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à gauche : © Electre. à droite : Hélène Frappat, auteur du livre "Le dernier fleuve" (© Librairie Mollat, libre de droits)

Littérature : Nino dans la nuit, "Les jeunes ce sont eux"

56 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir dans La Dispute, il est question de "Nino dans la nuit", le livre du duo que composent Capucine et Simon Johannin. Nous abordons également "Le dernier fleuve" de Hélène Frappat et "Vairon" de Hélène Zimmer, avant un coup de cœur pour "La solitude Caravage".

à gauche : © Electre. à droite : Hélène Frappat, auteur du livre "Le dernier fleuve" (© Librairie Mollat, libre de droits)
à gauche : © Electre. à droite : Hélène Frappat, auteur du livre "Le dernier fleuve" (© Librairie Mollat, libre de droits)

"Nino dans la nuit" de Capucine et Simon Johannin (Allia)

"Nino dans la nuit" de Capucine et Simon Johannin (Allia)
"Nino dans la nuit" de Capucine et Simon Johannin (Allia) Crédits : Electre

Présentation de la maison d'édition : "J’ai la tête, les yeux et la bouche qui crament, j’ai avalé des braises qui me font des trous partout. Des trous dans le sol quand j’avance, des trous dans les phrases que je veux dire à des gens qui ont des trous dans le visage quand je les regarde."

Dès les premières pages, le hurlement du sergent résonne pour longtemps dans vos oreilles : "Tout le monde en rang, à l’ordinaire. Mâchez bien sinon vous allez nous cimenter les chiottes, et c’est pas moi qui irai les déboucher, compris ?" Le sergent ? Oui, le sergent, celui qui recrute les futurs légionnaires. Nino, dix-neuf ans, figure parmi les volontaires, groupe d’hommes venus des quatre coins du monde afin de recevoir, coûte que coûte, une solde, pour pouvoir s’en sortir. La Légion, c’est l’apprentissage­­­­­ d’un code d’honneur autant que celui d’une langue. Hélas, Nino ne passera pas l’épreuve puisqu’il échouera brillamment au test de dépistage. De retour, Nino enchaîne les petits boulots. Une vie de débrouille criblée par les flashs de fêtes étourdissantes, par les personnages qui surgissent et les histoires qu’ils racontent. (...)

L'avis des critiques :

Cette histoire de quatre mains m'a assez fascinée. Cette logorrhée s'adresse à quelqu'un en utilisant le "tu". Ce que j'aime dans les personnages et dans le milieu où ils évoluent, c'est qu'ils sont à la fois dans le délicat et la vraie misère sociale. C'est un moment adolescent, aussi bien dans l'écriture que dans les maladresses. J'aime cette histoire d'amour que je trouve très belle, très délicate. Je trouve quand même que les dialogues mettent à distance. Lucile Commeaux

J'étais également assez intéressé par le fait que ce livre ait été écrit à quatre mains. Il aurait été compliqué de l'écrire seul, dans la mesure où il capte l'air du temps, aussi bien sur le fond, le discours poétique, que sur la forme. On a l'impression de lire une longue chanson de Fauve. Il y a une réussite due à l'idée même d'écrire à deux, puisqu'à écrire à deux on est forcé de s'extraire de soi. Il y a pour moi quand même un enfermement dans le réel. Jean-Christophe Brianchon

Cela me fait un bien fou de lire un livre comme celui-là et de voir de très jeunes gens capables de redonner une telle énergie à la prose écrite dans un paysage très très sage. Sans lui faire offense, Virginie Despentes prend un sacré coup de vieux. Les jeunes ce sont eux. Ils sont aux prises avec une part de notre époque. Plus que sur les aventures de Nino, c'est la forme d'un livre qui commence par "Paradis ?" pour se finir "aux enfers", que je trouve très belle. Arnaud Laporte

