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à gauche : l'album "Rebirth" de Farai et "Le Réalisme capitaliste" de Mark Fisher, à droite : l'exposition "Comédies musicales"

Musique : Comédies musicales, "c’est une exposition pour les néophytes"

56 min
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Ce soir, à l'occasion de la première Dispute de l'année, il sera question de l'exposition "Comédies musicales" à la Philharmonie de Paris, mais aussi de "Rebirth" de Farai. Les portes du Petit Salon s'ouvriront pour débattre des albums augmentés, avant un coup de cœur pour "Le Réalisme capitaliste".

à gauche : l'album "Rebirth" de Farai et "Le Réalisme capitaliste" de Mark Fisher, à droite : l'exposition "Comédies musicales"
à gauche : l'album "Rebirth" de Farai et "Le Réalisme capitaliste" de Mark Fisher, à droite : l'exposition "Comédies musicales"

Le Petit Salon de Boris Pineau : consacré aux albums augmentés

L'avis des critiques :

À propos de sa motivation pour « Epilogue », Orelsan déclarait qu’il n’avait peut-être « pas encore fini ce chapitre ». Un album augmenté est un objet assez étrange sur les plateformes numériques. Le fait d’acquérir le disque physique relève soit de la séance de rattrapage, soit du fan hardcore. L’album s’assume comme un objet à posséder, un objet de collection. Est-ce au sacrifice du concept-même d’album ? Boris Pineau

On a déjà vu les chansons des Beatles rééditées, ou Kanye West modifier des albums après leur sortie en streaming, je me demande si on ne s’est pas trompé sur l’objet album. Aujourd’hui, on considère un album comme une œuvre d’art faite en studio, or il a été autre chose avant, est autre chose après. Cela me rend un peu nostalgique de l’époque où l’objet disque était tout. Olivier Lamm

C’est peut-être par fétichisme, ou faute de savoir quoi offrir à Noël qu’on achètera cet objet augmenté. Pour moi, tout cela est très marketé et très opportuniste à l’heure des fêtes. Tout dépend ce qu’on fait de l’objet. Je trouve que dans le cas d’Orelsan, on est face à onze titres, dans une veine plus intéressante que les quatre titres d’Eddy de Pretto. Pascaline Potdevin

Beaucoup de jeunes ont absolument dissocié cet album d’Orelsan du premier, alors même que celui d’Eddy de Pretto relevait davantage de « l’album de Noël ». Quand j’ai découvert les albums de David Bowie, je ne connaissais pas ses bonus qui ressortent désormais en coffret à des prix faramineux. Les acheter me provoque une grande joie, je suis une espèce de fétichiste de l’album. Sophie Rosemont

"Rebirth" de Farai (Big Dada)

Présentation officielle : Le premier album de la chanteuse britanico-zimbabwéenne Farai, soutenue par le producteur Tøne, maintenant disponible chez Big Dada.

L'avis des critiques :

Jamais les influences caribéennes et africaines n’ont été si fortes dans les charts en Angleterre. J’aime bien ce disque d’une artiste qui a commencé comme poétesse. Elle faisait partie d’un collectif. Son EP est très étrange, sur un mélange d’ « ambiant » et de post-punk. On a des paroles très simplistes et scandées. On est sur quelque chose de très découpé. Olivier Lamm

C’est un disque où il ne se passe pas grand-chose, mais qui résonne très fort. On a des boucles abrasives, parfois des choses un peu plus organiques. Il n’y a pas grand-chose, les textes sont très « in your face », comme des slogans. Elle invective Elisabeth et Teresa May. On a un titre où elle passe à l’auto tune, ce qui lui permet de faire muter sa voix, de la rendre dérangeante. Pascaline Potdevin

J’ai été interpellée dès la deuxième écoute, notamment par ces citations. C’est un album qui se veut révolutionnaire et féministe. Elle partage d’ailleurs le prénom d’une activiste africaine. On comprend très vite que cet album est politique, mais aussi profondément sociétal avec une dimension incantatoire. Elle a une présence quasiment chamanique, j’ai été assez bouleversée. Sophie Rosemont

"Comédies musicales, la joie de vivre au cinéma" jusqu'au 27 janvier à la Philharmonie de Paris

Commissariat : N. T. Binh Directeur artistique et scénographe : Pierre Giner

Présentation officielle : De Fred Astaire à John Travolta, de Cyd Charisse aux héroïnes de Jacques Demy, de West Side Story aux objets virevoltants de La Belle et la Bête, un panorama en image et en musique pour découvrir la richesse et la diversité des comédies musicales.

