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à gauche : Fanny Taillandier (© Babelio), à droite : Dolores Prato (© Quodlibet), Javier Cercas (© EFE) et Valérie Manteau (© Sigolène Vinson / Le Tripode)

Littérature : "On a l’impression d’assister à la naissance d’un écrivain qui comprend qu’il peut lutter contre la mort"

1h
À retrouver dans l'émission

Au sommaire de cette Dispute littérature : "Le Monarque des ombres" de Javier Cercas paru chez Actes Sud, "Par les écrans du monde" de Fanny Taillandier (Seuil) et enfin "Le Sillon" de Valérie Manteau (éditions Le Tripode). Elisabeth Franck-Dumas nous parlera de son coup de cœur : Dolores Prato.

à gauche : Fanny Taillandier (© Babelio), à droite : Dolores Prato (© Quodlibet), Javier Cercas (© EFE) et Valérie Manteau (© Sigolène Vinson / Le Tripode)
à gauche : Fanny Taillandier (© Babelio), à droite : Dolores Prato (© Quodlibet), Javier Cercas (© EFE) et Valérie Manteau (© Sigolène Vinson / Le Tripode)

"Le Monarque des ombres" de Javier Cercas (Actes Sud)

"Le Monarque des ombres" de Javier Cercas (Actes Sud)
"Le Monarque des ombres" de Javier Cercas (Actes Sud)

Présentation de la maison d'édition :

Un jeune homme pur et courageux, mort au combat pour une cause mauvaise (la lutte du franquisme contre la République espagnole), peut-il devenir, quoique s’en défende l’auteur, le héros du livre qu’il doit écrire ? Manuel Mena a dix-neuf ans quand il est mortellement atteint, en 1938, en pleine bataille, sur les rives de l’Èbre. Le vaillant sous-lieutenant, par son sacrifice, fera désormais figure de martyr au sein de la famille maternelle de Cercas et dans le village d’Estrémadure où il a grandi. La mémoire familiale honore et transmet son souvenir alors que surviennent des temps plus démocratiques, où la gloire et la honte changent de camp. Demeure cette parenté profondément encombrante, dans la conscience de l’écrivain : ce tout jeune aïeul phalangiste dont la fin est digne de celle d’Achille, chantée par Homère – mais Achille dans l’Odyssée se lamentera de n’être plus que le “monarque des ombres” et enviera Ulysse d’avoir sagement regagné ses pénates.
Que fut vraiment la vie de Manuel Mena, quelles furent ses convictions, ses illusions, comment en rendre compte, retrouver des témoins, interroger ce destin et cette époque en toute probité, les raconter sans franchir la frontière qui sépare la vérité de la fiction ?
L’immense écrivain qu’est Javier Cercas affronte ici ses propres résistances pour mettre au jour l’existence du héros fourvoyé, cet ange maudit et souverain dont il n’a cessé, dans toute son œuvre, de défier la présence.

L'avis des critiques :

Ce qui m’a beaucoup plu dans ce livre, outre cette complexité, c’est l’usage de la prétérition. J’ai beaucoup pensé en lisant « Le Monarque des ombres » au livre de Pierre Bayard « Aurais-je été résistant ou bourreau » et à notre faculté à plonger d’un côté ou d’un autre. Son enquête l’amène aussi à découvrir ce qui l’a poussé à être écrivain. C’est très beau et cela se traduit dans des scènes absolument magnifiques et bouleversantes. Elisabeth Philippe

L’une des nombreuses choses réjouissantes du livre est qu’il passe son temps à se contredire, à passer du conte à la réalité. Ces allers retours lui donnent toute sa complexité. C’est un livre important aujourd’hui, car complexe, qui ne passe pas facilement sur les ambiguïtés. On sent très rapidement dans le livre, que c’est celui que Cercas a toujours voulu écrire, il regarde les choses en face. C’est un secret de famille qui touche à l’universel. Elisabeth Franck-Dumas

C’est un livre qui a un souffle romanesque, il n’y a pas d’économie de moyen. C’est un livre sur un fils qui aime sa mère. Proust a dû attendre la mort de sa mère pour écrire « La Recherche ». Ici on sent que Cercas a peut-être attendu d'écrire ce livre pour ne pas faire de peine à sa mère. C’est un livre magnifique sur cette relation-là et un ouvrage passionnant. On a l’impression d’assister à la naissance d’un écrivain qui comprend qu’il peut lutter contre la mort. Laurent Nunez

