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en haut : Ryoko Sekiguchi, auteure de "Nagori" et "Malencontre" de Bodo Kirchhoff, en bas : "L"Abattoir de verre" de J.M. Coetzee et Alexandre Soljenitsyne en 1974 (© Verhoeff, Bert / Anefo)

Littérature : Nagori, "le goût et l’odorat reviennent au premier plan"

55 min
À retrouver dans l'émission

Au programme de cette Dispute littérature, quatre livres : "Malencontre" de l'auteur allemand Bodo Kirchhoff, "L'Abattoir de verre" de John Maxwell Coetzee et "Nagori" de l'auteure et poète japonaise, Ryoko Sekiguchi. Le coup de cœur sera dévolu à "Journal de la roue rouge" d'Alexandre Soljénitsyne.

en haut : Ryoko Sekiguchi, auteure de "Nagori" et "Malencontre" de Bodo Kirchhoff, en bas : "L"Abattoir de verre" de J.M. Coetzee et Alexandre Soljenitsyne en 1974 (© Verhoeff, Bert / Anefo)
en haut : Ryoko Sekiguchi, auteure de "Nagori" et "Malencontre" de Bodo Kirchhoff, en bas : "L"Abattoir de verre" de J.M. Coetzee et Alexandre Soljenitsyne en 1974 (© Verhoeff, Bert / Anefo)

"Malencontre" de Bodo Kirchhoff (Gallimard)

"Malencontre" de Bodo Kirchhoff (Gallimard)
"Malencontre" de Bodo Kirchhoff (Gallimard)

Traduction : Bernard Lortholary

Présentation de la maison d'édition : Ancien éditeur, Reither vit désormais en solitaire dans une vallée au pied des Alpes. Leonie Palm, elle, était modiste et a dû fermer boutique. Mais aujourd’hui, alors que plus personne ne porte de chapeaux et que l’on compte davantage d’apprentis écrivains que de lecteurs, c’est un même désenchantement qui lie ces deux voisins marqués par un drame intime. 

Lorsqu’ils décident malgré tout de prendre la voiture en direction du Sud – une perspective de Méditerranée, de vin, d’aventure –, ils sont surpris par la force de leurs émotions. Partout confrontés aux clandestins qui, eux, empruntent le chemin inverse, ils décident d’aider une jeune réfugiée et l'emmènent.

"Malencontre", romance magnifique en forme de nouvelle, se révèle être la parabole d’une double perte : celle de l’amour et de la compassion, car nous ne sommes à la hauteur ni de l’un ni de l’autre. « Mais où en serions-nous sans nous surestimer un peu », dit Reither en s’apprêtant à embrasser Leonie pour la première fois « chacun serait seulement comme dans sa boîte, fuyant la vie ! »

L'avis des critiques :

L’histoire d’amour va commencer tandis que nait une idée un peu folle dans l’esprit de l’héroïne. J’ai trouvé assez étonnante cette façon de faire revenir le présent et la politique pour le confronter à deux êtres à la fin de leur vie. Cette façon de confronter le nord et le sud m’a beaucoup plu. Petit à petit le paysage s’impose. Philippe Chevilley

Il est effectivement question d'un couple vieillissant. On est un peu déstabilisé puisqu’on peut s’attendre à une comédie romantique avant la confrontation avec les migrants. Je me demande pourquoi vouloir implanter cet aspect politique. La difficulté, voir l’impossibilité à communiquer, la gêne et la menace, sont très bien construites. Alexandre Comte

Je suis épaté par à peu près tout. Sur le papier tout est parfaitement mis en place et c’est pour moi un peu une épreuve d’attraper tout ce qu’il y a de potentiellement intéressant. Kirchhoff a une manière très fastidieuse de poser les choses. Il ne raconte pas à la première personne, mais du point de vue du personnage principal dont il essaye de poser une intériorité. Florent Georgesco

"L'Abattoir de verre" de John Maxwell Coetzee (Seuil)

"L'Abattoir de verre" de John Maxwell Coetzee (Seuil)
"L'Abattoir de verre" de John Maxwell Coetzee (Seuil)

Traduction : Georges Lory

Présentation de la maison d'édition : Une femme, écrivain, face aux assauts de la vieillesse. Chaque jour qui passe la rapproche de l’ombre, et elle constate, avec calme et lucidité, la déliquescence de ses facultés mentales. Autour d’elle se pressent les enfants, qui s’inquiètent pour elle, l’admonestent de quitter l’Australie pour les rejoindre. Elle s’y refuse pourtant, préférant affronter l'inéluctable dans la liberté et l'indépendance de la solitude, s'interrogeant jusqu'au bout, sans relâche, sur le sens de sa propre existence et sur la nature profonde de notre humanité.

En sept tableaux romanesques, J. M. Coetzee nous offre un somptueux portrait de femme et une leçon de littérature, aussi dense que brève. Dans une langue d’une épure admirable, il touche au cœur de nos interrogations les plus complexes et universelles (que restera-t-il de nous lorsque nous serons partis ? que transmet-on à ceux qui restent ?) et les affronte sans jamais se départir de sa suprême élégance, de sa dignité et de son humilité.

