LE DIRECT
à gauche : Joan Didion, à droite : "Ce qui t'appartient" de Garth Greenwell et "La seule histoire" de Julian Barnes

Littérature : Mauvais joueurs, "le rien occupe toute la place"

56 min
À retrouver dans l'émission

Au programme de cette Dispute littérature : "Mauvais joueurs" de Joan Didion, "Ce qui t'appartient" de Garth Greenwell et "La seule histoire" de Julian Barnes. Mais aussi deux coups de cœur : "Seul l'amour peut te briser le cœur" et "Emmanuel Carrère : faire effraction dans le réel".

à gauche : Joan Didion, à droite : "Ce qui t'appartient" de Garth Greenwell et "La seule histoire" de Julian Barnes
à gauche : Joan Didion, à droite : "Ce qui t'appartient" de Garth Greenwell et "La seule histoire" de Julian Barnes

"Mauvais joueurs" de Joan Didion (Grasset)

"Mauvais joueurs" de Joan Didion (Grasset)
"Mauvais joueurs" de Joan Didion (Grasset)

Traduction : Jean Rosenthal

Présentation de la maison d'édition : Maria, actrice hollywoodienne de 36 ans, essaie de se reconstruire après une dépression nerveuse aiguë. Mauvais joueurs, en 84 courts chapitres, nous raconte son histoire, et celle de son milieu, de ses amis et de son ex-mari, réalisateur de films d’avant-garde.
Après une enfance difficile dans le Nevada, entre un père joueur compulsif et une mère peu aimante, Maria déménage à New York et débute une carrière de mannequin. Sa mère se tue dans un accident de voiture, peut-être un suicide déguisé. Maria est fragile, se fait manipuler par les hommes, puis rencontre Carter Lang qu’elle suit à Hollywood. Ensemble, ils vont tourner deux films et avoir une petite fille, Kate. Cette dernière souffre de troubles mentaux et doit être placée dans un institut pour enfants handicapés. Maria navigue alors entre une carrière qui s’étiole déjà, sa tendance autodestructrice et son besoin d’être aimée, sans trouver d’issue. L’alcool et les psychotropes, ainsi que de longues errances en voiture et des aventures sans lendemain constituent son quotidien. Son seul espoir reste de retrouver un jour sa fille et de la guérir.

Écrit dans une langue très visuelle, Mauvais joueurs propose le portrait poignant d’une jeune femme à la dérive et celui de tout un milieu, entre glamour cinématographique et misère intime.

L'avis des critiques :

« Maria avec ou sans rien » me paraissait être un meilleur titre, puisque le rien occupe toute la place. La vacuité des existences fait tituber. C’est un livre qui nous parle d’une absence de cause à effet. Le texte se délite au fur à mesure. Les dialogues qui prennent beaucoup de place au début, deviennent de plus en plus courts. Le texte a peut-être un peu vieilli. Il y a une temporalité un peu étrange. Raphaëlle Leyris

On a en effet un texte un peu vieilli qui résonne d’une modernité des années 1990. Or, je suis de ceux qui sont devenus dingues de littérature par les auteurs de ces années, ce qui m’a fait entrer dedans pleinement. Je n’avais encore jamais trouvé de livre qui fasse aussi bien la dépiction du rien, qu'elle arrive à sentimentaliser. Les personnages ne sont jamais des faire-valoir. On nous parle du monde tout en parlant réellement des personnages. Jean-Christophe Brianchon

"Ce qui t'appartient" de Garth Greenwell (Rivages)

"Ce qui t'appartient" de Garth Greenwell (Rivages)
"Ce qui t'appartient" de Garth Greenwell (Rivages)

Traduction : Clélia Laventure

Présentation de la maison d'édition : Immense succès en Amérique, ce premier roman a été salué comme le "choc de l'année" par toute la presse internationale. Ce qui t'appartient raconte une histoire d'amour entre deux hommes que tout oppose : l'un est un intellectuel américain, professeur de littérature en exil à Sofia ; l'autre, Mitko, est un jeune homme bulgare, insaisissable. Leur rencontre se place immédiatement sous le signe du désir, de la passion, de l'inégalité de classe aussi. D'un sujet éternel, Greenwell a fait un texte court, fort, renouvelant les classiques de James Baldwin (La Chambre de Giovanni) ou d'Hervé Guibert. Une révélation parue dans une quinzaine de pays et soutenue par Edouard Louis. 

