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Nelson Algren en 1949 (© Universal History Archive / Contributeur) & Simone de Beauvoir en 1955 (© Hulton Archive / Intermittent)

Littérature : "Sous la plume de Simone de Beauvoir toutes ces figures intellectuelles prennent vie"

56 min
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Ce soir il sera question des Mémoires de Simone de Beauvoir à l'occasion de son entrée à La Pléiade, ainsi que de celui qu'elle appelait « son bien-aimé de Chicago » Nelson Algren, dont l'ouvrage considéré comme un grand classique aux Etats Unis, vient de paraitre pour la première fois en France.

Nelson Algren en 1949 (© Universal History Archive / Contributeur) & Simone de Beauvoir en 1955 (© Hulton Archive / Intermittent)
Nelson Algren en 1949 (© Universal History Archive / Contributeur) & Simone de Beauvoir en 1955 (© Hulton Archive / Intermittent) Crédits : Getty

"Mémoires I et II" de Simone de Beauvoir (La Pléiade)

"Mémoires I et II" de Simone de Beauvoir (La Pléiade)
"Mémoires I et II" de Simone de Beauvoir (La Pléiade)

Présentation de la maison d'édition : «Une journée où je n'écris pas a un goût de cendres», disait-elle. Simone de Beauvoir (1908-1986) fut philosophe, romancière, théoricienne du féminisme, militante anticolonialiste, elle fut la moitié du «couple existentialiste» (et mythique) qu'elle forma avec Sartre, et elle fut aussi, bien sûr, une des grandes mémorialistes de notre temps.

L'écriture de soi a toujours été présente dans sa vie. Dès ses dix-huit ans, elle tint un journal intime. Elle continua sa vie durant, par intermittence. C'est la volonté de raconter son amie d'enfance, Zaza, et la douleur liée à sa disparition qui font se concrétiser son désir autobiographique. Commencées en 1956, les Mémoires d'une jeune fille rangée paraissent en 1958. Ce livre allait devenir le premier volume d'une vaste et ambitieuse entreprise mémoriale. Pourtant, à l'origine, il devait se suffire à lui-même : Simone de Beauvoir y avait assouvi son ambition de «totalité». Mais il amorça un processus d'écriture qui allait se déployer sur un quart de siècle.
«On ne peut jamais se connaître mais seulement se raconter.» Des Mémoires à La Cérémonie des adieux (1981), six ouvrages couvrent pratiquement toute l'existence de Beauvoir, de sa naissance à la mort de Sartre en avril 1980. S'y succèdent toutes les modalités du récit de soi. L'autobiographie dans Mémoires d'une jeune fille rangée, où elle retrace la conquête de son autonomie et fait revivre son désir d'adolescente : «devenir un écrivain célèbre». Les mémoires, récit d'une vie dans sa condition historique, avec La Force de l'âge (1960), qui suit le parcours du «Castor» de 1929 à 1944 – dix années de liberté et de bonheur brisées par la guerre, et par la prise de conscience d'une sorte d'aveuglement –, puis La Force des choses (1963), où le passé remémoré finit par rejoindre le moment de la rédaction et où l'écriture de soi rallie l'écriture du monde. L'autoportrait, dans Tout compte fait (1972), où la stricte chronologie le cède au thématique. Le témoignage enfin, dans La Cérémonie des adieux, où Beauvoir évoque les dix dernières années de la vie de Sartre. Au centre, Une mort très douce (1964), court et admirable récit consacré à la maladie et à la disparition de sa mère.
L'œuvre mémoriale de Simone de Beauvoir ne cessa d'enlacer l'Histoire. «Répertoire des rêves d'une génération», embrassant la presque totalité du XXe siècle, elle fut souvent lue comme un document, un précieux témoignage sur une époque. «Ses souvenirs sont les nôtres, disait François Nourissier ; en parlant d'elle, Simone de Beauvoir nous parle de nous.» Le temps est sans doute venu de la lire autrement, comme une œuvre littéraire. On a parfois reproché à Beauvoir sa sèche précision, la monotonie de son style ou bien encore une écriture trop «intellectuelle». C'était ne pas voir que ce style, recherché par elle, relevait de la mise à distance du monde et de la volonté de faire entendre sa propre voix, vivante.