L’exposition prend le parti d’immerger les visiteurs dans les films eux-mêmes, par des projections géantes, accompagnées de photographies et de documents rares. La scénographie a été confiée à Pierre Giner qui a imaginé un espace ouvert, faisant la part belle aux montages d’extraits thématiques peuplés de personnages qui dansent, de Fred Astaire à John Travolta, de Cyd Charisse aux héroïnes de Jacques Demy, de West Side Story aux objets virevoltants de La Belle et la Bête. Un panorama en musique pour découvrir la richesse et la diversité des comédies musicales. (...)

L'avis des critiques :

C’est une exposition très immersive. Ces immenses écrans panoramiques nous font entrer dans la comédie musicale. On en prend plein les yeux et on a une action qui bouge, qui chante, qui danse. Du point de vue de ce qu’on y apprend, je suis un peu restée sur ma faim. J’ai quand même bien aimé le côté « coulisses », on reste malgré tout émerveillé. Pascaline Potdevin

On a un aperçu de la mise en œuvre technique que nécessitaient ces films. Fred Astaire explique d’ailleurs sur un cartel, que la comédie musicale concentrait tous les moyens et savoir-faire à Hollywood. J’ai quand même un gros problème cognitif avec ces expositions dans lesquelles il faut picorer et regarder des écrans. Il y a aussi un problème de densité qui n’a pas de solution en soit. Olivier Lamm

C’est une exposition très chaleureuse, assez ouverte, avec une grande pièce centrale qui fait office de clou du spectacle. On a un mur sur lequel sont projetés différents micro-métrages thématisés. Les comédies musicales enrobent et c’est une exposition joyeuse, ce qui apparaît dès son sous-titre : « la joie de vivre du cinéma ». C’est une exposition pour les néophytes. Sophie Rosemont

>> LE COUP DE CŒUR D'OLIVIER LAMM : "Le Réalisme capitaliste : n'y a-t-il aucune alternative ?" de Mark Fisher (Editions Entremonde)

"Le Réalisme capitaliste : n'y a-t-il aucune alternative ?" de Mark Fisher (Editions Entremonde)
"Le Réalisme capitaliste : n'y a-t-il aucune alternative ?" de Mark Fisher (Editions Entremonde)

Traduction : Julien Guazzini

Présentation de la maison d'édition : Les coordonnées idéologiques et la logi­que cultu­relle de notre époque peu­vent se rap­por­ter au cons­tat sui­vant : il est plus facile d’ima­gi­ner la fin du monde que celle du capi­ta­lisme. Un sen­ti­ment répandu, diffus, selon lequel il s’agi­rait du seul sys­tème économique et poli­ti­que viable, et qu’il serait désor­mais impos­si­ble d’en ima­gi­ner une alter­na­tive cohé­rente et plau­si­ble. C’est ce que Mark Fisher nomme le « réa­lisme capi­ta­liste », qu’il se pro­pose de décryp­ter et de cri­ti­quer radi­ca­le­ment. En croi­sant théo­rie sociale et ana­lyse cultu­relle (cinéma, fic­tion, pop culture), l’auteur s’atta­che à diag­nos­ti­quer une conjonc­ture qui se donne de manière idéo­lo­gi­que comme post-his­to­ri­que. Mark Fisher s’atta­que aussi à la pro­li­fé­ra­tion de dis­cours et de repré­sen­ta­tions qui ren­voient aux rap­ports de domi­na­tion : ils pro­dui­sent un étouffement omni­pré­sent, depuis les chaî­nes d’assem­blage à l’ensei­gne­ment, en pas­sant par dif­fé­ren­tes patho­lo­gies ou affec­ta­tions socio-psy­chi­ques (la dépres­sion notam­ment), et bien évidemment par les divers sec­teurs de l’indus­trie cultu­relle. Autrement dit : c’est un hori­zon his­to­ri­que et social clô­turé sur la mar­chan­dise et ses effets d’alié­na­tion qu’il faut ici com­pren­dre, afin de pou­voir mieux en décons­truire l’effec­ti­vité.

Mark Fisher était un très grand critique, peut-être celui qui m’a le plus influencé dans ma vie de lecteur. Il est sur un versant plus théorique. C’est une lecture absolument essentielle si l’on veut comprendre ce que peut aujourd’hui la critique musicale. Il a initié des concepts, des manières de parler de la musique. C’est un livre assez fataliste, malgré des pistes de sortie à la fin. C’est un livre puissant, très court. Olivier Lamm

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Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

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