L'avis des critiques :

C’est comme un puzzle dont le lecteur va pouvoir arranger les pièces. Il est question de ce thème de la fin de vie. Dans un premier temps, Elizabeth Costello est confrontée à l’inquiétude de ses enfants. On voit dans cette femme qui a perdu beaucoup de ses illusions, ce qui peut rester à la fin d’une vie : la justice, la défense du plus faible. Philippe Chevilley

Ces femmes sont confrontées au "comment mourir". Je trouve que la nouvelle qui clôt le recueil est belle, alors que la femme est amenée à une sorte d’obsession pour les animaux avec une forme de souffrance, d’empathie. L’intérêt pour les animaux vient aussi avec le rejet des enfants. Alexandre Comte

Il tisse sept contes moraux, ce qui constitue d’ailleurs le titre original du livre. Les contes n’ont pas tous Elizabeth Costello comme personnage. En défaisant un roman possible, il le reforme autrement. Ces nouvelles se répondent l’une à l’autre. Il fige quelques instants où s’exprime la vérité d’une vie particulière avant d’être projeté dans une forme d’universel de la vie humaine. Florent Georgesco

"Nagori" de Ryoko Sekiguchi (POL)

"Nagori" de Ryoko Sekiguchi (POL)
"Nagori" de Ryoko Sekiguchi (POL)

Présentation de la maison d'édition : Nagori, littéralement « l’empreinte des vagues », signifie en japonais la nostalgie de la séparation, et en particulier, la nostalgie de la saison qu’on ne laisse partir qu’à regret. Le goût de Nagori annonce déjà le départ imminent de tel fruit, tel légume, jusqu’aux retrouvailles l’année suivante, si l’on est encore en vie. De nos jours, on invoque les saisons comme un temps comptable. Saisons à découper, à dénommer, à désirer ou à oublier. Et selon quels critères ?
Cet étonnant et savoureux petit livre nous propose de faire la découverte de l’art poétique et culinaire japonais en méditant sur nos émotions qu’éveillent les saisons, et leur disparition. Sur l’empreinte fugitive des goûts et des saveurs dans le corps et la mémoire, les paysages, la littérature.

Il y a plus de six ans dans un bistrot populaire d’une banlieue de Tokyo, le chef sert à l’auteure un plat de légumes qui semble n’être déjà plus de saison. Elle lui pose la question. Il répond : « Mademoiselle, je suis beaucoup plus âgé que vous, et je ne sais pas si je pourrai encore goûter ce légume l’année prochaine ». Combien de saisons dans une année, une vie, une cuisine ? Qu’est-ce qu’un produit « de saison » ? Quand fait-il sa première apparition dans l’année ? Dans quelle région ? Jusqu’à quelle distance parcourue peut-on dire d’un fruit qu’il est « de saison » ? À quel moment telle espèce de poisson sera-t-elle « de saison », et comment la définir ?

Le lecteur est ainsi invité à une traversée littéraire, culinaire, politique, et à la rencontre de grands chefs cuisiniers, de plats et de produits délicieux. Du Japon à Rome, en passant par la Villa Médicis où l’auteure était pensionnaire.

L'avis des critiques :

Le livre ne suffit pas à épuiser tous les sens de ce terme qu’est "nagori". Elle explique combien les gens d'Edo ont toujours été différents des gens de Kyoto qui se trouvent dans l’esthétique du "nagori". Il y a toujours quelque chose en lien avec ces derniers moments, ces derniers instants. Elle s’intéresse beaucoup à la mort dans ses livres et c’est ici comme une nouvelle approche. Arnaud Laporte

Je trouve cela assez magique de partir d’un mot, d’une définition où il y a de l’indicible. On arrive à comprendre "nagori", mais pas forcément à l’expliquer. Ce livre se déroule avec un brassage d’histoires. En expliquant qu’on peut mélanger les produits, elle embrasse le monde. On a l’impression que les deux sens que sont le goût et l’odorat reviennent au premier plan. Philippe Chevilley

J’ai découvert cette auteure et j’ai adoré. On entre tout de suite dans la culture japonaise et ses clichés. L’auteure le dit elle-même, les Japonais sont des gens sensibles. Il est question de la saisonnalité des produits. Elle évoque le confort figé de la nourriture industrielle qui a quelque chose de rassurant. Alexandre Comte

Les subtilités infinies font partie du charme, lui-même presque infini du livre. Elle excelle dans la multiplication des vues sur un même sujet, qu’elle n’épuise pas, mais dont elle montre la richesse. Il y a beaucoup de charme dans cette multiplication des sens qui nous fait parvenir à une sensualité. Je trouve simplement que l’opposition de notre temps linéaire au temps cyclique des saisons est peut-être un peu caricaturale. Florent Georgesco

>> LE COUP DE CŒUR DE FLORENT GEORGESCO : "Journal de la roue rouge" d'Alexandre Soljénitsyne (Fayard)

"La Roue rouge", Alexandre Soljénitsyne (Fayard)
"La Roue rouge", Alexandre Soljénitsyne (Fayard)

Le dernier volume du grand roman historique "la Roue rouge" où Soljénitsyne a entrepris de raconter la révolution russe. Il s’agit ici des journées d’avril 1917 au cours desquelles chute le Gouvernement Provisoire, incapable de prendre le pays en main pour l’empêcher de sombrer dans le chaos. (...)

Je tenais à parler de ce livre puisque nous fêtons le dixième anniversaire de sa mort. Il était totalement inédit en Français. « La Roue rouge » est l’œuvre à laquelle il a consacré les 30 dernières années de sa vie et qu’il a commencée à mettre au point dès l’adolescence. Il n’a pas pu aller au bout de son projet, il était d’ailleurs humainement impossible d’aller au bout. Ici, il relate cette impossibilité. Florent Geogesco

Vos commentaires :

Avant et pendant l'émission, réagissez et donnez votre avis sur le compte Twitter et la page Facebook de la Dispute.

Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

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