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de gauche à droite : "Les tribulations d’Arthur Mineur" d'Andrew Sean Greer, "L'Amérique derrière moi" d'Erwan Desplanques et Eric Chevillard (© Babelio)

Littérature : Les Enténébrés, "cette histoire échappe à tous les pièges"

55 min
À retrouver dans l'émission

Nous évoquons ce soir "Les tribulations d’Arthur Mineur" d'Andrew Sean Greer, dans une traduction de Gilbert Cohen-Solal. Il est également question de "L'Amérique derrière moi" d'Erwan Desplanques, de "L'explosion de la tortue" d'Eric Chevillard et du dernier livre de Sarah Chiche.

de gauche à droite : "Les tribulations d’Arthur Mineur" d'Andrew Sean Greer, "L'Amérique derrière moi" d'Erwan Desplanques et Eric Chevillard (© Babelio)
de gauche à droite : "Les tribulations d’Arthur Mineur" d'Andrew Sean Greer, "L'Amérique derrière moi" d'Erwan Desplanques et Eric Chevillard (© Babelio)

"Les tribulations d’Arthur Mineur" d'Andrew Sean Greer (Jacqueline Chambon)

"Les tribulations d’Arthur Mineur" d'Andrew Sean Greer (Jacqueline Chambon)
"Les tribulations d’Arthur Mineur" d'Andrew Sean Greer (Jacqueline Chambon)

Traduction : Gilbert Cohen-Solal

Présentation de la maison d'édition : Arthur Mineur, 50 ans, traverse une crise existentielle. Auréolé d'un prix Pulitzer, il n'a depuis publié que des livres au succès mitigé. Quand il reçoit un carton pour assister au mariage de son ex-compagnon, l'écrivain prétexte des invitations dans d'obscurs festivals littéraires pour y échapper. C'est le début d'un périple littéraire, sentimental et humain autour du monde. Prix Pulitzer 2018.

L'avis des critiques :

C’est un roman qui n’est pas si facile à lire que ça, avec beaucoup de digressions et de flashbacks. On est très vite frappé par l’humour. Le roman prend petit à petit de la densité avec une réflexion sur l’écriture. Il y a dans ce roman un côté dandy que j’aime bien et une façon de transformer très vite l’humour en mélancolie. Philippe Chevilley

S’il y a quelque chose qui m’a touchée, c’est la tendresse avec laquelle le narrateur regarde Arthur Mineur se battre avec les événements. Pour moi, la traduction du titre est un gros problème, comme s’il attirait vers le fond le personnage. C’est l’histoire de quelqu’un qui se déleste de choses. Ce texte pourrait affirmer une forme de légèreté. Raphaëlle Leyris

Il y a tout pour faire un roman dans ce livre. C’est un roman de la crise, du dépassement, quasiment un roman d’initiation. On sent qu’Andrew Sean Greer travaille la structure et les personnages. Il manque toutefois un petit quelque chose pour laisser ce livre exister au-delà de la construction de son auteur. Jean-Christophe Brianchon

"L'Amérique derrière moi" d'Erwan Desplanques (Editions de L'Olivier)

"L'Amérique derrière moi" d'Erwan Desplanques (Editions de L'Olivier)
"L'Amérique derrière moi" d'Erwan Desplanques (Editions de L'Olivier)

Présentation de la maison d'édition : « Parvenu à l’extrémité du Massachusetts, Thoreau avait écrit : Un homme doit s’asseoir ici et poser toute l’Amérique derrière lui.»

Le narrateur est désormais cet homme, conscient que l’attend en France une décision essentielle qui tiendra du courage et de l’abandon. Après avoir résisté aux excès passionnels de ses parents, arrêté la musique, quitté un journal, enterré son père comme un héros de l’armée américaine, peu avant la naissance de son propre fils, il décide de se réinventer loin de Paris.

L’Amérique derrière moi raconte cette période étrange pendant laquelle l’attente d’un «heureux événement» et l’imminence d’un grand malheur finissent par se confondre. Cette comédie qui mêle douceur, lucidité et humour, est surtout l’occasion pour son auteur de revenir sur l’histoire familiale et le vent de folie que le père faisait souffler dans la maison.

L'avis des critiques :

J’ai été assez épatée par la beauté de ce texte, par l’élégance d’Erwan Desplanques et la manière qu’il a de construire son texte. Il est beaucoup question de secrets. Je trouve la description de la mort du père extraordinaire du point de vue de la pudeur, de l'intimité qu'il laisse à chacun. Raphaëlle Leyris

Je pense que c’est un roman très juste et très touchant. Il y a dans ce livre des tangentes romanesques extrêmement intéressantes. La fascination du père pour l'Amérique est celle de toute une génération, de toute une planète, une envie de copier ce pays. Il y a une variation sur la famille, le mensonge familial, tandis que le héros choisit le métier de journaliste parce qu’il veut la vérité. Philippe Chevilley

Il se place toujours à un niveau de langage qui permet à son narrateur, aussi bien qu’à son auteur de conserver une zone d’intimité. C’est une langue assez sèche avec des phrases ciselées et qui peut user de certains clichés, mais nous ramène à une forme d’élégance et inscrit le roman dans quelque chose de supérieur à la tristesse. Jean-Christophe Brianchon

