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Gwenaële Robert (© Babelio), Jérôme Ferrari (© Melania Avanzato), François Bégaudeau (© Joël Saget / AFP) et Christine Angot (© Flammarion)

Littérature : "J’espère toujours que la grâce "angotienne" me tombe sur les épaules"

55 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir dans une Dispute consacrée à la littérature, nous aborderons successivement "En guerre" de François Bégaudeau, "A son image" de Jérôme Ferrari et "Un tournant de la vie" de Christine Angot. Il sera également question de Gwenaële Robert, coup de cœur d'Etienne de Montéty.

Gwenaële Robert (© Babelio), Jérôme Ferrari (© Melania Avanzato), François Bégaudeau (© Joël Saget / AFP) et Christine Angot (© Flammarion)
Gwenaële Robert (© Babelio), Jérôme Ferrari (© Melania Avanzato), François Bégaudeau (© Joël Saget / AFP) et Christine Angot (© Flammarion)

"En guerre" de François Bégaudeau (Verticales)

"En guerre" de François Bégaudeau (Verticales)
"En guerre" de François Bégaudeau (Verticales)

Présentation officielle : Cristiano Cunhal, un ouvrier, est licencié par l'usine dans laquelle il travaillait depuis quinze ans. Peu après avoir découvert les échanges érotiques de sa compagne, Louisa, et de son amant, Romain, il s'immole par le feu. Dès lors, chacun s'interroge sur les causes réelles de son acte. Ce roman emprunte son nœud dramatique aux nombreux suicides de salariés qui ont défrayé la chronique sociale.

L'avis des critiques :

Je trouve que c’est un livre très réussi et qui pourtant se présentait de manière un peu intimidante dans ses premières pages avec cette très longue phrase. Je trouve que ce roman prend assez vite une force considérable, notamment chez ces personnages à la force dévastatrice. C’est un livre qui est très efficace de ce point de vue-là et il est rare que le militant politique pointe le bout de son nez, ce qui permet de le lire comme on l’entend. J’ai véritablement savouré ce livre comme une satire bienvenue. Etienne de Montéty

C’est un livre que je trouve assez plaisant à lire sans être passionnant, assez bien conçu sans être un grand roman. C’est un roman qui se veut être un roman social avec souvent des personnages brillamment croqués en quelques pages. Mais il englobe à force les personnages principaux, jusqu’à interrompre toute possibilité pour eux de se développer en dehors de la narration. Est-ce qu'il est possible d’enfermer à ce point des personnages dans un discours indirect libre permanent ? Il y a je crois une vraie dialectique dans la narration. Lucile Commeaux

J’ai beaucoup aimé ce livre malgré certains défauts, certaines longueurs. Globalement Bégaudeau refait un livre un peu sérieux. Il est doué, c’est un champion du style indirect libre, qu’il manie avec une virtuosité impressionnante. Il arrive à nous parler de la France contemporaine. Si on réunit l’œil un peu sociologue et la ressource du style indirect libre -qui sont les deux grands traits de Houellebecq- il le fait très bien. Grégoire Leménager

Ce livre est fait pour qu'on puisse en dire beaucoup de choses et il parle de beaucoup de choses. C'est comme ces jeunes prodiges qui font de très beaux débuts et se perdent un peu ensuite. Je vois bien tout ce qu’il fait à chaque page et cette distance ironique en fait un livre habile, mais peut-être pas au sens dans le bon sens du terme. On a des discours complètement stéréotypés de l’ordre d'un magazine de société, avec une forme de condescendance. Arnaud Laporte

"A son image" de Jérôme Ferrari (Actes Sud)

"A son image" de Jérôme Ferrari (Actes Sud)
"A son image" de Jérôme Ferrari (Actes Sud)

Présentation officielle : Un roman consacré à une photographe décédée qui aborde le nationalisme corse, la violence des conflits contemporains et les liens troubles entre l'image, la photographie, le réel et la mort. Prix littéraire du Monde 2018.

L'avis des critiques :

Jérôme Ferrari est un auteur qui est toujours intéressant, mais qui ne réussit pas toujours complètement ses livres. Il arrive ici très bien à incarner des choses métaphysiques dans des questions triviales. Tout ce qui tourne autour des sentiments du personnage principal est assez bien traité. On un prêtre qui n’est pas du tout un prêtre idéaliste, mais un personnage qui encadre toute l’histoire et lui donne de la profondeur. Le personnage d’Antonia reste assez lointain, assez insaisissable, mais cela lui donne du mystère. Grégoire Leménager

C’est une véritable réussite que cet entrelacs assez ambitieux de beaucoup de sujets. On part assez longuement dans des histoires assez éloignées de la Corse. Ce prêtre est une réussite puisqu’il est formidablement incarné. Ce livre, c’est aussi comment dire la mort et notamment avec toutes ces paroles inutiles. On a des intuitions très justes dans tout ce qu’il peut dire, avec des intuitions d’écrivain. C’est un livre dont j’ai tout aimé, sauf le titre. Etienne de Montéty