L'avis des critiques :

C’est un texte assez paradoxal sur le plan linguistique. Cela se présente formellement sous le jour d’une langue assez simple et qui pourtant peine à se faire lire. On a quelque chose d’indéniablement émouvant, mais la forme rentre en opposition avec le fond et nous empêche de ressentir réellement. Je n’ai pas compris tous les désirs de cet auteur, cette Bulgarie est très absente. Il rajoute une complexité à la spatialisation de l’histoire. Jean-Christophe Brianchon

On a l'évocation d'une relation, avec un personnage qui est entre l'ami et le client. On arrive à une dernière scène que je trouve assez déchirante. C'est un texte qui m’a émue, qui m’a plu. Je trouve le début un petit peu poussif, or il me semble que la suite est beaucoup plus fluide, beaucoup plus émouvante. Les scènes de sexe sont magnifiques. Raphaëlle Leyris

"La seule histoire" de Julian Barnes (Mercure de France)

"La seule histoire" de Julian Barnes (Mercure de France)
"La seule histoire" de Julian Barnes (Mercure de France)

Traduction : Jean-Pierre Aoustin

Présentation de la maison d'édition : Un premier amour détermine une vie pour toujours : c’est ce que j’ai découvert au fil des ans. Il n’occupe pas forcément un rang supérieur à celui des amours ultérieures, mais elles seront toujours affectées par son existence. Il peut servir de modèle, ou de contre-exemple. Il peut éclipser les amours ultérieures ; d’un autre côté, il peut les rendre plus faciles, meilleures. Mais parfois aussi, un premier amour cautérise le cœur, et tout ce qu’on pourra trouver ensuite, c’est une large cicatrice. 

Paul a dix-neuf ans et s'ennuie un peu cet été-là, le dernier avant son départ à l’université. Au club de tennis local, il rencontre Susan – quarante-huit ans, mariée, deux grandes filles – avec qui il va disputer des parties en double. Susan est belle, charmante, chaleureuse. Il n’en faut pas davantage pour les rapprocher… La passion ? Non, l’amour, le vrai, total et absolu, que les amants vivront d’abord en cachette. Puis ils partent habiter à Londres : Susan a un peu d’argent, Paul doit continuer ses études de droit. Le bonheur ? Oui. Enfin presque car, peu à peu, Paul va découvrir que Susan a un problème, qu’elle a soigneusement dissimulé jusque-là : elle est alcoolique. Il l’aime, il ne veut pas la laisser seule avec ses démons. Il va tout tenter pour la sauver et combattre avec elle ce fléau. En vain…

Mais lui, alors ? Sa jeunesse, les années qui passent et qui auraient dû être joyeuses, insouciantes ? Il a trente ans, puis trente et un, puis trente-deux. Vaut-il mieux avoir aimé et perdre ou ne jamais avoir aimé ?

L'avis des critiques :

C’est l’histoire d’un jeune homme de 19 ans qui tombe amoureux d’une femme de trente ans son aînée. Ce que je trouve admirable dans ce texte, c’est que cela commence sur le mode de la dissertation, avant d’être rabattu pour raconter tout et son contraire. Il y a un tournant satyrique. On a au début un flirt délicieusement anglais, avant de basculer dans le tragique. Barnes n’insiste pas sur l’alcoolisme de Suzanne, il en fait un très beau mystère romanesque, déchirant. Raphaëlle Leyris

J’avais lu ce livre pendant l’été. C’est le genre de livre qu’on ne peut lire que très lentement, parce que chaque mot compte. On ne peut pas le lire en diagonale. Il y a comme une économie de moyens, mais maline, qui nous transporte de partie en partie. On va progressivement vers quelque chose de très noir. Les dernières pages sont à la fois terribles et on ne peut plus réalistes. Arnaud Laporte

