LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
à gauche : "Pouvoirs de l'imposture" de Maxime Decout (Editions de Minuit) et "L'indésirable" de Louis Guilloux (Gallimard). à droite : Mathieu Simonet, auteur de "Anne-Sarah K." (Seuil)

Littérature : L'Indésirable, "on trouve beaucoup de choses en germe"

55 min
À retrouver dans l'émission

Trois livres figurent au programme de cette Dispute : "L'Indésirable" de Louis Guilloux, le roman qui fait suite au documentaire de Mathieu Simonet "Anne-Sarah K." et un coup de cœur pour "Pouvoirs de l'imposture" de Maxime Decout. Sans oublier un Petit Salon sur les lectures enfantines.

à gauche : "Pouvoirs de l'imposture" de Maxime Decout (Editions de Minuit) et "L'indésirable" de Louis Guilloux (Gallimard). à droite : Mathieu Simonet, auteur de "Anne-Sarah K." (Seuil)
à gauche : "Pouvoirs de l'imposture" de Maxime Decout (Editions de Minuit) et "L'indésirable" de Louis Guilloux (Gallimard). à droite : Mathieu Simonet, auteur de "Anne-Sarah K." (Seuil)

Le Petit Salon de Lucile Commeaux : ce que la littérature enfantine détermine de nos lectures d’adultes

L'avis des critiques :

La littérature « Young Adults » a ceci de fascinant qu’elle semble être une lecture de transition. Avez-vous une théorie sinon une pensée sur ce que vos lectures d’enfants ont pu déterminer de votre pratique de la lecture aujourd’hui ? Ce que je trouve intéressant et que je continue à interroger, est que je crois qu’il existe une dialectique dans la littérature enfantine entre se bousculer et se rassurer. Lucile Commeaux

Je n’arrive pas à savoir si les lectures qu’on fait quand on est enfant conditionnent le lecteur qu’on va être plus tard. Il me semble assez évident que quand on aime lire enfant, on a plus de chance d’aimer lire après. Je ne sais pas si Tom Sawyer ou Marcel Pagnol ont fait que j’ai aimé Louis Guilloux par la suite. Je pense qu'il y a un avant et un après Harry Potter qui a sensibilisé de jeunes générations à la littérature fantastique. Grégoire Leménager

Qu’est-ce qui est plus intime que les lectures d’enfance ? On est ici des lecteurs professionnels. Or, quand on est enfant on pratique la lecture cursive. C’est comme les rêves, on ne veut pas les dire puisqu’ils révèlent des choses. Fantômette, les livres de la Comtesse de Ségur m’ont marqué. Je pense qu’il faut encourager les enfants à choisir eux-mêmes. Quand on est enfant, la lecture est la seule chose qu'on peut faire de manière individuelle. Laurent Nunez 

J'ai fait mon petit chemin de fer, c'était "Oui-Oui", "Le Club des Cinq" un peu, puis Jules Verne. A partir de là c’est la passion, l'univers imaginaire. Il me tardait de rentrer de l'école pour lire. Cela prenait beaucoup de place. J’ai des parents qui m’ont aussi guidé vers Balzac, Kafka, ce qui vous forge à la fois l’esprit et le regard sur le monde. J’ai un goût qui est resté très ouvert et qui je crois s’origine dans l’enfance. Arnaud Laporte

"L'Indésirable" de Louis Guilloux (Gallimard)

"L'Indésirable" de Louis Guilloux (Gallimard)
"L'Indésirable" de Louis Guilloux (Gallimard) Crédits : Electre

Présentation officielle : 1917 : la guerre s’éternise dans la boue des tranchées. À Belzec, une ville de l’arrière, les autorités ont établi un camp de concentration où sont parqués les étrangers indésirables. Un professeur d’allemand, M. Lanzer, y sert d’interprète, s’attirant, par sa tolérance, la sympathie des prisonniers. Lui et sa famille ont d’ailleurs secouru une vieille Alsacienne, échouée là par hasard. En retour, elle leur lègue, peu avant sa mort, ses maigres économies et quelques bijoux en sa possession.

Une rumeur, orchestrée par un collègue de Lanzer, accuse à tort le professeur d’avoir profité des largesses de la «boche». Quand le fils du principal, revenu blessé du front, découvre la mise au ban de son ami, il prend sa défense, au risque de devenir le nouvel indésirable… 

Écrit en 1923 et resté inédit à ce jour, ce roman de jeunesse de Louis Guilloux brosse le tableau saisissant d’une humanité en guerre perpétuelle. L’auteur du Sang noir y révèle déjà un talent remarquable pour dire l’impensé de l’époque : que la barbarie, loin d’être circonscrite aux champs de bataille, peut surgir en chaque individu.

L'avis des critiques :

Lanzer va devenir une sorte de bouc-émissaire et sa vie va se transformer en cauchemar. C’est un premier roman avec tout un tas de maladresses. Guilloux l’a ensuite intégralement remanié pour en tirer « Le sang noir » qu’on ferait bien de relire d’urgence. Quand on connait un peu l’univers de Guilloux, on trouve beaucoup de choses en germe dans cet « Indésirable ». Grégoire Leménager

Ce n’est pas évident de découvrir cet auteur par ce premier roman en construction, avec un style qui s’éprouve. Il regarde beaucoup vers le 18ème siècle et les valeurs rousseauistes comme vers le 19ème. La manière dont les personnages sont introduits est étonnante. Le fils Dupin apparaît comme un avatar du narrateur. Il est difficile de s’intéresser à l’action du roman alors que les personnages sont assez peu construits. Lucile Commeaux

