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en haut : "L'Elixir d'amour", Vittorio Grigolo (Nemorino) et Lisette Oropesa (Adina) (© Guergana Damianova / OnP), en bas : "Iolenta / Casse-Noisette" (© Agathe Poupeney, Opéra national de Paris)

Musique : Destination Rachmaninov, "une rencontre au sommet entre deux grands artistes"

55 min
À retrouver dans l'émission

Dans cette Dispute musique, il sera question de "L'Élixir d'amour" dirigé par Giacomo Sagripanti, "Iolanta / Casse-Noisette", tout juste sorti en DVD, ainsi que de "Destination Rachmaninov", concertos pour piano 2 et 4 de Daniil Trifonov. Mais aussi un coup de cœur pour "Melancholia".

en haut : "L'Elixir d'amour", Vittorio Grigolo (Nemorino) et Lisette Oropesa (Adina) (© Guergana Damianova / OnP), en bas : "Iolenta / Casse-Noisette" (© Agathe Poupeney, Opéra national de Paris)
en haut : "L'Elixir d'amour", Vittorio Grigolo (Nemorino) et Lisette Oropesa (Adina) (© Guergana Damianova / OnP), en bas : "Iolenta / Casse-Noisette" (© Agathe Poupeney, Opéra national de Paris)

"L'Elixir d'amour", jusqu'au 25 novembre à l'Opéra Bastille

De : Gaetano Donizetti Direction : Giacomo Sagripanti Mise en scène : Laurent Pelly

Présentation officielle : C’est un village perdu dans la campagne italienne. Une auberge posée sur une route que traverse parfois un chien. Rien d’autre. Ainsi va la mise en scène de Laurent Pelly. Un paysage si désertique que l’arrivée vrombissante du docteur Dulcamara fait sensation. Et pour cause ! On dit qu’il serait l’inventeur d’un mystérieux philtre d’amour… À l’opéra, les philtres d’amour provoquent parfois de terribles tragédies. Ils peuvent aussi être prétextes à cette comédie tendre où le sergent Belcore et le timide Nemorino se disputent le cœur de la belle Adina. Le décor est planté. En avant la musique – que Donizetti composa, selon ses propres dires, en quatorze jours !

Avec : Lisette Oropesa, Valentina Naforniţă, Vittorio Grigolo, Paolo Fanale, Étienne Dupuis, Gabriele Viviani, Adriana Gonzalez

L'avis des critiques :

Lisette Oropesa est une authentique belcantiste, ce qui est rare aujourd’hui. Elle a à la fois énormément d’agilité et une capacité à nuancer chaque note. On entend des inflexions et des couleurs qui varient. Elle a une présence en scène absolument charmante. Je pense qu’elle est partie pour faire une longue carrière. Grigolo a une voix presque latine. C’est peut-être sur l’aspect social des choses que cela manque d’aspérités. Emmanuel Dupuy

L’agilité vocale de Lisette Oropesa répond à une agilité du corps. Je suis moins convaincue par Vittorio Grigolo à la voix très riche, parfois trop pleine. Il me manque peut-être des aspérités dans la mise en scène et dans le jeu. Il y a des moments dans la musique qui justifieraient de sortir de ce régime-là. Les décors sont magnifiques, mais on reste dans quelque chose de très solaire, de très gai. Lucile Commeaux

Lisette Oroposa est une très jolie actrice, très naturelle, ainsi qu’une très bonne danseuse. On sent le plaisir qu’elle a à incarner les personnages. Avec Vittorio Grigolo, ils forment un couple fondant, craquant. C’est vraiment une Adina absolument merveilleuse. A la fin de l’acte I, on a un bel ensemble tout à fait Verdien. Peut-être manque-t-il une once de tendresse et de poésie. C’est quand même très réussi, notamment grâce à la direction. Emmanuelle Giuliani

