LE DIRECT
en haut à gauche : "Frantumaglia : l'écriture et ma vie" d'Elena Ferrante, en bas : Jean-Claude Grumberg (© Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons) et "Hélène ou le soulèvement" de Hugues Jallon. à droite : "Comme à la guerre" de Julien Blanc-Gras

Littérature : Hélène ou le soulèvement, "peu de gens auraient osé faire ça"

56 min
À retrouver dans l'émission

Quatre livres sont au programme de cette Dispute littéraire. Nous évoquons "Frantumaglia : l'écriture et ma vie" d'Elena Ferrante, mais aussi "La plus précieuse des marchandises" de Jean-Claude Grumberg, "Hélène ou le soulèvement" de Hugues Jallon et enfin "Comme à la guerre" de Julien Blanc-Gras.

en haut à gauche : "Frantumaglia : l'écriture et ma vie" d'Elena Ferrante, en bas : Jean-Claude Grumberg (© Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons) et "Hélène ou le soulèvement" de Hugues Jallon. à droite : "Comme à la guerre" de Julien Blanc-Gras
en haut à gauche : "Frantumaglia : l'écriture et ma vie" d'Elena Ferrante, en bas : Jean-Claude Grumberg (© Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons) et "Hélène ou le soulèvement" de Hugues Jallon. à droite : "Comme à la guerre" de Julien Blanc-Gras Crédits : Electre

"Frantumaglia : l'écriture et ma vie" d'Elena Ferrante (Gallimard)

"Frantumaglia : l'écriture et ma vie" d'Elena Ferrante (Gallimard)
"Frantumaglia : l'écriture et ma vie" d'Elena Ferrante (Gallimard) Crédits : Electre

Traduction : Nathalie Bauer

Présentation de la maison d'édition : « Ma mère m’a légué un mot de son dialecte qu’elle employait pour décrire son état d’esprit lorsqu’elle éprouvait des impressions contradictoires qui la tiraillaient et la déchiraient. Elle se disait en proie à la frantumaglia. » 

C’est autour de ce mot, du sentiment d’instabilité qu’il évoque, que ce recueil de textes d’Elena Ferrante s’articule. Lettres échangées avec son éditeur, entretiens, correspondances sont les pièces hétérogènes d’une mosaïque qui éclaire la démarche de l’écrivain et invite le lecteur à entrer dans son atelier. En revenant sur ses romans – de L’amour harcelant à la saga L’amie prodigieuse –, Elena Ferrante prolonge sa recherche autour des thématiques essentielles de son œuvre : le rôle de l’écriture comme tentative de recomposition d’une intériorité morcelée, l’univers féminin, la complexité de la relation mère-fille, Naples. À travers la multiplicité des écrits rassemblés, Frantumaglia offre un parcours original dans l’univers littéraire d’Elena Ferrante, ainsi que l’autoportrait inédit d’un écrivain à l’œuvre.

L'avis des critiques :

J’ai maintenant très envie d’aller relire de plus près « Poupée volée ». Elle dit qu’elle est restée dans l’anonymat pour agrandir son écriture. A ne répondre aux interviews que par écrit, elle agrandit sa réflexion. Elle n’est jamais en pilote automatique et réfléchit vraiment à son travail. Il y a une dimension de potentielle fiction qui est intéressante. Raphaëlle Leyris

J’ai été assez admiratif de la qualité de la narration dans « L’amie prodigieuse ». L’idée de jeter un œil dans ces textes plus théoriques et réflexifs m’intéressait. Elle ne révèle finalement pas grand-chose. On sent à quel point elle se cherche et cherche à formuler des choses un peu complexes sur son rapport à l’écriture. Chaque mot est pesé. Grégoire Leménager

Initialement, j’étais un peu craintif. Editorialement, le livre est assez bizarrement conçu. En presse, on parle de chapo avant un article, ici tous les chapos sont à la fin. C’est le combat d’une femme qui essaye de lutter pour que ses livres soient lus. On entre dans la pensée de quelqu’un qui semble véritablement sincère, un véritable écrivain. Laurent Nunez

"La plus précieuse des marchandises : un conte" de Jean-Claude Grumberg (Seuil)

"La plus précieuse des marchandises : un conte" de Jean-Claude Grumberg (Seuil)
"La plus précieuse des marchandises : un conte" de Jean-Claude Grumberg (Seuil) Crédits : Electre

Présentation de la maison d'édition : Il était une fois, dans un grand bois, une pauvre bûcheronne et un pauvre bûcheron.

Non non non non, rassurez-vous, ce n’est pas Le Petit Poucet ! Pas du tout. Moi-même, tout comme vous, je déteste cette histoire ridicule. Où et quand a-t-on vu des parents abandonner leurs enfants faute de pouvoir les nourrir ? Allons...
Dans ce grand bois donc, régnaient grande faim et grand froid. Surtout en hiver. En été une chaleur accablante s’abattait sur ce bois et chassait le grand froid. La faim, elle, par contre, était constante, surtout en ces temps où sévissait, autour de ce bois, la guerre mondiale.

La guerre mondiale, oui oui oui oui oui.

