiants-critiques :

C’était une très belle découverte, mais aussi une grande déception. Pour moi le roman se divise en deux parties. On a d’abord une course folle très belle, dans l’instantanéité et le rythme. C’est très précis, très minutieux, mais vient la deuxième partie. Il s’agit alors de chercher qui est responsable du décès de ce commissaire. On a un enchaînement de coïncidences difficile à supporter. On est dans un joyeux fourre-tout. Lola Courtillat 

C’est pour moi un livre extraordinaire dans lequel il n’y a pas deux parties, mais une seule. On a la cause et la conséquence. Ce roman m’a beaucoup fait penser à Boris Vian. On voit une intimité, il n’a pas peur de montrer les corps et cet érotisme est une force du livre. Il montre la libération des mœurs de mai 68 et fait un peu œuvre d’historien. Il cherche à montrer les contradictions entre les personnages, avec une écriture limpide. Hugo Caesar

Vos commentaires :

Avant et pendant l'émission, réagissez et donnez votre avis sur le compte Twitter et la page Facebook de la Dispute.

Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

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