"Iolanta / Casse-Noisette" en DVD chez Belair classiques

D'après : Piotr Illitch Tchaïkovski et "La Fille du roi René" de Henrik Hertz Direction : Alain Altinoglu Mise en scène : Dmitri Tcherniakov

Présentation officielle : Réunir pour la première fois depuis leur création l’opéra Iolanta et le ballet Casse-Noisette, deux chefs-d’œuvres de Tchaïkovski créés côte à côte un soir de décembre 1892 à Moscou, tel était le pari fou que le metteur en scène russe Dmitri Tcherniakov choisissait de relever pour le Palais Garnier au printemps 2016 : une production qui allait devenir un des événements majeurs de la saison de l’Opéra de Paris.

Avec une grande finesse, Tcherniakov renoue le dialogue entre ces deux œuvres et révèle leurs racines communes. Il nous rappelle ainsi que Iolanta comme Casse-Noisette sont avant tout des contes initiatiques, dans lesquels les héros découvriront l’amour comme l’adversité et la perte. Pour Casse-Noisette en effet, Dmitri Tcherniakov, avec l’aide des chorégraphes Sidi Larbi Cherkaoui, Edouard Lock et Arthur Pita, a su regarder au-delà des féeries que Marius Petipa a associées à cette musique, et n’hésite pas à transformer l’espace du rêve en un espace de cauchemar baigné de détresse et de solitude. C’est que Tchaïkovksi n’avait pas manqué de parsemer sa partition d’une mélancolie trop souvent négligée, lui que les sucreries du ballet lassait, et qui évoquait dans la Fée Dragée le souvenir d’une sœur disparue peu auparavant…

Pour assurer la continuité et la cohérence dramaturgique entre les deux œuvres, Tcherniakov module avec ingéniosité l’espace que lui fournit le Palais Garnier. L’occasion d’interroger par là-même la fonction et les enjeux du théâtre, ainsi que la particularité vertigineuse de ses liens avec la réalité qu’il cherche à nous faire oublier.

La soprano bulgare Sonya Yoncheva livre une interprétation flamboyante de la princesse aveugle Iolanta, et partage le plateau avec le ténor polonais Arnold Rutkowski et la basse ukrainienne Alexander Tsymbaliuk. Le chef d’orchestre français Alain Altinoglu conjugue ses forces à celles de l’Orchestre et des Chœurs de l’Opéra de Paris, tandis que le Ballet de l’Opéra de Paris, dont Marion Barbeau – une Marie rayonnante – et les Etoiles Stéphane Bullion et Alice Renavand, réinvente le ballet pourtant le plus célèbre du répertoire.

Avec : "Iolenta" - Sonya Yoncheva, Arnold Rutkowski, Alexander Tsymbalyuk, Andrei Jilihovschi, Vito Priante

Avec : "Casse-Noisette" - Marion Barbeau, Stéphane Bullion, Aurélien Houette, Nicolas Paul, Alice Renavand

L'avis des critiques :

On a un tout organique et cohérent bien que les ouvrages n’aient rien à voir. Il y a beaucoup d’effets théâtraux absolument sidérants dans cette mise en scène, les réactions émotionnelles des personnages sont intéressantes. A la fin de « Iolenta », les décors s’enchâssent jusqu’à ce qu’à la maison s’effondre. Je retrouve beaucoup de couleur et de lyrisme dans cette direction, un souffle. Emmanuel Dupuy

Quand on le voit en DVD, on a du mal à imaginer la soirée que cela va constituer, puisque c’est quand même très long. Quand le rideau s’ouvre, on voit surtout un sapin de Noël immense dans un tout petit salon. Très vite cela commence à ressembler à une prison ou à une chambre mortuaire. On a un jeu entre l’enfance et une forme de morbidité qui tend beaucoup. La transition qui était le gage, est parfaitement tenue et fluide. Lucile Commeaux