L'avis des critiques :

La question se pose de comment maintenir cette mémoire. La réponse de Jean-Claude Grumberg passe par la forme du conte. Cette forme ne vire pas au simple pastiche. On découvre une espèce de tendresse acerbe pour l’auteur. C’est la première fois que Grumberg entre dans les camps, ce qui me bouleverse aussi beaucoup dans ce texte-là. Raphaëlle Leyris

Ma grande naïveté fait que j’ai ouvert ce livre sans rien en savoir. Ce livre m’a tout à fait saisi. J’ai complètement fonctionné dans ce double récit qui m'a ému au possible. Il y a plusieurs épilogues dans ce livre, que je conseille à tout le monde. Il réussit à faire un texte de plus qui arrive à nous toucher avec de belles figures. Arnaud Laporte 

Je suis un peu perplexe. Je trouve très intéressante l’idée d’utiliser le conte pour reparler de tout ça. Je trouve qu’il le fait plutôt bien, même si une esthétique un peu naïve me laisse un peu extérieur. Je me demande avec cette forme à qui il s’adresse. Cette histoire je la connais et je ne suis pas sûr que la forme du conte renouvelle mon questionnement. Grégoire Leménager

J’ai été extrêmement touché par la collision entre la manière très simple, faussement naïve de raconter et la violence. Il y a quelque chose d’assez beau, qui me semble tenir en effet à la transformation en conte. Peut-être que la plus précieuse des marchandises, c’est le conte justement. C’est un livre intéressant, une autre version de ce qui est arrivé. Laurent Nunez

"Hélène ou le soulèvement" de Hugues Jallon (Verticales)

"Hélène ou le soulèvement" de Hugues Jallon (Verticales)
"Hélène ou le soulèvement" de Hugues Jallon (Verticales) Crédits : Electre

Présentation de la maison d'édition : C'est l'histoire d'une photographie volée, d'une nuit sans fin, d'un amour éperdu. C'est l'histoire d'un soulèvement du cœur, d'un rapt consenti, d'une échappée féerique à travers l'Europe jusqu'en Grèce, d'une folle disparition dans le chaos du monde. C'est l'histoire d'Hélène et de son abandon.

Hugues Jallon a conféré à cette authentique romance une durée hors norme, une intensité captivante, au sens propre et figuré, un parfum d'éternel recommencement. Le roman-photo qui s'enchevêtre dans sa fiction donne à voir, entre Hélène et son mystérieux amant, le tableau vivant d'un amour impossible.

L'avis des critiques :

Cette manière de raconter est audacieuse. Peu de gens auraient osé faire ça. On pourrait trouver ces photos kitschs, voire obscènes, mais c’est très beau. C’est l’histoire d’un amour fou, d’une table rase du monde. Au centre de ce livre, tout commence parce que cet homme a pris en photo cette femme. On va nous montrer l’inmontrable. Laurent Nunez

Il y a dans ce texte un mystère qui ne se dissipe pas et fonctionne très bien. Hugues Jallon dit cet amour de plusieurs manières. Je pense que le choix du roman-photo marque cet effet de l’obscénité, mais fait aussi partie des narrations possibles de l’amour. Il n’y pas de grande innovation, mais ces procédés renforcent la qualité du silence du livre. Raphaëlle Leyris

Hélène chez Homère se fait enlever, ici c’est plutôt un soulèvement qu’un enlèvement. Il y a un système d’ellipse qui entretient considérablement le mystère. J’ai l’impression qu’il y a quelque chose de très charmant qui tient à la musicalité des phrases, mais c’est très tenu. Cela finit par être une sorte de rêverie très poétique. Grégoire Leménager

Je suis passé par différents états, je suis plutôt touché par la qualité de l’écriture, de la phrase. Je me suis ensuite demandé s’il n’avait pas tendance à trop en faire. La répétition a eu un peu tendance à m’épuiser. Je ne suis pas du tout hostile aux photos, même si j’aurais apprécié davantage de mystère. Pour moi, il n’y a rien de nouveau, mais c’est bien fait. Arnaud Laporte

>> LE COUP DE CŒUR DE GRÉGOIRE LEMENAGER : "Comme à la guerre" de Julien Blanc-Gras (Stock)

"Comme à la guerre" de Julien Blanc-Gras (Stock)
"Comme à la guerre" de Julien Blanc-Gras (Stock) Crédits : Electre

Présentation de la maison d'édition : « Le jour de la naissance de mon fils, j’ai décidé d’aller bien, pour lui, pour nous, pour ne pas encombrer le monde avec un pessimisme de plus. Quelques mois plus tard, des attentats ont endeuillé notre pays. J’en étais à la moitié de ma vie, je venais d’en créer une et la mort rôdait. L’Enfant articulait ses premières syllabes avec le mot guerre en fond sonore. Je n’allais pas laisser l’air du temps polluer mon bonheur. »

Roman d’une vie qui commence, manuel pour parents dépassés, réflexion sur la transmission, cette chronique de la paternité dans le Paris inquiet et résilient des années 2015-2018 réussit le tour de force de nous faire rire sur fond de tragédie.

Julien Blanc-Gras joue avec tous les clichés du récit de voyage. C’est quelqu’un qui a beaucoup d’humour. Ce livre s’inspire de son expérience de la paternité. Il ancre cette expérience dans la France un peu traumatisée par les attentats. Il créé quelque chose de très intéressant sur le sentiment d’insécurité. Les formules sont très fines, très malignes. Grégoire Leménager

Vos commentaires :

Avant et pendant l'émission, réagissez et donnez votre avis sur le compte Twitter et la page Facebook de la Dispute.

Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

Extraits sonores :

  • M. Ostermeier, "I Took Out Your Picture" (Tench Records)
  • Zbigniew Preisner, "Don Karol III" - bande originale du film "Trois couleurs : Blanc" (Virgin)
  • Ezekiel, "Exebelle" (Jarring Effects)
Intervenants

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......