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"Deux mètres dix" de Jean Hatzfeld (© Electre), "Le Mars Club" de Rachel Kushner et "Trois fois la fin du monde" de Sophie Divry (© Electre)

Littérature : Le Mars Club, "la littérature est-elle vraiment là pour dénoncer des choses ?"

55 min
À retrouver dans l'émission

Au programme de La Dispute littérature, trois livres : "Trois fois la fin du monde" de Sophie Divry (Editions Noir sur Blanc), "Le Mars Club" de Rachel Kushner (Stock) et "Deux mètres dix" de Jean Hatzfeld (Gallimard). Grégoire Leménager partage son coup de cœur pour "Chroniques de Floréal".

"Deux mètres dix" de Jean Hatzfeld (© Electre), "Le Mars Club" de Rachel Kushner et "Trois fois la fin du monde" de Sophie Divry (© Electre)
"Deux mètres dix" de Jean Hatzfeld (© Electre), "Le Mars Club" de Rachel Kushner et "Trois fois la fin du monde" de Sophie Divry (© Electre)

"Trois fois la fin du monde" de Sophie Divry (Editions Noir sur Blanc)

"Trois fois la fin du monde" de Sophie Divry (Editions Noir sur Blanc)
"Trois fois la fin du monde" de Sophie Divry (Editions Noir sur Blanc)

Présentation de la maison d'édition : Après un braquage avec son frère qui se termine mal, Joseph Kamal est jeté en prison. Gardes et détenus rivalisent de brutalité, le jeune homme doit courber la tête et s’adapter. Il voudrait que ce cauchemar s’arrête. Une explosion nucléaire lui permet d’échapper à cet enfer. Joseph se cache dans la zone interdite. Poussé par un désir de solitude absolue, il s’installe dans une ferme désertée. Là, le temps s’arrête, il se construit une nouvelle vie avec un mouton et un chat, au cœur d’une nature qui le fascine.

Trois fois la fin du monde est une expérience de pensée, une ode envoûtante à la nature, l’histoire revisitée d’un Robinson Crusoé plongé jusqu’à la folie dans son îlot mental. Une force poétique remarquable, une tension permanente et une justesse psychologique saisissante rendent ce roman crépusculaire impressionnant de maîtrise.

L'avis des critiques :

C’est un petit livre que j’ai aimé lire parce qu’on y repense après. C’est finalement la fin du monde qui va le sauver. Cela raconte la manière dont cet homme va se reconstruire seul, puisqu’il ne peut le faire avec les autres. Cette fin du monde m’a fait de la peine, on voit comme on peut s’attacher aux animaux. Cela montre à quel point la société est en nous.  Laurent Nunez

J’ai toujours un peu de méfiance vis-à-vis des romans survivalistes. J’ai trouvé que la première partie était un peu convenue, elle m’a rappelée d’autres livres sur le sujet. Dans la seconde partie, il se retrouve seul et on a une atmosphère de jubilation. J’ai été pris par ce moment un peu élégiaque et poétique. C’est un livre qui m’a intrigué. Philippe Chevilley

Avec la prison, j’ai été sensible à la description très méthodique des lieux qui a quelque chose d’assez claustrophobe. Elle a un style fluide et élégant. Les dialogues toutefois sont assez terribles, sonnent faux. La dimension de parabole se révèle à la fin d’une jolie manière, pas trop appuyée, à partir de réflexions entre l’homme et la nature. La question de la solitude affleure avant de se poser de manière de plus en plus nette. On a une dialectique jamais résolue. C’est un joli petit roman. Grégoire Leménager

C’est un livre qui m’a totalement happé, j’avais toujours envie de savoir ce qui allait se passer. Je ne m’attendais pas vraiment à ce type de livre de sa part. Je trouve qu’elle ose des choses et qu’elle en réussit beaucoup. La partie polar est très étonnante. Ce sont des détails qui nous font ressentir et presque sentir l’air que Joseph hume. C’est aussi une sorte d’éveil à l’âge adulte. Arnaud Laporte

"Le Mars Club" de Rachel Kushner (Stock)

"Le Mars Club" de Rachel Kushner (Stock)
"Le Mars Club" de Rachel Kushner (Stock)

Traduction : Sylvie Schneiter

Présentation de la maison d'édition : Romy Hall, 29 ans, vient d’être transférée à la prison pour femmes de Stanville, en Californie. Cette ancienne stripteaseuse doit y purger deux peines consécutives de réclusion à perpétuité, plus six ans, pour avoir tué l’homme qui la harcelait. Dans son malheur, elle se raccroche à une certitude : son fils de 7 ans, Jackson, est en sécurité avec sa mère. Jusqu’au jour où l’administration pénitentiaire lui remet un courrier qui fait tout basculer.
Oscillant entre le quotidien de ces détenues, redoutables et attachantes, et la jeunesse de Romy dans le San Francisco de années 1980, Le Mars Club dresse le portrait féroce d’une société en marge de l’Amérique contemporaine.