Il s’agit de la première histoire d’amour du narrateur. Entre le début et la fin se seront écoulées douze années, divisées en trois parties avec une sobriété et une élégance incroyable. On a un découpage très simple, chronologique. C’est un livre qui est tout, sauf ce qu’il semble être. Officiellement, c’est une histoire d’amour, mais aussi le portrait d’un pays, d’un temps, d’une femme. Il ne fait rien d’autre que de montrer le réel et l’accepter. Jean-Christophe Brianchon

>> LE COUP DE CŒUR DE JEAN-CHRISTOPHE BRIANCHON : "Seul l'amour peut te briser le cœur" de David Samuels (Editions du sous-sol)

"Seul l'amour peut te briser le cœur" de David Samuels (Editions du sous-sol)
"Seul l'amour peut te briser le cœur" de David Samuels (Editions du sous-sol)

Traduction : Louis Armengaud Wurmser, Johan-Frédérik Hel Guedj et Mikaël Gomez Guthart

Présentation de la maison d'édition : La pensée de David Samuels est aussi luxuriante que les paysages du Brésil où il a grandi, aussi sinueuse que son histoire familiale, mêlant tradition judaïque et trafic nippo-américain de machines à sous. Car cette pensée est à l’image du réel : inclassable, inquantifiable, retorse à toute tentative de simplification. Et cette réalité dont il accepte volontiers de s’encombrer – dût-il, pour cela, user de tranquillisants et frayer dans l’univers interlope des maisons de repos – se retrouve aujourd’hui menacée par les formules algorithmiques qui inondent notre quotidien. Recueil de reportages couvrant les années 1990, les deux mandats d’Obama et l’accession au pouvoir de l’imprévisible Trump, Seul l’amour peut te briser le coeur dresse le bilan d’une descente aux enfers qui ne dit pas son nom, un cocktail d’articles qu’un barman déluré et aussi frappé que les personnages du livre aurait pu surnommer l’American Death Trip. Brillante et subversive, cette anthologie de textes à la frontière de l’essai et de la nouvelle brosse un portrait sans concession de l’Amérique.

Le titre est beaucoup plus sentimental que le contenu. David Samuels écrit de longs textes, des reportages fictionnalisés qui partent d’une personne, d’un moment, ou d’un fait, pour décrire une société. Cela traite de tout. Il y a un texte qui m’a marqué. Il décrit une course de lévriers, tout en parvenant à faire des portraits absolument incroyables. On a un travail de réhabilitation de ce type d’écriture. Jean-Christophe Brianchon

>> LE COUP DE CŒUR DE RAPHAËLLE LEYRIS : "Emmanuel Carrère : faire effraction dans le réel", d'Emmanuel Carrère, sous la direction de Laurent Demanze et Dominique Rabaté (POL)

"Emmanuel Carrère : faire effraction dans le réel" d'Emmanuel Carrère, sous la direction de Laurent Demanze et Dominique Rabaté (POL)
"Emmanuel Carrère : faire effraction dans le réel" d'Emmanuel Carrère, sous la direction de Laurent Demanze et Dominique Rabaté (POL)

Présentation de la maison d'édition : Faire « effraction dans le réel » par l’écriture, cet aveu est au cœur des témoignages, récits, études, entretiens, rassemblés ici, pour la première fois, pour offrir un exceptionnel regard sur Emmanuel Carrère, l’écrivain, le cinéaste, scénariste, et l’ami…

Des romanciers comme Michel Houellebecq, Pierre Michon, John Updike, des cinéastes, Nicole Garcia, Olivier Assayas, des journalistes et des universitaires, des proches, proposent aux lecteurs d’Emmanuel Carrère de partir à l’exploration de l’univers et de la personnalité de cet écrivain hors norme. (...)

Ce recueil a quelque chose d’une malle au trésor. On a un personnage inoubliable et des inédits de Carrère. On trouve véritablement des pépites du côté de ses textes universitaires. Les textes inédits sont loin d’être des fonds de tiroirs avec notamment quelques pages de « L’adversaire ». On rentre dans un univers parallèle. Raphaëlle Leyris

Vos commentaires :

Avant et pendant l'émission, réagissez et donnez votre avis sur le compte Twitter et la page Facebook de la Dispute.

Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records)

Intervenants

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......