Je trouve que c’est assez métaphorique, avec une manière d’écrire maîtrisée, qui toutefois par la virtuosité étouffe un peu le contenu. C’est dommage parce qu’il y a beaucoup de choses. C’est difficile de parler de tout ça dans une forme aussi corseté et aussi rapidement. Je trouve que parfois ça effleure un peu. On n’a pas assez accès à l’intériorité de ce prêtre et son parcours est un peu effleuré. Je trouve vraiment que c’est un bon roman, mais comme une sorte de concentré qui pourrait être développé pour être plus ample. Lucile Commeaux

Dans la littérature un écrivain s’emparant d’un autre art dit souvent des choses qui ne sont pas très intéressantes. Là c'est plutôt bien, Jérôme Ferrari ayant un rapport au monde assez puissant, mais sans dépasser l’analogie. On a quand même un écrivain qui suit un chemin qui n’est pas le plus fréquenté et ce genre d’écrivain fait du bien. Je préfère quelqu’un de virtuose à quelqu’un de plus laborieux. Je suis très content que Jérôme Ferrari existe dans notre littérature. Arnaud Laporte

"Un tournant de la vie" de Christine Angot (Flammarion)

"Un tournant de la vie" de Christine Angot (Flammarion)
"Un tournant de la vie" de Christine Angot (Flammarion)

Présentation officielle : A Paris, une jeune femme vit en couple avec Alex, un ingénieur du son antillais avec qui elle a une fille Anna. Un jour dans la rue, elle aperçoit Vincent qu'elle a follement aimé neuf ans auparavant.

L'avis des critiques :

J’ai ouvert sans préjugés aucun, ayant aimé certains livres de Christine Angot, n’en ayant pas aimé d’autres. J’ai été touché par ce livre que j’ai lu d’une traite. Il y a quelque chose dans cette mise à nue, dans ce que les sentiments humains peuvent avoir de petits et de méprisables. J’aurais préféré que ce livre ne soit constitué que de dialogues, parce que les parties de prose sont presque trop explicatives. Or, beaucoup de nos vies est composé de pas grand-chose. Arnaud Laporte

C’est le premier livre que je lis d’elle. Je ne sais pas tellement quoi dire parce qu’échafauder un discours sur ce texte relève de l’acrobatie. C’est assez vertigineux à quel point ce n'est rien. On en vient à se demander qu’elle est la nature du rien en question. Il n’y a pas que le trio amoureux, il y a aussi les copines de la narratrice qui peuvent être vues comme des relais du lecteur, des personnages de pur réceptacles. Lucile Commeaux

J’espère toujours que la grâce "angotienne" me tombe sur les épaules. Je fais donc le pari de Christine, de celle qui est devenue la Marguerite Duras de « On n’est pas couché ». Je suis tombé sur un livre largement bâti sur des dialogues, qui sont longs et faibles, obligés d’emprunter un style oral avec des tics, comme une absence de négation que je trouve assez dérangeante. On a l’impression qu’elle est comme les feuilletonistes du 19ème siècle, payée à la ligne. J’ai trouvé que ce livre manquait d’intensité, était assez ennuyeux. Etienne de Montéty

J’ai trouvé ce livre extraordinaire. C'est l'histoire d'une femme qui se retrouve partagée entre deux hommes, qui se pose des questions là-dessus. Cela devrait être intéressant, mais ça ne l’est jamais. Je n’ai rien à dire de ce livre tant il est plat, tant il n’offre aucun relief. C’est comme si vous me demandiez d’analyser un mauvais épisode d’Hélène et les garçons. C’est une écriture qui est molle, informe. Comment se passionner pour des personnages qui sont stupides et se comportent de manière stupide du début à la fin ? Grégoire Leménager

>> LE COUP DE CŒUR D’ÉTIENNE DE MONTETY : "Le dernier bain" de Gwenaële Robert (Robert-Laffont)

"Le dernier bain" de Gwenaële Robert (Robert-Laffont)
"Le dernier bain" de Gwenaële Robert (Robert-Laffont)

Présentation officielle : Paris, juillet 1793. Le député Marat traque sans relâche ceux qui sont hostiles aux idées révolutionnaires. Dans l'ombre, ses ennemis complotent, se préparent et tergiversent afin de le tuer. Pendant ce temps, Charlotte Corday, déterminée, a pris une diligence depuis sa Normandie natale pour se rendre rue des Cordeliers à Paris et accomplir sa destinée.

Ce roman tourne comme si Marat était le pivot immobile et muet de toute l'histoire de l'époque dans un Paris révolutionnaire. On observe de manière très bien faite, cette danse macabre autour de Marat qui va se rapprocher de lui jusqu'au moment fatal. C'est un roman très réussi. Etienne de Montéty

Vos commentaires :

Avant et pendant l'émission, réagissez et donnez votre avis sur le compte Twitter et la page Facebook de la Dispute.

Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records)

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