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A gauche : Emmanuel Bove ; en haut à droite : Chantal Thomas ; en bas : Philip Roth

Littérature : "C'est le portrait de libération d'une femme"

55 min
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Littérature ce soir avec des écrivains qui défient l'oubli : Philip Roth et son entrée dans La Pléiade, Emmanuel Bove et un recueil de nouvelles et l'autobiographique "Souvenirs de la marée basse" de Chantal Thomas.

A gauche : Emmanuel Bove ; en haut à droite : Chantal Thomas ; en bas : Philip Roth
A gauche : Emmanuel Bove ; en haut à droite : Chantal Thomas ; en bas : Philip Roth Crédits : Creative Commons / Seuil / Gallimard

Le Remord, Emmanuel Bove (Ombres)

Présentation de l'éditeur : Le Remord rassemble neuf contes et nouvelles parus dans des journaux du vivant de Bove et qui n'ont jamais été réédités, suivis de trois textes critiques également "oubliés" et de la totalité de ses (rares) interviews, illustrées de portraits et de caricatures. Après avoir connu le succès de son vivant, Emmanuel Bove (1898-1945) tombe dans l'oubli après sa mort à l'âge de quarante-sept ans et ses livres disparaissent des catalogues des éditeurs. Il faut attendre la fin des années 1970 pour que - grâce à la ténacité de quelques lecteurs déterminés - la plupart de ses oeuvres soient rééditées et que des inédits voient le jour. Aujourd'hui ses textes sont presque tous entièrement disponibles ou en cours de réédition : Mes amis, Bécon-les-Bruyères, La Coalition, Coeurs et visages, Monsieur Thorpe et autres nouvelles, etc. Fermer

Couverture du livre
Couverture du livre Crédits : Ombres

Il n'y a pas chez cet auteur, dans ces nouvelles, la recherche d'une finalité, d'une pirouette conclusive. Jean-Christophe Brianchon

La distance qu'il instaure a un effet comique savoureux. Grégoire Leménager

Romans et nouvelles, Philip Roth (La Pléiade)

Présentation de l'éditeur : Vivement controversé à ses débuts, Philip Roth s'est peu à peu imposé aux États-Unis comme l'un des plus grands auteurs de sa génération. Les cinq livres réunis ici témoignent déjà de ce qui deviendra sa marque de fabrique : richesse de l'imagination, verdeur, vigueur de l'ironie, selon un alliage très particulier d'oralité et d'élégance, d'exubérance et de délicatesse. Cest à cette époque-là, et avec ces ouvrages, que Roth devient Roth. 

Goodbye, Columbus (1959), l'extraordinaire recueil de nouvelles qu'il publie à vingt-six ans, et bien plus encore la très iconoclaste Plainte de Portnoy (Portnoy et son complexe, 1969) ont fait scandale, l'un au sein de la communauté juive, que les décapants récits de Roth se soucient peu de flatter, l'autre bien au-delà : la chronique familiale, psychologique et sociale dessinée au vitriol par Portnoy va de pair avec un langage où rivalisent le loufoque, la gouaille et une outrancière crudité. Le roman, qualifié de magistrale «orchestration de voix» et d'allègre «festival linguistique», est un véritable jalon culturel des années 1960. Tel un ventriloque, le protagoniste fait dialoguer sur le divan de son analyste les voix contradictoires qui l'habitent. Dans un torrent d'imprécations et de lamentations sont données à entendre la voix de l'enfant, celle de l'adolescent, celle de l'adulte torturé. Le plus souvent aux prises avec sa _yiddishe mame_grotesquement castratrice, Portnoy dialogue aussi avec son père humble et soumis, et avec ses maîtresses, de séduisantes shikses(jeunes filles non juives, en principe interdites), en qui il voit les incarnations de l'Amérique qu'il entend conquérir.
Multipliant les identités et les masques comme un acteur multiplie les rôles, c'est ensuite David Kepesh que Roth introduit sur la scène de son œuvre. Ce professeur de littérature se voit transformé en une gigantesque glande mammaire dans Le Sein (1972), fable kafkaïenne à la fois fantastique et burlesque, tandis que Professeur de désir(1977) retrace son enfance en famille, son exploration effrénée de la liberté sexuelle pendant ses études, puis les expériences féminines contrastées de sa maturité. Malgré l'apparence «sage» de ce schéma biographique, la pratique de la fiction est toujours aussi affranchie et ludique – en témoigne, entre autres, l'épisode désopilant de la visite faite en rêve à la «putain de Kafka». 

Enfin apparaît Nathan Zuckerman, qui accompagnera Roth jusqu'en 2007. Dans Ma vie d'homme (1974), il essaie de se libérer d'un mariage désastreux. La structure narrative, emboîtée et miroitante, du récit se complexifie, au point que Milan Kundera qualifia le livre de «chef-d'œuvre de baroque». On a dit de Nathan qu'il était le travesti littéraire de Philip. Mais comme le souligne Philippe Jaworski dans sa préface, «la présence de "l'auteur" dans ses écrits de fiction ressortira toujours à une réalité de fiction». Au reste, «la réalité de l'écrivain pourrait tout aussi bien dériver de l'existence de son personnage».

Couverture
Couverture Crédits : La Pléiade / Gallimard

Philip Roth a un rapport névrotique à la parole qu'il déverse dans une logorrhée.

Il se démarque par un humour cruel pour les États-Unis. Jean-Christophe Brianchon

Le complexe de Portnoy est le fait de ressentir une grande avidité sexuelle mêlée à une appréhension de l'acte. 

Philip Roth est très apprécié en France car il rappelle Flaubert. Laurent Nunez

Souvenirs de la marée basse, Chantal Thomas (Seuil)

Présentation de l'éditeur : Nager. Nager pour fuir les contraintes, pour échapper aux vies imposées, aux destins réduits. Nager pour inventer sa sensualité, préserver sa fantaisie. C’est ce qu’a sans doute ressenti Jackie toute sa vie, commencée en 1919 et menée selon une liberté secrète, obstinée, qui la faisait, dans un âge bien avancé, parcourir des kilomètres pour aller se baigner sur sa plage préférée, à Villefranche-sur-Mer. Entre-temps, elle s’était mariée, avait quitté Lyon pour Arcachon, puis, devenue jeune veuve, avait échangé le cap Ferret contre le cap Ferrat, avec sa mer plus chaude, son grand été.

Qu’a-t-elle légué à sa fille Chantal ? Quelque chose d’indomptable, ou de discrètement insoumis, et cette intuition que la nage, cette pratique qui ne laisse aucune trace, est l’occasion d’une insaisissable liberté, comme lorsque jeune fille, au début des années 30, Jackie avait, en toute désinvolture, enchaîné quelques longueurs dans le Grand Canal du château de Versailles sous l’oeil ahuri des jardiniers.

Chantal Thomas livre un portrait de sa mère très touchant. Elle s'interroge aussi en creux sur l'héritage de cette filiation. Grégoire Leménager

C'est aussi le portrait de libération d'une femme. Laurent Nunez

Elle se baigne dans la mémoire, le souvenir d'une manière d'être : c'est une tentative vaine et mélancolique de vivre dans le présent. Jean-Christophe Brianchon

Les lieux du livre sont incarnés par le temps qui passe. Arnaud Laporte

Interludes musicaux

  • La plage, Marie Laforêt
  • Mad World,  Jasmine Thompson
  • Urbanity,  Lyonel Bauchet

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