Ce qui m'a absolument réjoui, c'est la façon dont il entremêle les récits. C'est un livre où il y a beaucoup d'humour. Les toutes dernières pages ont eu un fort effet sur moi. Le livre a une dimension socio-historique, avec l’idée d'ascenseur social. Il y a quand même du fond et de la matière à réflexion. Arnaud Laporte

"Par les écrans du monde" de Fanny Taillandier (Seuil)

"Par les écrans du monde" de Fanny Taillandier (Seuil)
"Par les écrans du monde" de Fanny Taillandier (Seuil)

Présentation de la maison d'édition :

Dans l’aube à peine levée sur un lac proche de Detroit, aux États-Unis, un vieil homme insomniaque laisse successivement le même message à sa fille et à son fils : il va bientôt mourir. Elle est une brillante mathématicienne et travaille à calculer les risques dans une compagnie mondiale d’assurances dont le siège est au World Trade Center, à New York. Lui est un vétéran de l’US Air Force, il dirige la sécurité à l’aéroport de Boston. C’est le matin du 11 septembre 2001 et un jeune architecte égyptien, Mohammed Atta, a pris les commandes d’un Boeing 767.

Entre roman d’espionnage et méditation historique, entre western et fable dostoïevskienne, Fanny Taillandier propose de parcourir le labyrinthe cathodique d’un millénaire dont le spectacle, d’emblée, s’impose comme une énigme.

Née en 1986, Fanny Taillandier est agrégée de lettres. En 2017, elle a reçu le prix Fénéon pour Les États et Empires du lotissement Grand Siècle paru aux PUF en 2016. Elle vit et travaille en Seine-Saint-Denis.

L'avis des critiques :

« Par les écrans du monde » est l’empire des signes, une façon de montrer qu’il y a tellement d’écrans entre nous et les réel, qu’on n’arrive plus à le déchiffrer. C’est tout ces récits faisant écran qui vont intéresser Fanny Taillandier. Tous les récits créent un réseau souterrain, une forme de hiéroglyphe à déchiffrer. Je peux comprendre que le propos ne soit pas forcément neuf, mais je pense que le 11 septembre n’est peut-être qu’un prétexte ou un cas d’école. Elisabeth Philippe

C’est vrai que j’ai trouvé qu’il n’y avait rien de neuf dans ce livre. On a en fait l’impression qu’elle ressasse des théories bien connues. On a le droit d’écrire sur le 11 septembre, mais il faut avoir quelque chose de neuf à ajouter. Ce qu’elle a à nous proposer ne dépasse par notre imagination. Elle a un style très enlevé avec des fulgurances parfois, mais cela m’a quand même ennuyée, notamment de petites interjections moralisantes qui m’ont dérangée. Elisabeth Franck-Dumas

C’est un livre qui m’a un peu effrayé, mais pour de mauvaises raisons. Je ne sais pas où est passée la force romanesque de Fanny Taillandier que je n’ai pas retrouvée dans ce livre. C’est un récit sur le fait qu’on a tous vu les mêmes images et qu’on n'y comprend rien. C’est un récit sur la sidération. Je ne comprends pas ce que ce livre apporte aux précédents livres, enquêtes et articles de journaux. Tout m’a paru tellement évident, elle cochait toutes les cases dans un récit que l'on attendait. Laurent Nunez

Je trouve que William est un personnage qui n'est pas inintéressant d’un point de vue documentaire, même si le personnage de Lucie m'a posé problème du début à la fin. La toute fin d'ailleurs est pour moi de trop. Pour moi le grand livre sur le 11 septembre 2001, c’était « Direct » de Patrick Bouvet », un chef d’œuvre et je pèse mes mots, de la littérature contemporaine. Arnaud Laporte

"Le Sillon" de Valérie Manteau (Le Tripode)

"Le Sillon" de Valérie Manteau (Le Tripode)
"Le Sillon" de Valérie Manteau (Le Tripode)

Présentation de la maison d'édition :

« Je rêve de chats qui tombent des rambardes, d’adolescents aux yeux brillants qui surgissent au coin de la rue et tirent en pleine tête, de glissements de terrain emportant tout Cihangir dans le Bosphore, de ballerines funambules aux pieds cisaillés, je rêve que je marche sur les tuiles des toits d’Istanbul et qu’elles glissent et se décrochent. Mais toujours ta main me rattrape, juste au moment où je me réveille en plein vertige, les poings fermés, agrippée aux draps ; même si de plus en plus souvent au réveil tu n’es plus là. »

Récit d’une femme partie rejoindre son amant à Istanbul, Le Sillon est, après Calme et tranquille (Le Tripode, 2016), le deuxième roman de Valérie Manteau.