L'avis des critiques :

Simone de Beauvoir reste plus connue pour ses romans et ses œuvres autobiographiques alors qu’à l’étranger elle l’est plus pour ses essais. Le choix de la Pléiade est assez symptomatique de ce point de vue-là. La « Cérémonie des adieux » a permis à des lecteurs de l’époque de la redécouvrir, de voir la facette un peu plus tendre de Simone de Beauvoir. Sous sa plume toutes ces figures intellectuelles prennent vie, même si il y a beaucoup d’omissions et une forme de biais, ça n’en reste pas moins un vrai plaisir de lecture. Elisabeth Philippe

C’est exactement par là qu’il faut entrer dans l’œuvre de Simone de Beauvoir. Sa vie est le matériau principal de son œuvre. Elle nous permet à travers ses mémoires d’atteindre cette "autonomisation de soi". Jean-Christophe Brianchon

"Les mémoires d’une jeune fille rangée", fait émerger cette jeune fille pas du tout rangée, avec une personnalité extrêmement attachante, on y voit la construction de cette jeune femme épatante. On est peu à peu emporté par l’esprit clanique de Simone de Beauvoir, car tout le monde est jugé à l’aune de ses relations. Les hommes la font voyager, elle découvre Chicago avec Algren, l’Espagne et l’Italie avec Lanzmann. Elle est beaucoup plus à l’aise à la campagne finalement, c’est une autre Simone de Beauvoir lorsqu’elle parle de la nature. Etienne de Montety

Le Deuxième sexe : le manuscrit (Les éditions des Saints Pères)

Le Deuxième sexe : le manuscrit (Les éditions des Saints Pères)
Le Deuxième sexe : le manuscrit (Les éditions des Saints Pères)

" Entre 1948 et 1949, Simone de Beauvoir travaille souvent chez son compagnon de toujours, Jean-Paul Sartre. C’est rue Bonaparte, chez lui, qu’elle rédige une grande partie du Deuxième sexe. Perfectionniste, elle réécrit des passages entiers plusieurs fois, jetant à la corbeille d’épais paquets de feuillets… sans se douter que ces brouillons condamnés intéressaient grandement les amis et invités de passage chez Sartre, lesquels les récupéraient à son insu.

Ce manuscrit est composé de brouillons et de versions primitives, manuscrits et dactylographiés, qui correspondent au premier des deux tomes du Deuxième sexe (Faits et Mythes). Ils sont actuellement conservés à la BnF. Il constitue ainsi une plongée dans la graphie régulière et appliquée de Simone de Beauvoir ; graphie toutefois mystérieuse et comme cryptée – Jean-Paul Sartre disait qu’il fallait, pour la déchiffrer, « les yeux de l’amour ». Le manuscrit révèle aussi un processus de pensée et d’écriture particulièrement exigeant et minutieux." 

Plus d'informations ici.

"Chicago. Le Ciel et l'Enfer" de Nelson Algren (Bartillat)

"Chicago. Le Ciel et l'Enfer" de Nelson Algren (Bartillat)
"Chicago. Le Ciel et l'Enfer" de Nelson Algren (Bartillat)

Présentation de la maison d'édition : Paru pour la première fois en 1951, Chicago, considéré comme un classique aux États-Unis, a conservé toute sa force. Il décrit une ville tant d’arnaqueurs, de prostituées, de politiciens que de bourgeois et de notables. Cette évocation est un incomparable chant d’amour. La ville a peut-être changé, mais ce portrait frappe toujours : d’un côté la beauté de la ville, de l’autre sa violence extraordinaire ; d’une part son énergie exceptionnelle et d’autre part sa brutalité cupide. La tension qui perdure dans cette immense cité, la troisième ville des États-Unis, fonde le projet littéraire d’Algren, qui en fait un portrait digne de Goya ou de Baudelaire.

Considéré par certains critiques tels Studs Terkel, qui signe ici la préface, comme le meilleur livre sur Chicago, cet essai est digne des grands romans de Nelson Algren.

L'avis des critiques :

Nelson Algren décrit un Chicago, le sien. La ville est le corps vivant du livre, mais une lassitude s’installe un peu à force de pittoresque. Et Simone de Beauvoir découvre avec lui les bas-fonds de cette ville. Etienne de Montety

Algren bâti une mythologie de Chicago, incarnation de l’envers du rêve américain. Ce n’est pas très original, avec un rythme très saccadé, une prose métallique, mais relevée de quelques jolies trouvailles stylistiques. Elisabeth Philippe

Ça reste un livre très intéressant et cette édition agrège trois éditions américaine différentes. Au milieu de cette langue compliquée il y a des troués poétiques. Il développe une pensée politique qui, à l’image de son style est un peu brumeuse. Jean-Christophe Brianchon

Vos commentaires :

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Programmation musicale : 

♫ Claude Debussy - Arabesque n°1 pour piano

♫ Sidney Bechet - Blues in Paris

♫ Chief Keef - Fool Ya

Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

Intervenants

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