J'ai eu peur au départ, dès la couverture qui faisait un peu gommettes et confettis. Très rapidement je me laisse avoir, c'est une histoire d d'amour qui dure 278 pages. L'angle d'attaque du point de vue littéraire est très intéressant. C'est plus une sorte de maniérisme amoureux contemporain, avec une écriture plutôt élisabéthaine. Pour moi, ce n'est pas du tout un roman réaliste, mais un poème. Il met au premier plan le travail du rythme, de l'incantation. François Angelier

"Le dernier fleuve" de Hélène Frappat (Actes Sud)

"Le dernier fleuve" de Hélène Frappat (Actes Sud)
"Le dernier fleuve" de Hélène Frappat (Actes Sud) Crédits : Electre

Présentation de la maison d'édition : Mo porte son frère Jo sur son dos. À eux deux ils forment un drôle de petit animal fatigué, tout entier tendu vers sa propre survie mais qui ne dédaigne ni le jeu ni l’émerveillement. Ils marchent, sans savoir depuis quand, sans savoir où les mènent leurs pas et c’est le crépuscule, mais apparaît l’ombre d’une ruine où passer la nuit. Et au matin, la découverte du fleuve comme une destination évidente.

L’aventure de Mo et Jo est affaire de vie ou de mort. De vie et de mort. Elle est jalonnée de rencontres extraordinaires et effrayantes, salvatrices et menaçantes : enfant-poisson, femme-sorcière, famille gorgone à la langue mystérieuse, êtres terrés dans des grottes, jeune mère-madone, couple qui danse dans un lit… (...)

L'avis des critiques :

C'est une nouvelle corde à l'arc très fourni d'Hélène Frappat. Pour moi, ce livre est vraiment réussi, totalement abouti. On est dans une sorte d'intemporalité mythique. C'est un roman initiatique, une grande tentative de penser le rapport entre l'homme et cette entité fondamentale qu'est l'eau. Le grand fleuve est décrit comme un animal, tantôt bienveillant, tantôt malveillant. On est pour moi avant la cérébralisation de l'individu, c'est le contraire d'une robinsonnade. François Angelier

L'écriture est vraiment magnifique. A l'échelle de la page, il se passe quelque chose d'assez miraculeux. On a une synesthésie totale. La langue d'Hélène Frappat a une matière qui peut remplir, parfois jusqu'à la nausée. J'ai l'impression de voir beaucoup les effets de forme qui structurent le récit et les références à toute une littérature fantastique qui regarde vers ces êtres que les enfants inventent. Cela produit un effet de surcharge qui va peut-être à l'encontre de l'écriture. Lucile Commeaux

Les romans qui utilisent l'eau comme puissance, ou comme force allégorique, me font généralement assez peur. Je craignais de tomber dans les poncifs d'Héraclite. Or, elle s'empare de l'eau comme puissance mythique et allégorique pour en faire une lecture d'expérience. Le mot est l'ultime possibilité, face à la pensée qui nous empêche d'être. J'ai trouvé ça particulièrement réussi et particulièrement fort. Ce livre est à hauteur d'enfant tout en s'adressant à des adultes. Jean-Christophe Brianchon

"Vairon" de Hélène Zimmer (P.O.L)

"Vairon" de Hélène Zimmer (P.O.L)
"Vairon" de Hélène Zimmer (P.O.L) Crédits : Electre

Présentation de la maison d'édition : Comment imaginer aujourd’hui le destin d’une jeune femme née dans une ferme en 1889, dans la misère la plus noire ? Elle s’appelle Zulma, surnommée Vairon à cause de ses yeux dépareillés. Elle quitte sa mère et débarque affamée à vingt ans dans Paris, en 1909, avec déjà un premier bébé dans ses bras. Elle fait la découverte des quartiers déshérités de la capitale, et de son peuple. Mais aussi des idées révolutionnaires qui agitent l’Europe. On assiste, sur un rythme brutal, à son éducation sexuelle, politique, existentielle. Elle s’enflamme non pour les idées mais pour la vie anarchiste. Refus de tous ordres, avec comme principe moral se libérer de toute domination. Et surtout vivre avec passion les découvertes d’un féminisme radical, créateur. (...)