Quitter Le Sillon, c'est avoir dans la tête  un monde trépidant, violent, lourd  de menaces mais aussi tellement vivant. L'histoire s'écrit ici rigoureusement au présent intime, la meilleure approche du collectif. Annie Ernaux

L'avis des critiques :

C’est un livre très contemporain et en même temps on n’est pas collé au carreau du réel, il y a un vrai décalage, une vraie réécriture. C’est impressionnant ce qu’elle arrive à faire à partir de choses quotidiennes. Laurent Nunez

C’est aussi une lettre d’amour à Istanbul on est vraiment plongé dans cette ville. On a un entrelacs de récits reprenant la géographie tortueuse d’Istanbul. La façon dont elle utilise la voix indirecte fait qu’on ne sait plus qui parle, mais qu’on est aussi tous les mêmes. Elle fréquente une Turquie de plus en plus restreinte. On voit toute cette petite poche de résistance qui s’amenuise au fur à mesure du livre. Elisabeth Philippe

C’est un livre d’amour. C’est un programme pour ce livre, les révoltes sont un combustible de l’amour comme un autre. Il y a d’ailleurs ce côté un peu adolescent parfois, mais qui est aussi une qualité du livre. C’est un livre bourré d’un humour un petit peu narquois, un livre passionnant tout bêtement. Valérie Manteau est capable également de commentaires assez critiques. Elisabeth Franck-Dumas

Il y a une vraie ou fausse ingénuité. Elle est dans un territoire complètement vierge pour elle et dans tout ce qu'elle voit il y a une façon de s'émerveiller. Le livre s'inscrit vraiment au présent. On est tout à fait embarqué dans une joie de la découverte, même si elle amène à des choses absolument terribles, il y a quelque chose de joyeux. Arnaud Laporte

>> COUP DE CŒUR D'ELISABETH FRANCK-DUMAS : "Bas la place, y'a personne" de Dolores Prato (Verdier)

"Bas la place, y'a personne" de Dolores Prato (Verdier)
"Bas la place, y'a personne" de Dolores Prato (Verdier)

Présentation de la maison d'édition :

Bas la place y’a personne n’est pas un récit d’enfance comme les autres. Il s’ouvre sur cette phrase : « Je suis née sous une petite table. » Dès lors le lecteur, saisi par la puissance et la singularité de cette prose légère et envoûtante, s’attache à cette petite fille abandonnée qui a trouvé là un refuge et une façon qui n’appartient qu’à elle d’appréhender le monde. Le lieu où l’on eut les premières alertes de la vie devient nous-mêmes, écrit Dolores Prato.

Pour éviter les pièges de la mémoire, l’auteure décrit avec une précision scrupuleuse et une opiniâtreté généreuse la ville – il s’agit de Treja, dans les Marches –, les objets ou les personnages qui ont habité son enfance.

Non seulement elle nous offre par-là de véritables tableaux d’un monde disparu (l’Italie rurale à la charnière du XIXe et du XXe siècle) qui n’ont rien à envier aux écrits des anthropologues, mais elle donne ainsi à la narration toute son incandescence et sa vérité sensible. Le temps perdu de Dolores Prato est tout à la fois intime et public, et s’il est retrouvé, c’est parce que le parti pris des choses est aussi celui des mots.

Dolores Prato a achevé son récit dans les années soixante-dix mais elle n’en a jamais connu l’édition intégrale. Tel fut le sort de ce texte que l’on peut aujourd’hui considérer comme un des classiques du XXe siècle et, à tout le moins, comme un des chefs-d’œuvre de la littérature italienne de l’après-guerre.

C’est la première fois que ce livre est traduit en français et c’est un livre extraordinaire. Ces 900 pages sont une épopée intime racontant l’enfance de Dolorès Prato. Elle est très précise, son œil est d’une vigilance incroyable. C’est une voix qui parle avec beaucoup d’assurance. Elle rappelle beaucoup Proust dans son rapport aux lieux, ses descriptions fourmillantes des choses. Elisabeth Franck-Dumas

Vos commentaires :

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Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records)

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