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couvertures "Rendez-vous à Positano", "Winter is coming" et "Endetté comme une mule"

Littérature: "Rendez-vous à Positano", "Winter is coming" et "Endetté comme une mule"

58 min
À retrouver dans l'émission

Au menu de cette Dispute littéraire: L'italie avec "Rendez-vous à Positano" de Goliarda Sapienza, le deuil d'un père avec "Winter is coming" de Pierre Jourde et les tribulations d'Eric Losfeld dans "Endetté comme une mule".

couvertures "Rendez-vous à Positano", "Winter is coming" et "Endetté comme une mule"
couvertures "Rendez-vous à Positano", "Winter is coming" et "Endetté comme une mule"

"Rendez-vous à Positano" de Goliarda Sapienza (Tripode)

Couverture "Rendez vous à Positano" Tripode
Couverture "Rendez vous à Positano" Tripode

« Au début de l’été 58, dix ans exactement après notre première rencontre et trois après la fameuse nuit ivre de confessions, de silences et de parfums, je reçus une carte postale géante de New York avec une vue nocturne de Manhattan (entre nous s’était instauré un championnat de ‘‘mauvais goût’’, qui consistait à dénicher ce qu’il y avait de pire, dans l’ancien comme dans le moderne, dans ce moyen de communication), où la petite écriture précise, un peu ostentatoirement démodée, de cette snob d’Erica, annonçait : ‘‘ Je t’attends en juillet à Positano, je suis heureuse ! Et je désire te faire connaître la cause de ce bonheur. Je me sens miraculée. Considère-moi comme une miraculée !’’ » Rendez-vous à Positano est un roman d’amour, un texte dédié à une femme et un lieu. Dans l’après-guerre, Goliarda Sapienza découvre un modeste village hors du temps, niché tout près de Naples : Positano. Elle y fait la connaissance d’Erica, une jeune femme qui allait devenir pendant près d'une vingtaine d'années une soeur d’âme. Longtemps après la disparition de son amie, en 1985, l’écrivaine décide de revenir sur cette histoire pour sauver de l’oubli ce qui fut balayé par le destin. Goliarda Sapienza (1924-1996) est née à Catane dans une famille anarcho-socialiste. Son père, avocat syndicaliste, fut l’animateur du socialisme sicilien jusqu’à l’avènement du fascisme. Sa mère, Maria Giudice, figure historique de la gauche italienne, dirigea un temps le journal Il grido del popolo (Le Cri du peuple). Romancière et poète sous son patronyme et sous le pseudonyme d'Eilahtan, la traductrice Nathalie Castagné a longuement étudié le chant qu'elle pratique encore. Elle a traduit de l'italien de nombreux auteurs et des livrets d'opéra.

"Winter is coming" de Pierre Jourde (Gallimard)

Couverture "Winter is coming" Gallimard
Couverture "Winter is coming" Gallimard

«Après coup, on ne peut pas s’empêcher de revenir sur les jours d’avant, comme pour prendre la mesure de son aveuglement d’alors. On se regarde ne pas savoir, on se regarde vivre alors que cela n’est pas encore arrivé, on s’étonne de ce fragile bonheur. Et ce sont tous les moments de la vie, toutes les joies, les naissances, les après-midi dans le jardin, les journées sur la plage, les histoires racontées le soir aux enfants, les photographies et les souvenirs du passé que vient rétrospectivement infecter de son venin le jour où l’on a su. Ta photographie d’enfant joyeux est celle, à jamais, d’un enfant qui va bientôt mourir.»

Un des trois fils de Pierre Jourde, Gabriel, est mort à vingt ans. Le récit évoque la dernière année de ce jeune homme plein de charme et de joie de vivre, doué pour les arts plastiques et la musique. La figure radieuse de «Gazou» hante le récit de la maladie : les anecdotes du bonheur enfui ponctuent l'élégie. Un texte poignant sur le deuil et l’amour paternel.

Poche:

"Endetté comme une mule" d'Eric Losfeld (Tristram)

Couverture "Endetté comme une mule" (Tristram)
Couverture "Endetté comme une mule" (Tristram)

Lire Éric Losfeld, c'est retrouver un Paradis perdu. Quand faire des livres s'apparentait à une guérilla, doublée d'une partie de rigolade. Lire Endetté comme une mule, c'est embarquer avec Losfeld sur un "grand huit". S'amuser avec Marcel Duchamp et Raymond Queneau. S'évanouir devant la porte d'André Breton. Boire à l'œil dans les cocktails de Gallimard et faillir en venir aux mains avec Hemingway. Déjouer la censure, être rattrapé par la censure. Donner ses lettres de noblesse à la littérature érotique et inventer le roman graphique. Publier Emmanuelle et Barbarella. Miser, gagner, perdre, se refaire. Écrire sous pseudo cinquante romans de gare (il faut bien vivre), mais être l'éditeur de trois cents livres (parmi lesquels beaucoup de chefs-d'œuvre). Qui dit mieux ? Publier en 2017 Endetté comme une mule, ou la passion d'éditer, c'est rappeler à une génération de lecteurs — mais aussi de jeunes libraires, journalistes ou écrivains — comment l'esthétique rebelle et culottée d'Éric Losfeld et de ses amis, fondatrice pour notre époque, a finalement triomphé. À égale distance des éditions de Minuit et de San Antonio : un classique.

Le Petit salon par Xavier Martinet

Tous les jours aux alentours de 21h20 les critiques de la Dispute passent au Petit Salon pour discuter d’un sujet de l’actualité culturelle – nouvelles têtes, polémiques, querelles esthétiques. À retrouver ici.

Programmation musicale :

♫: « Malena » Roberto Alagna

♫: “Winter is coming”Kid Atlaas

♫: « Quand on ne fait plus l’affaire » Raoul De Godewarsvelde

Chroniques

21H25
14 min

Le Petit Salon

Renouveau du roman de gare ou résurrection sélective ?
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