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Littérature: Tombé hors du temps et Les oeuvres de miséricorde

58 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir, la Dispute portera sur l'actualité littéraire avec les critiques suivants:

  • Philippe Delaroche (Lire)- Laurent Nunez (Magazine Littéraire)- Karine Papillaud (Le Point)sur les romans suivants:

- Tombé hors du temps , David Grossman (Seuil) Arnaud Laporte:

Il y a quelque chose d’extrêmement cinématographique dans cette œuvre. Je n’ai pu m’empêcher de penser aux morts-vivants du réalisateur Georges Romero qui pourrait filmer cela. Ce sont des morts-vivants qui parlent, ils sont entre la mort et la vie en même temps.

Il y a un imaginaire très fort qui s’imprime dans ces pages.

Philippe Delaroche :

Un parent endeuillé bascule de l’autre côté d’un mur. Il passe du mur poreux des vivants au mur du silence, hermétique. C’est ce dernier qui est décrit Grossman.

Ce qui est particulièrement réussi dans cette œuvre, c’est l’ouverture à toutes les interprétations possibles.

Le plus intéressant, c’est qu’il faut faire un effort dans ce livre qui a une atmosphère somnambulique, crépusculaire.

Le mot pour décrire cette œuvre, c’est surêment incandescence.

Laurent Nunez:

C’est un livre qui m’a beaucoup touché. David Grossman est hanté par cette problématique: comment parler de mon désœuvrement sans faire une œuvre.

Il invente une forme de litanie entre la prose et le poème. Il introduit de la fiction dans sa réalité. L’esthétisation est masquée.

C’est un livre très beau et très rare.

Karine Papillaud: J’aurai préféré ne pas lire ce livre, c’est un texte sur la douleur pure et je l’ai trouvé insoutenable. Parce que David Grossman est un immense écrivain, l’effet de ce long chant polyphonique est dangereux sur le plan émotionnel. Ses personnages sont des âmes errantes, abandonnées. Ce sont finalement les êtres survenus de l’au-delà qui, vers la fin du livre, réaniment la vie dans le livre. Il y a des pages sublimes qui disent le deuil dans l’exact ressenti humain. Ca en fait un livre totalement universel. Mais pour en dire un peu de mal quand même, sur le plan formel, je n’ai pas été sensible à la forme poétique qui apparente davantage le texte à du théâtre.

- Les œuvres de miséricordes , Mathieu Riboulet (Verdier) Arnaud Laporte:

Je lis avec beaucoup d’intérêt les romans de Riboulet depuis quelques années. Ce livre entrouvre beaucoup d’indications sur ce qui constitue l’univers mental et créatif de cet auteur.

Ce livre ne ressemble pas du tout aux précédents.

Il est d’une sincérité absolue dans son parcours.

Philippe Delaroche :

Je suis un néophyte de Matthieu Riboulet. D’un côté, je suis fasciné par son obsession, intrigué par sa poésie et d’autre part, je suis complètement dérouté par le prétexte.

Il y a un artifice qui me dérange et qui rend les choses incompréhensibles. On est dans une écriture qui nous happe alors que paradoxalement, il n’y a pas d’intimité. J’aimerais bien entrer dans le monde de Mathieu Riboulet mais sans effraction.

Laurent Nunez:

C’est un livre grave mais sûrement un peu trop à mon goût. Le détachement m’a manqué. Cependant, il m’a passionné car il m’a offusqué et étonné.

Il cède la place aux corps. Il d’essentialise. J’étais extrêmement admiratif car il écrit très bien.

Karine Papillaud:

J’ai été prise par l’une des interrogations récurrentes de l’auteur que je découvrais avec ce texte : comment se pose la main qui tue et celle qui aime et en quoi la mémoire impacte les corps ? Mais il n’y répond pas vraiment : Ce livre appartient peut-être plus aux sept demandes du Notre Père à travers le « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés» qu’aux oeuvres de miséricorde.L’érotisme très présent est plutôt un moyen de développer la question de la foi et du désir. Le livre veut mettre de la littérature sur les silences et en constater l’effet.

Les coups de coeurs:

Laurent Nunez:

- Les atticistes , Eugène Green (Gallimard)

Karine Papillaud:

  • Avant la chute , Fabrice Humbert, (Le Passage)

J’ai pris un grand plaisir à lire ce livre. C’est une histoire chorale avec comme noeud gordien, le Mexique. Avant la chute clôt un triptyque engagé avec L’Origine de la violence en 2009. La question morale y est centrale, à travers la violence humaine, le mal, les structures sociales. Ici la drogue est le sujet du livre et l’origine de la chute des personnages. L’auteur a une vraie filiation avec Dostoïevski. Fabrice Humbert a une vraie filiation avec Dostoïevski, il est aussi l’un des rares écrivains comme l’un capable d’écrire des romans encapsulent la profondeur de l’essai en leurs marges

Bien sûr, la revue de presse d'Antoine Guillot: Camus pas mort, Nimier réenterré.

Et le coup de fil de Seham Boutata à la conteuse Myriam Pellicane , dans le cadre de la journée "Faut-il raconter des histoire?" à la Cartoucherie de Vincennes le dimanche 28 octobre.

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