Ce livre se tient. Il y a une faculté chez ce très jeune écrivain à comprendre comment fonctionnent les mentalités de province, à jouer sur les pulsions et les sentiments qu’ont les gens. C’est une histoire de rivalité entre deux professeurs ayant pour cause une rivalité entre deux femmes et qui portera sur deux enfants. On a presque l’impression d’une tragédie que personne ne peut empêcher. C’est un livre assez glaçant. Laurent Nunez

Je ne suis pas le bon lecteur de ce livre puisque je découvre Louis Guilloux. J’ai lu avec grand intérêt la longue postface d’Olivier Macaux qui explique que cette oeuvre d'un très jeune homme, porte beaucoup de germes de l’œuvre à venir. Il s'est servi des maladresses de ce premier livre. Il y a une violence terrible envers ce jeune soldat. On trouve une autre fin en annexe, mais celle qu'a choisi Guilloux est d’une grande sécheresse. Arnaud Laporte

"Anne-Sarah K." de Mathieu Simonet (Seuil)

"Anne-Sarah K." de Mathieu Simonet (Seuil)
"Anne-Sarah K." de Mathieu Simonet (Seuil) Crédits : Electre

Présentation officielle : Au collège, quand nous nous sommes rencontrés, Anne-Sarah n’osait pas porter d’appareils auditifs ; moi, je n’osais pas avouer que j’aimais les garçons. À vingt ans, nous nous sommes affichés. Nous avons appris à faire de nos hontes des forces intimes et politiques. Ensemble, nous sommes devenus juristes. Anne-Sarah a créé la première permanence juridique en langue des signes. Ensemble, nous sommes devenus écrivains. Un soir, pendant l’apéritif, Anne-Sarah m’a appris qu’elle allait perdre la vue. Je ne l’ai pas crue.

L'avis des critiques :

C’est un livre qui continue l’œuvre que Mathieu Simonet crée autour de sa propre vie et autour de ceux qu’il connaît. C’est une histoire qui s’élargit au fur à mesure, puisque c’est non seulement une histoire sur eux, mais aussi sur toute une galerie de personnages. C’est un livre qui m’a beaucoup touché et beaucoup fait rire. Il utilise ses propres yeux pour lutter contre la cécité de son amie. Laurent Nunez 

J’étais assez séduite par la forme, même si je ne suis pas très convaincue par le livre. C’est un livre qui peut contenir plusieurs paroles, avec la mise en place d’un réseau de personnages, qui finissent par former une forme de microcosme parisien. En termes de forme, ce livre se délite. La fin ne m’intéresse plus du tout. Dans le film, il y a quelque chose de déceptif à la découvrir vraiment. Lucile Commeaux

Mon intérêt s’est délité au cours de la lecture. Cette écriture très à plat, très factuelle, m’a empêché d’entrer dans leur cercle. Je comprends cette mise à distance, mais il n’y a pas d’empathie, ce qui m’a tenu à part. J’aurais aimé voir des enjeux sortir. Arnaud Laporte

Je trouve qu’il parle bien de sa démarche bibliographique. J’ai lu ce livre avec beaucoup d’intérêt, de plaisir et d’admiration. Il a un tact infini pour parler de cette amie et il le fait très bien, sans jamais susciter la moindre pitié. Le livre est très beau et a une façon de restituer le passage du temps. Ce personnage d’Anne-Sarah est tellement extraordinaire que dans une fiction je n’y croirais pas. Grégoire Leménager

>> LE COUP DE CŒUR DE LAURENT NUNEZ : "Pouvoirs de l'imposture" de Maxime Decout (Minuit)

"Pouvoirs de l'imposture" de Maxime Decout (Minuit)
"Pouvoirs de l'imposture" de Maxime Decout (Minuit)

Présentation officielle : Mentir à un ami, lorgner sur le jeu de son adversaire, bluffer, donner le change, en conter, maquiller son existence, se faire passer pour un autre : la tentation est grande. Nombreux sont ceux qui, dans ce livre, y succomberont pour vous.

Vous y découvrirez que l’imposture est orgueil, folie, maladie mais aussi transgression et bravoure. Telle la singulière révélation de la littérature au sujet des pouvoirs de l’imposture. Vous apprendrez ainsi ce qui lie l’imposteur et l’enquêteur, comment le désir de se travestir et celui de savoir épousent des logiques proches. Vous verrez surtout ce que les œuvres font de cette imposture, comment elles s’y adonnent pour piéger leurs plus méritants lecteurs. En chemin, vous ferez de surprenantes rencontres aux côtés de Poe, James, Borges, Nabokov, Robbe-Grillet, Butor, Perec, Vila-Matas : des psychanalystes trompés ou meurtriers, des joueurs d’échecs névrosés, des puzzles dont les pièces ne s’emboîtent pas, des labyrinthes sans issue, des tricheurs et des beaux parleurs, des Sherlock Holmes qui déraisonnent, mais aussi quelques manuscrits assassins à ne pas mettre entre toutes les mains. Assurément, vous survivrez à toutes ces embûches, mais vous n’en sortirez peut-être pas indemne.

Decout travaille principalement sur les questions d’authenticité. Il a déjà travaillé sur la mauvaise foi, sur l’imitation. Son troisième livre traite de l’imposture et il essaye de montrer à travers plusieurs figures, combien la littérature a besoin d’imposteurs. C’est l’éloge de l’imposture, c’est assez dérangeant, mais cela me plait beaucoup. Laurent Nunez

Vos commentaires : 

Avant et pendant l'émission, réagissez et donnez votre avis sur le compte Twitter et la page Facebook de la Dispute.

Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

Intervenants
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......