L'avis des critiques :

Je n’ai pas été emballé par ce livre parce que j’ai trouvé ça très bien-pensant (et c’est bien la première fois que je prononce ce mot). La littérature est-elle vraiment là pour dénoncer des choses ? Si c’est le cas, elle perd une rugosité. J’avais l’impression d’être devant une sorte d’enquête de Michael Moore sur la pure dénonciation de la société. Laurent Nunez

Les histoires s’entrecroisent. J’ai trouvé qu’il y avait des passages forts bien écrits, une réelle empathie. C’est un livre radical qui s’efforce de démonter le système judiciaire américain. Ce qu’on ressent souvent aux Etats-Unis, c’est cette bureaucratie qui est retranscrite dans cette prison. Philippe Chevilley

J’ai été un peu désarçonné par ce livre qui nous plonge dans une prison. C’est une narration assez éclatée avec beaucoup de « flashbacks » nous racontant la jeunesse de cette femme à San Francisco. La grande force de Rachel Kushner, c’est l’empathie qu’elle a pour tous ses personnages, dont une humanité se dégage. Je me suis quelque fois un peu égaré dans cette prison. Il y a un déterminisme social placé sur ces personnages à la manière de Zola. Grégoire Leménager

Je trouve ce livre à l’évidence très bien documenté. Mais pour moi il a pour vocation d’être édifiant. Je ne le trouve pas bien écrit et d’une écriture qui n’est pas très heureuse dans les formules. On voit bien le projet de Rachel Kushner, celui de parler des femmes en prison. C’est pour moi une formidable enquête, mais la forme de roman me laisse un peu circonspect. Arnaud Laporte

"Deux mètres dix" de Jean Hatzfeld (Gallimard)

"Deux mètres dix" de Jean Hatzfeld (Gallimard)
"Deux mètres dix" de Jean Hatzfeld (Gallimard)

Présentation de la maison d'édition : « — 2,10 mètres, dit Sue.
— Oui, 2,10 mètres, alors?
— Depuis le temps, des filles l’ont passé?
— Non, j’ai entendu qu’elles se cognent toujours le nez dessus.
— Tu en dis quoi?
— Je ne sais pas. La barre nous attend.» 

Histoire de quatre sportifs de très haut niveau, entre les Jeux olympiques de 1980 et aujourd’hui : deux champions haltérophiles, un Américain du Missouri et un Kirghize ; deux sauteuses en hauteur exceptionnelles, une jeune Américaine et une Kirghize d’origine koryo-saram. Leurs rivalités sont mêlées d’admiration et d’incompréhension réciproques, parfois extrêmes, qui, des années plus tard, donneront lieu à des retrouvailles inattendues dans les montagnes kirghizes.
Jean Hatzfeld raconte l’univers sportif dans le contexte tendu de l’époque (guerre froide, déportations dans le bloc soviétique...) qui cabossera ses héros. Il porte aussi un regard très aigu sur les gestes des champions jusqu’à rendre poétiques les sauts en hauteur de Sue et Tatyana et leurs corps délivrés de la pesanteur. Les haltérophiles sont peints dans la puissance héroïque de leur musculature et de leurs rituels, telles des créatures fabuleuses.
Quatre destins qui se croisent, quatre portraits inoubliables.

L'avis des critiques : 

J’ai trouvé ce livre très beau pour mille raisons. Le sport n’est pas synonyme de guerre. Les deux filles portent un très beau regard sur leur jeunesse et sont par moment très touchantes. Il y a plein de belles petites choses, même si le récit flotte un peu. J’ai un problème avec les systèmes de puzzles narratifs. J’aurais peut-être aimé que cela soit plus rythmé. Grégoire Leménager

J’ai failli être très déçu par ce livre. J’en suis reparti assez épaté. Je me suis tout d’abord demandé où était la nouveauté. En fait il y a une façon chez Jean Hatzfeld de raconter le sport. Cela coule de source, c’est vraiment brillant. Tout passe très bien, jusqu’au titre qui est l’utopie, l’idéal. Personne n’a jamais atteint 2m10 chez les femmes en saut, c’est ce qu’elles vont s’efforcer de faire. Laurent Nunez

J'ai beaucoup aimé ce livre, c'est un beau roman de journaliste, une belle fable héroïque. On a une jolie variation sur la compétition sauvage est/ouest et une belle mise en abîme du système soviétique avec l'élimination de toute contestation. J'ai aussi eu la sensation qu'on reste un peu sur notre faim avec les haltérophiles. Philippe Chevilley

>> LE COUP DE CŒUR DE GRÉGOIRE LEMENAGER : "Chroniques de Floréal : 1922-1923" de Louis Guilloux (Héros-Limites)

"Chroniques de Floréal : 1922-1923" de Louis Guilloux (Héros-Limites)
"Chroniques de Floréal : 1922-1923" de Louis Guilloux (Héros-Limites)

Présentation officielle : Recueil des articles publiés dans l'hebdomadaire Floréal, fondé en 1919 par Aristide Quillet. L'écrivain croque la vie parisienne dans l'entre-deux-guerres et relate les événements importants qui ponctuent cette époque.

On a un petit provincial monté à Paris et qui écrit pour Floréal, un journal assez élégant et illustré. On voit Guilloux qui fait ses gammes. Il y a beaucoup de curiosité et une forme de légèreté chez ce jeune homme. Il y a quelque chose de très émouvant à voir ce fils de cordonnier qui va découvrir Paris et devenir le grand écrivain qu’on connaît aujourd’hui. Grégoire Leménager

Vos commentaires :

Avant et pendant l'émission, réagissez et donnez votre avis sur le compte Twitter et la page Facebook de la Dispute.

Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records)

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