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à gauche : "Anatomie de l'amant de ma femme" de Raphaël Rupert, "Barcelone brûle" de Mathieu David et "Manifeste incertain 7" de Frédéric Pajak. à droite : Joyce Carol Oates (© Oregon State University)

Littérature : Raphaël Rupert, "c'est un roman qui fait semblant de parler beaucoup de sexe"

55 min
À retrouver dans l'émission

La Dispute littérature se consacre ce soir au dernier roman de Joyce Carol Oates : « L’homme sans ombre ». Il est également question du lauréat du prix de Flore « Anatomie de l’amant de ma femme » et de « Barcelone brûle » composé de chroniques, avant un coup de cœur pour "Manifeste incertain 7".

à gauche : "Anatomie de l'amant de ma femme" de Raphaël Rupert, "Barcelone brûle" de Mathieu David et "Manifeste incertain 7" de Frédéric Pajak. à droite : Joyce Carol Oates (© Oregon State University)
à gauche : "Anatomie de l'amant de ma femme" de Raphaël Rupert, "Barcelone brûle" de Mathieu David et "Manifeste incertain 7" de Frédéric Pajak. à droite : Joyce Carol Oates (© Oregon State University)

"L'homme sans ombre" de Joyce Carol Oates (Philippe Rey)

"L'homme sans ombre" de Joyce Carol Oates (Philippe Rey)
"L'homme sans ombre" de Joyce Carol Oates (Philippe Rey)

Traduction : Claude Seban

Présentation de la maison d'édition : Institut de neurologie de Darven Park, Philadelphie, 1965. Une jeune chercheuse, Margot Sharpe, accueille un nouveau patient, Elihu Hoopes, qui sera connu plus tard comme E.H., le plus fameux amnésique de l’histoire. Car cet homme élégant de trente-sept ans a été victime d’une infection qui ne lui laisse qu’une mémoire immédiate de soixante-dix secondes.

Au cours des années suivantes, Margot, séduite et attendrie, tente de comprendre et de débloquer les souvenirs figés de E. H., et surtout l’image obsédante d’une fille morte flottant dans l’eau. Tandis que la surveille le tout-puissant Dr Ferris, directeur du laboratoire, Margot devra veiller à ne pas se perdre elle-même. Tiraillée entre son ambition professionnelle, son désir sexuel et son éthique médicale, elle fouille avec acharnement le passé de E. H. Leur relation devient plus complexe – et même plus violente –, tandis que la fragilité de l’homme augmente avec le temps.

Que peut être l’identité d’un être sans sa mémoire ? La fascination de Joyce Carol Oates pour les neurosciences éclaire ce roman ambitieux, à l’écriture brillante. Elle place le lecteur dans l’intimité de la relation entre Margot et d’Elihu, relation d’autant plus passionnante qu’elle est interdite.

L'avis des critiques :

Il y a une discontinuité, une étrangeté dans cette perte de mémoire. Une des dimensions fondamentales de ce roman est le passage du temps. Ce personnage est un cobaye rêvé, autant pour une neuroscientifique que pour une romancière. A tel point qu’il pourrait être difficile pour cette dernière de tenir la distance. La fascination peut créer une sidération, or on voit ici son génie romanesque. Elle ne lâche jamais son sujet. Florent Georgesco

Elle rencontre ce problème des auteurs qui cherchent une forme allant avec le fond. Pour moi c’est un livre très pessimiste qui vient montrer l’impossibilité totale de vivre quoi que ce soit. La répétition est là pour nous montrer le retour du "même". C’est peut-être de l’ordre de l’astuce littéraire et d'une astuce qui peut lasser, mais l’auteure trouve une forme qui va à son fond. C’est un roman de l’impossible. Jean-Christophe Brianchon

Le point de départ de ce roman est formidable. L’idée d’une histoire d’amour avec cet homme à la mémoire de poisson rouge est très étrange. Joyce Carol Oates parvient à dire des choses fines, à aller chercher dans l'expérience singulière ce qu’elle peut avoir d’universel. Je garde quand même des réserves. La sensualité qui devrait jouer un très grand rôle ne prend pas. Elle n’arrive pas non plus à se débarrasser de la répétition, tandis que la narration au présent crée une monotonie. Grégoire Leménager