C’est une mise en scène où il se passe tellement de choses, où le spectateur est tout le temps sollicité. J’ai beaucoup plus apprécié le spectacle en le revoyant sur DVD. Le dispositif avec une absence de solution de continuité entre les deux et la dilatation du décor est absolument extraordinaire. Chaque clignement de paupières, chaque sourire ressort ce qui est très fort. En revanche la partie chorégraphique continue à ne pas me convaincre. Emmanuelle Giuliani

"Destination Rachmaninov" concertos pour piano 2 et 4 de Daniil Trifonov (Deutsche Grammophon)

Présentation officielle : A l'adolescence, Daniil Trifonov a beaucoup appris des enregistrements de Sergei Rachmaninov, un apprentissage qui a nourri le processus créatif de son dernier projet chez Deutsche Grammophon. Avec son nouvel album, Daniil Trifonov entame le cycle des très virtuoses concertos pour piano de Serge Rachmaninov, enregistré avec Yannick Nézet-Séguin à la tête du Philadelphia Orchestra – orchestre étroitement associé avec le compositeur et sa musique.

En effet, Rachmaninov lui-même avait enregistré ses concertos avec le Philadelphia Orchestra il y a plus de 80 ans. 'Départ', le premier volet du voyage intitulé 'Destination Rachmaninov ', réunit les concertos n° 2 et 4, aux côtés de transcriptions pour piano seul de la Partita en mi majeur de J.S. Bach.

L'avis des critiques :

J’ai pris une bonne claque. Peut-être plus encore que par la technique de Trifonov, j’ai été très impressionnée par l’orchestre. Dans le concerto numéro 4, la technique a un peu changé d’écriture. C’est assez splendide. En amont du romantisme qui précède Rachmaninov, je trouve ça très intelligent. Lucile Commeaux

On a du pianissimo qui n’est jamais languissant, gnangnan. On a du grand lyrisme, de grandes phrases. Il y a toujours une charpente. On a un côté très pulsatile et on entend ce son de Trifonov qui est absolument sublime. C’est de la plénitude absolue. Emmanuelle Giuliani

C’est tout simplement un rencontre au sommet entre deux grands artistes. Elle prend tout de suite la forme de l’évidence. On perçoit immédiatement une ampleur symphonique, ce n’est jamais sec, il y a au contraire un très grand lyrisme. C’est un tapis sonore somptueux. Il domine son sujet. Cela fait partie des œuvres qui sont techniquement les plus redoutables. Le pianiste et le chef parlent la même langue et se renvoient la balle. Emmanuel Dupuy

>> LE COUP DE CŒUR D'EMMANUELLE GIULIANI : "Melancholia", Les Cris de Paris, disponible en CD (Harmonia Mundi)

Présentation officielle : Dans les clairs obscurs d’un cabinet de curiosités musicales, au tournant des XVIe et XVIIe siècles, dix chanteurs dévoilent des œuvres d’avant-garde aux motivations mystérieuses, sujettes aux expériences les plus inattendues.

Figure inspiratrice de ce programme, Carlo Gesualdo, en proie à l’épouvante et à la culpabilité, incarne à lui seul toute cette part ténébreuse et énigmatique des ultimes heures de la Renaissance musicale.

Tout comme lui, Orlando Gibbons, William Byrd ou encore Luca Marenzio ont privilégié l’expression de la mélancolie pour écrire des motets et madrigaux d’une incroyable modernité, véritables laboratoires d’audaces harmoniques et vocales.

Avec : William Byrd, Carlo Gesualdo, John Wilbye, Orlando Gibbons, Thomas Tomkins, Thomas Weelkes, John Bennet, Luca Marenzio, Luzzasco Luzzaschi

Premier disque des Cris de Paris, c’est un excellent ensemble. Il s’agit d’un programme composé d’œuvres italiennes et anglaises. On a un disque merveilleusement enregistré et merveilleusement composé. On commence de manière assez classique avec l’anglais qui évoque les nuits Shakespeariennes avant que cela ne se resserre. C’est magnifique. Emmanuelle Giuliani

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Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records)

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