L'avis des critiques :

C'est un montage, une écriture, qui change un peu de ce que Hélène Zimmer a pu écrire auparavant. C'est une histoire assez simple, mais aussi assez maligne. Elle cherche à brosser le portrait de la trajectoire d'une femme, qui va être tout le long du livre un corps. L'auteur nous amène à nous extraire de la concrétude, à en sortir pour nous montrer qu'autre chose est possible. C'est un parallèle assez intelligent, assez beau. Jean-Christophe Brianchon

Ce qui m'a intéressé dans "Vairon", n'est non pas ce que ce livre est, mais ce qu'il ne veut absolument pas être. On aurait pu avoir un roman post-réaliste, avec la volonté de recréer une époque, des figures. Elle se dessaisit complètement des pièges du naturalisme et refuse de s'embourber dans l'historicité. Je pense toutefois qu'on ne peut pas travailler une matière historique aussi épaisse, sans s'impliquer plus dans l'histoire. François Angelier

Je suis assez passionnée par ce qu'Hélène Zimmer fait du naturalisme. Les Halles sont le ventre de Paris, cela saute aux yeux. Elle le fait avec une volonté anti-lyrique absolue. Tous les temps du récit sont des temps liés au corps de la femme. Toutes les possibilités sont liées à ce qu'il y a de plus bas, ce que je trouve passionnant et extrêmement bien écrit. Je me suis parfois demandée ce que la question politique faisait. On trouve des choses un peu plaquées. Lucile Commeaux

>> LE COUP DE CŒUR DE JEAN-CHRISTOPHE BRIANCHON : "La solitude Caravage" de Yannick Haenel (Fayard)

"La solitude Caravage" de Yannick Haenel (Fayard)
"La solitude Caravage" de Yannick Haenel (Fayard) Crédits : Electre

Présentation de la maison d'édition : «  Vers 15 ans, j'ai rencontré l'objet de mon désir. C'était dans un livre consacré à la peinture italienne  : une femme vêtue d'un corsage blanc se dressait sur un fond noir  ; elle avait des boucles châtain clair, les sourcils froncés et de beaux seins moulés dans la transparence d'une étoffe.  »
Ainsi commence ce récit d'apprentissage qui se métamorphose en quête de la peinture. En plongeant dans les tableaux du Caravage (1571-1610), en racontant la vie violente et passionnée de ce peintre génial, ce livre relate une initiation à l'absolu.

À notre époque d'épaississement de la sensibilité, regarder la peinture nous remet en vie. On entre dans le feu des nuances, on accède à la vérité du détail. C'est une aventure des sens et une odyssée de l'esprit. Aimer un peintre comme le Caravage élargit notre vie.

Sous prétexte de nous parler de peinture, il fait tout à fait autre chose. C'est un livre très long avec des chapitres qui brossent le rapport que Yannick Haenel peut entretenir avec la peinture. Il parvient  à y mettre un petit peu de lui, avec pour point de départ, une histoire d'amour fantasmée avec la Judith du célèbre tableau de Caravage. Il nous parle avec une très grande érudition et une sensibilité de son rapport à la peinture. Jean-Christophe Brianchon

Vos commentaires :

Avant et pendant l'émission, réagissez et donnez votre avis sur le compte Twitter et la page Facebook de la Dispute.

Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

Extraits sonores :

  • Talk Talk, "Inheritance" (Parlophone)
  • Teaser "Nino dans la nuit" et Matthew Herbet, "The last beat" (Studio !K7)
  • Danny Elfmann, "The funeral", bande-originale du film "Frankenweenie" (Walt Disney Records)
  • Marc Ogeret, "Le triomphe de l’anarchie", d'après la version de Charles d'Avray en 1901 (Disques Vogue)
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