C'est un livre à côté duquel on peut vraiment passer. Il aligne un peu une succession de clichés, notamment la question générationnelle. Ce sont des choses qu'on a beaucoup entendues, mais qui sont très bien dites. Pour moi, c'est touchant parce que très sec. Lucile Commeaux

"L'explosion de la tortue" d'Eric Chevillard (Editions de Minuit)

"L'explosion de la tortue" d'Eric Chevillard (Editions de Minuit)
"L'explosion de la tortue" d'Eric Chevillard (Editions de Minuit)

Présentation de la maison d'édition : Les tortues de Floride élevées en aquarium ne sont pas tout à fait des cailloux. Elles ont donc besoin d’eau et de nourriture pour vivre. C’est ce que découvre le narrateur de cette histoire, de retour chez lui après un mois d’absence. Il croyait la sienne plus endurante, mais la carapace décalcifiée de la petite Phoebe se fend sous son pouce. Par ailleurs, alors qu’il s’employait à réhabiliter en la signant de son nom l’œuvre de Louis-Constantin Novat, écrivain ignoré du XIXe siècle, cette généreuse initiative se trouve soudain menacée. Or la forêt des mystères n’abrite pas que des crimes : les deux mésaventures pourraient bien être liées.

L'avis des critiques :

C’est sans doute ce qu’on peut faire de plus chevillardien en matière de roman. Il y a un animal, un auteur du 19ème siècle, un roman fragmentaire. C’est un roman épatant sur la mauvaise foi, un roman de la mauvaise foi. Eric Chevillard sera la dernière personne qui vous assènera quoi penser. Il refuse le démonstratif et le solennel. Raphaëlle Leyris

C’est un humour assez particulier qui travaille à chaque fois au niveau de la langue. Il a un talent de pasticheur assez brillant. Pour autant, c’est une forme plutôt fermée. On ne nous assène rien, mais c’est pour moi une belle chose très ronde. Il y a quelque chose du moraliste à l’ancienne dans l’ironie. Lucile Commeaux

Je suis un peu partagé. Si c’est un exercice de style, il est mené de façon absolument brillante. Malgré tout, sa forme est à la fois son plus bel atout et son plus gros défaut. L’auteur veut assurément nous dire des choses. C’est à la fois signifiant et signifié. Cette tortue est censée porter le poids du monde sur sa carapace. Jean-Christophe Brianchon

On a un meurtre animalier décrit de façon naturaliste avec toutes les justifications possibles. On est d'abord emporté par la drôlerie et puis c’est extrêmement virtuose. Il est évident qu’on est pris par l’exercice de style, mais il y a aussi du fond. Philippe Chevilley

>> LE COUP DE CŒUR DE RAPHAËLLE LEYRIS : "Les Enténébrés" de Sarah Chiche (Seuil)

"Les Enténébrés" de Sarah Chiche (Seuil)
"Les Enténébrés" de Sarah Chiche (Seuil)

Présentation de la maison d'édition : Automne 2015. Alors qu’une chaleur inhabituelle s’attarde sur l’Europe, une femme se rend en Autriche pour écrire un article sur les conditions d’accueil des réfugiés. Elle se prénomme Sarah. Elle est aussi psychologue, vit à Paris avec Paul, un intellectuel connu pour ses écrits sur la fin du monde, avec qui elle a un enfant. À Vienne, elle rencontre Richard, un musicien mondialement célébré. Ils se voient. Ils s’aiment. Elle le fuit puis lui écrit, de retour en France. Il vient la retrouver. Pour Sarah, c’est l’épreuve du secret, de deux vies tout aussi intenses menées de front, qui se répondent et s’opposent, jusqu’au point de rupture intérieur : à l’occasion d’une autre enquête, sur une extermination d'enfants dans un hôpital psychiatrique autrichien, ses fantômes vont ressurgir. S’ouvre alors une fresque puissante et sombre sur l'amour fou, où le mal familial côtoie celui de l’Histoire en marche, de la fin du xixe siècle aux décombres de la Deuxième Guerre mondiale, de l'Afrique des indépendances à la catastrophe climatique de ce début de millénaire.

Sarah Chiche est écrivain, psychologue clinicienne et psychanalyste. Elle est l'auteur de deux romans :L'inachevée (Grasset, 2008) et L'Emprise (Grasset, 2010), et de trois essais : Personne(s), d’après Le Livre de l'Intranquillité de Fernando Pessoa (Éditions Cécile Defaut, 2013), Éthique du mikado, essai sur le cinéma de Michael Haneke (PUF, 2015), Une histoire érotique de la psychanalyse : de la nourrice de Freud aux amants d'aujourd'hui (Payot, 2018).

Ce roman m’a cueillie, je l’ai trouvé assez magistral. Ça pourrait être caricatural et ça ne l’est pas du tout. Sarah Chiche prend acte de cette multiplicité en chacun de nous. Cette histoire échappe à tous les pièges, à tout le pathos qu’elle pourrait receler. C’est un bloc très noir, qui ménage des interstices. Raphaëlle Leyris

Vos commentaires :

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Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

Extraits sonores :

  • "Night and day” de Cole Porter / version de Michel Legrand et Maurice André (EMI)
  • Country Cooking, "The old old house" (Rounder Records)
  • Berlioz, "Ouverture du Carnaval Romain" par Adrien Boult
Intervenants

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