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Littérature : "Nouvelles du New Yorker" d'Ann Beattie & "Les eaux tumultueuses" d'Aharon Appelfeld

59 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir la littérature occupe La Dispute en présence des critiques suivants :

  • Nathalie Crom (Télérama)

  • Emily Barnett (Les Inrocks)

  • Karine Papillaud (Le Point)

Seront abordés les livres suivants :

-Les eaux tumultueuses, d'Aharon Appelfeld (Editions de l'Olivier)

Lecture par Marie Richeux:

Aharon Appelfeld est né en Bucovine en 1932, et s’évada d’un camp de concentration roumain à l’âge de 12 ans, puis fut recueilli par l’Armée Rouge, traversa l’Europe avec un convoi d’orphelins, et débarqua en Palestine.Cette histoire douloureuse, Appelfed en a fait la matière de quelques uns de ces livres, bien sûr, et l’écrivain a reçu le Prix Médicis Etranger en 2004 avec « Histoire d’une vie ».Les éditions de l’Olivier ont choisi de publier cette année un livre vieux d’un quart de siècle, puisque publié en Israël en 1988, intitulé « Les eaux tumultueuses », dans une traduction de la fidèle Valérie Zenatti.

« Les eaux tumulteuses » fait partie d’une veine minoritaire mais déjà antérieure, dans l’œuvre de l’écrivain. En effet, ce roman renvoie à « Badenheim 1939 », qu’Appelfeld avait publié en 1979, et qui revenait, tout comme celui-ci, sur l’immédiat avant-guerre.

Avec cette histoire de juifs dilapidant leur fortune dans une sorte de pension de famille, été après été, en Ruthènie, j’avoue que ma première pensée, à la lecture du seul premier chapitre, a été de me dire que j’avais l’impression, davantage que d’un roman, d’être dans une pièce de théâtre.Je dis cela, alors même que les dialogues ne sont pas particulièrement nombreux, mais en fait, c’est parce que j’avais l’impression d’être dans une pièce de Tchekhov, avec cette villégiature où se retrouvent les tenants d’un monde qui s’écroule, des femmes et des hommes qui savent très bien, au fond d’eux, que leur mode de vie ne pourra perdurer, que tout va disparaitre, comme le jardin de l’hôtel emporté par les eaux tumultueuses du titre, eux mêmes seront très bientôt emportés par le vent de l’histoire, à moins qu’ils choisissent l’exil dans cette terre promise, la Palestine, qui hante toutes leurs conversations.

Tchekhov, donc, mais aussi Dostoïevski, et notamment "Le Joueur", pour cette façon très déterminée de se ruiner pour être bien sûr de gâcher toutes ses chances, pour être bien sûr que rien de ce qui a été donné aux héros de cette histoire ne pourra les sauver de leur damnation annoncée.

Tchekhov et Dostoïevski, donc, mais avec des personnages juifs qui ont un curieux rapport avec leur judéité, un rapport très ambigu, juifs quand ça les arrangent, c’est-à-dire assez peu, mais surtout juifs dans le regard des autres, y compris, avec les autochtones qui voudraient les sauver malgré eux, des catholiques si empreints de religion qu’ils ne comprennent pas comment on peut traiter la sienne avec si peu de considération.

Arnaud Laporte

-Nouvelles du New-Yorker, d'Ann Beattie (Christian Bourgois)

Lecture par Marie Richeux:

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Nouvelles du New Yorker
Nouvelles du New Yorker

Nous retrouvons un auteur dont nous avions parlé la saison dernière, à l’occasion de sa première parution en français. Il s’agit de l’américaine Ann Beattie, dont les éditions Christian Bourgois avaient publié un court roman, « Promenades avec les hommes », qui avaient réunis, je crois m’en souvenir, pas mal d’éloges autour de cette table.

Ce sont cette fois les « Nouvelles du New Yorker » que publient les éditions Bourgois, soit une sélection de 16 nouvelles parmi la quarantaine qu’Ann Beattie, née en 1947, a vu paraitre dans le prestigieux journal.

Le recueil respecte la chronologie de publication, car la première a été publiée dans le New Yorker en 1974, et la dernière en 2004.Et cela a toute son importance, car en lisant ces histoires qui sont essentiellement des récits de naufrages conjugaux, c’est aussi une histoire de l’Amérique contemporaine que nous lisons.Je me suis amusé, en lisant chacune des nouvelles, a essayer, avant sa dernière page, d’en deviner la date de publication, et à dire vrai je n’étais souvent pas loin, car l’air de rien, Ann Beattie glisse des indications temporelles très précises, et épouse parfaitement le contemporain, dans ce qu’il a de plus insidieusement inscrit dans nos vies, comme à notre insu. Certes, c’est un contemporain américain, mais pourvu que l’on soit un peu enclin à lire des romans américains, à voir des films américains, ou des séries télé américaines, on ne sera pas dépaysé.Pour le reste, la thématique centrale est hélas universelle, puisqu’il s’agit toujours, chez Ann Beattie, de la difficulté à faire couple, et plus encore à faire famille.

Arnaud Laporte

Ainsi que les coups de cœurs :

-de Nathalie Crom : Des livres et une rolls de Francis Scott Fitzgerald, traduction de Guillaume Villeneuve, préface de Charles Dantzig à paraître le 10 mai chez Grasset.

Des livres et une Rolls
Des livres et une Rolls

-de Karine Papillaud : Le Linguiste était presque parfait de David Carkeet (Ed. Monsieur Toussaint l'ouverture)

Le linguiste était presque parfait
Le linguiste était presque parfait

Sans oublier l’irremplaçable revue de presse culturelle d’Antoine Guillot.

Et le coup de fil passé à Jean-Marc Chotteau , directeur de La Virgule (Centre transfrontalier de Création Théâtrale de Mousson-Tourcoing) et créateur du projet "11-15" sur le thème de l'adolescence racontée par des élèves de 11 à 15 ans dans des écoles nordistes, wallonnes et flamandes.

Pastille introductive: Romain GARY

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