Je ne m'étais pas posé cette question de la sensualité. Ce qui est central me semble-t-il dans ce livre, c'est le portrait d'une femme et rien d'autre. C'est un roman énormément métaphorique. La question de l'amnésie, du malade, est un prétexte pour parler d'impossibilité. C'est un portrait de femme et c'est déjà assez riche comme ça. Arnaud Laporte

"Anatomie de l'amant de ma femme" de Raphaël Rupert (Editions de L'Arbre Vengeur)

"Anatomie de l'amant de ma femme" de Raphaël Rupert (Editions de L'Arbre Vengeur)
"Anatomie de l'amant de ma femme" de Raphaël Rupert (Editions de L'Arbre Vengeur)

Présentation de la maison d'édition : A trop fréquenter la littérature, il arrive qu’on tombe dedans. Lecteur invétéré, époux d’une écrivaine nantie d’un petit renom, architecte en rupture de plans, le héros de ce premier roman n’est pas avare de confidences sur son grand projet : écrire un livre, lui aussi.

Mais son écran d’ordinateur ne se remplit que d’images qui ralentissent son travail tout en accélérant son flux sanguin…Les affres de la création deviennent de terribles compagnons dont on se distrait d’un poignet actif.

Alors, le jour où par ennui ou par dépit, notre homme commet l’incorrection de parcourir le journal intime de sa femme, il en est puni par une découverte qui porte un nom : Léon, et par une révélation : c’est un amant hors normes.

Affolé, vexé mais stimulé, il se lance dans une enquête qui a tout d’une quête : pourquoi chez lui sexualité et littérature sont-elles autant liées ? Cet amateur de théories cocasses s’épanche et nous entraîne, l’air de rien, dans la dernière des grandes aventures : celle qui mène à soi.

Un livre réjouissant avec des hauts, débats, et quelques ébats.

L'avis des critiques :

C’est un roman qui fait semblant de parler beaucoup de sexe. Ce n’est pas un grand livre, mais un livre très malin. Il a un potentiel comique assez incontestable. Le personnage principal échafaude des théories fumeuses sur le roman qu’il veut écrire, c’est assez farcesque. J’ai été sensible à cette espèce de réflexion sur le rôle de l’imagination, à la fois dans l’amour et dans l'écriture. Cela marche plutôt bien, dans une rentrée littéraire qui m’a parue assez terne. Grégoire Leménager

Chaque élément de l’intrigue est lui-même décoratif et inutile. Je suis désolé de devoir dire que ce livre est absolument sans intérêt, alors même que son éditeur est un éditeur de grand talent. C’est d’un ennui considérable avec le début le plus traîne savate que j’ai lu depuis longtemps. Il nous sort tous les clichés qui permettent d'identifier l'auteur comme n'ayant rien à faire dans ce domaine. Florent Georgesco

Cela ne m’étonne pas que ce roman ait remporté le prix de Flore quand on sait que Frédéric Beigbeder en préside le jury. C’est tellement clownesque que ça en devient gênant. Je trouve qu’il y a beaucoup trop de pages extrêmement fastidieuses sur les sites pornographiques. Ces  citations référentielles restent à la surface. Ce sont les effets que je lui reproche. Arnaud Laporte

Cela m’a beaucoup plût. C’est effectivement un livre comique et malin qui évite beaucoup d’écueils par la rhétorique. Il parvient à éviter l’obscénité. Raphaël Rupert parle de sexe de manière parfois assez vulgaire, sans tomber dans la vulgarité lui-même. Il démarre à un endroit qui est « bientôt le malheur », pour finir dedans. Il parvient à écrire non pas une comédie, mais peut-être une tragédie bien plus profonde qu’elle en a l’air. Jean-Christophe Brianchon

"Barcelone brûle" de Mathieu David (Gallimard)

"Barcelone brûle" de Mathieu David (Gallimard)
"Barcelone brûle" de Mathieu David (Gallimard)

Présentation de la maison d'édition : « "D'après toi, pourquoi Barcelone est une ville libertaire ? " me demande Edgar. Cette ville a une énergie folle, dis-je, un feu anime ses rues baignées de soleil. Elle a l’expérience des rébellions. Les femmes sont à l’aise. Le climat est favorable. La jeunesse s’y réjouit… Barcelone, grande enchanteresse !

Port ouvert sur la Méditerranée, elle a brûlé plusieurs fois au cours de ses deux mille ans, elle brûlera encore… »

L'avis des critiques :

J’ai un sentiment très partagé sur ce livre. Je trouve qu'il y a des points de ressemblance avec le livre de Raphaël Rupert, la volonté d'être drôle en moins, la volonté de faire de belles phrases en plus. Il y a beaucoup à apprendre sur Barcelone et son histoire lointaine et récente. Arnaud Laporte

Je l’ai lu sans déplaisir, c’est une sorte de flânerie dans Barcelone dont on se demande où elle va. Mathieu David fait le portrait d’une ville qu’il aime, comme on ferait le portrait de quelqu’un qu’on aime. Il pose cette thèse vaguement politique, qui est que Barcelone serait le foyer de l’anarchie où quelque chose brûle toujours. Il a une petite plume. Grégoire Leménager

Il y a quelque chose de très daté dans sa démarche. Il part à Barcelone et on a l’impression qu’il va découvrir la Colombie. J’ai vraiment eu le sentiment d’être dans une sorte de vie colonialiste entre l’alcool et les prostituées. Dire que ce sont des chroniques me paraît lui permettre de faire passer un manque de style et de musique. Jean-Christophe Brianchon

Je suis perplexe parce qu'il y a de très belles pages dans ce livre, puisqu'il écrit bien. Il y a aussi de longs tunnels. Je prends littéralement le mot "chroniques", ces textes me donnent l’impression d'être assez disparates. Il y a des textes sur Barcelone qui n'apportent rien, tandis qu'on trouve de très belles pages de sa vie à lui. Peut-être faudra-t-il voir ce qu’il va faire plus tard. Florent Georgesco

>> LE COUP DE CŒUR DE GRÉGOIRE LEMÉNAGER : "Manifeste incertain 7" - Frédéric Pajak (Editions Noir sur Blanc)

"Manifeste incertain 7" - Frédéric Pajak (Editions Noir sur Blanc)
"Manifeste incertain 7" - Frédéric Pajak (Editions Noir sur Blanc)

Présentation officielle : Nous partons virtuellement pour le Massachusetts et voyageons réellement en Russie – à Saint-Pétersbourg, à Moscou, à Kazan, à Samara, à Koktebel, à Yalta. Ce septième volume est consacré à deux poétesses majeures : une Américaine du XIXe siècle et une Russe de la première partie du XXesiècle.

Emily Dickinson et Marina Tsvetaieva n’ont apparemment pas grand-chose en commun. La première reste recluse chez elle, à Amherst, dans la vallée du Connecticut, tandis que la seconde, née à Moscou, étudie à Nervi, Lausanne et Paris ; contemporaine de la révolution d’Octobre, elle séjourne à plusieurs reprises en Crimée, avant de s’exiler en 1922 à Berlin, puis en Tchécoslovaquie et en banlieue parisienne. En 1939, elle retourne en Union soviétique où elle se suicide deux ans plus tard.

À travers les vies héroïques de ces deux femmes, le livre évoque deux aventures littéraires qui ont survécu à l’indifférence, à l’hostilité, voire à la censure. Femmes, elles ont refusé de se plier aux convenances et aux procédés du genre poétique, faisant preuve d’une inspiration existentielle à la fois féminine et universelle. Formellement, rythmiquement, métaphoriquement, elles ont bousculé l’ordre littéraire pour imposer un art poétique nouveau.

Ni Dickinson ni Tsvetaieva n’ont douté de leur postérité, convaincues que leur œuvre, surgie du plus profond de leur être, entrerait un jour dans la grande histoire de la poésie moderne.

Les livres de Frédéric Pajak sont toujours beaux, notamment parce qu’il dessine extrêmement bien avec ce trait de crayon. On trouve les destins croisés de deux grandes poétesses. Il nous raconte la vie de ces femmes sans grande prétention, avec un style limpide et intelligent. Il réfléchit sur leur point commun : quelque chose d’existentiellement féminin. A la lecture on se rend compte combien la question de l’âme les préoccupe toutes les deux. Grégoire Leménager

Vos commentaires :

Avant et pendant l'émission, réagissez et donnez votre avis sur le compte Twitter et la page Facebook de la Dispute.

Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

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