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En haut : Eminem ; en bas à gauche : Marquis de Sade ; en bas à droite : Jim James

Musique : "Leur radicalité scénique n'a rien perdu de sa superbe"

55 min
À retrouver dans l'émission

Musique ce soir, avec le "Revival" d'Eminem", la captation du concert de Marquis de Sade le 16 septembre 2017 à Rennes, et "Tribute 2" de Jim James.

En haut : Eminem ; en bas à gauche : Marquis de Sade ; en bas à droite : Jim James
En haut : Eminem ; en bas à gauche : Marquis de Sade ; en bas à droite : Jim James Crédits : Caroline records, ATO records

Revival, Eminem (Aftermath, Shady, Interscope)

Présentation officielle : Après quatre ans d’absence, Eminem annonce son retour avec “Walk On Water”, le premier single de son nouvel album “Revival”. Ce titre marque la première collaboration du rappeur avec Beyoncé. 

Eminem a interprété ce morceau en ouverture de l’édition 2017 des MTV European Music Awards et sur le plateau du Saturday Night Live. Il s’est retrouvé #1 sur iTunes sur 22 territoires et cumule plus de 100 millions de streams à ce jour. 

Eminem revient plus énervé que jamais avec “Untouchable”, un nouveau titre disponible qui annonce l’ouverture de la précommande de l’album, à une semaine de sa sortie.
Mise à part Beyoncé, “Revival” voit Eminem collaborer avec Ed Sheeran, Alicia Keys, Pink, X Ambassadors, Skylar Grey, Phresher et Kehlani.

Ses chansons politiques s'adressent à l'Amérique de Trump. Pascaline Potdevin

Est-ce qu'on a envie de voir Eminem gagner en maturité ? Pas sûr. Hugo Cassavetti

Le Eminem politiquement engagé est gênant. Je préfère ses retours sur sa vie personnelle. Mathilde Serrell

16-09-17, Marquis de Sade (Caroline International)

Présentation officielle : C’est l’histoire d’un geste suspendu. Un geste qui n’attendait pas forcément de résolution, et qui aurait pu rester en l’état, dans un entre-deux. 36 ans après avoir été coupé dans son élan, il a toutefois repris sa trajectoire, sans avoir perdu de sa grâce, ni de sa nécessité.

La chose est rare. En musique, on connait surtout des enchanteurs d’hier qui reviennent nous annoncer que la fête est finie. Il semblerait qu’on en veuille souvent à nos souvenirs. Et ceux qui nous ont jadis nourris, transportés, sont parfois les premiers fossoyeurs de la magie d’antan.

Etrangement, je n’ai pas craint une seconde que ce soit le cas avec Marquis de Sade. Je n’ai pas éprouvé le scepticisme habituel à chaque annonce de reformation. Quand j’ai appris qu’ils revenaient aux affaires le temps d’un concert, mon premier réflexe a été le bon : j’ai pris ma place.

Pas tant pour faire les yeux doux à ma jeunesse enfuie que pour savoir enfin ce que « ça » faisait de recevoir frontalement ce son là, ces chansons là, en direct.

Marquis de Sade a toujours été un groupe intimidant. Il était finalement plus simple de se raccrocher aux émanations de celui-ci après sa dissolution, Marc Seberg dès leur second album ou Octobre : leurs répertoires respectifs étaient moins âpres, plus aimables pourrait-on dire. Mais la trace laissée était indélébile. On en parlait comme de notre Velvet à nous. On regardait d’un autre œil ceux qui nous disaient les avoir vus sur scène. La ferveur était intacte. Je me souviens d’une chronique de Philippe Manoeuvre parlant de gens qui avaient acheté les disques de Marquis de Sade rien que pour le nom du groupe. On en était là, oui.

Absent, le Marquis ? Ce n’est pas ce que nous disaient nos oreilles quand on tombait sur une vidéo du groupe, qu’on entendait un de leurs morceaux ; il était d’une époque, évidemment, mais jamais on ne pensait qu’il fût « daté ». L’intensité n’a pas d’âge.

Alors le 16 septembre 2017 à Rennes, on eût finalement moins le sentiment de retrouvailles impromptues ou trop longtemps différées, que d’une évidence : le geste méritait une suite, depuis toujours. Et que ce fût un nouveau départ ou une fin en soi n’importait pas. L’essentiel était que ça se produise, et que l’attente ne soit pas déçue.

Tous ceux qui étaient là vous le diront : nous avons ce soir-là été emmenés par Marquis de Sade bien au-delà des attentes. D’abord du fait de la grâce des chansons elles-mêmes, tant celles de « Dantzig

Twist » que celles de « Rue de Siam », qui ont conservé leur pertinence et leur tranchant. Tant dans les moments de tension (« Henry », « Conrad Veidt »…), que dans les passages plus atmosphériques (« Silent world », « Rue de Siam », une veine qu’on rêverait de voir le groupe creuser, si d’aventure…), la qualité et la modernité de leur écriture frappaient à nouveau les esprits.

Le groupe n’a pas été en reste, d’une cohésion étonnante, convoquant comme hier Television,

Pere Ubu ou les Talking Heads ; les guitares de Franck Darcel avec Tox Géronimi en renfort, la section rythmique d’Eric Morinière et Thierry Alexandre, et le sax de Daniel Pabeuf ont dialogué avec le même à propos, la même absence de complaisance qu’avant. Et puis, bien sûr, il y a Philippe Pascal. A la voix et au magnétisme inaltérés. Dire de lui qu’il est habité serait peu : pour paraphraser Bashung, il est « noir de monde ». Empli de cette humanité sensible jusque dans l’émouvante et sobre dédicace aux amis disparus. Avec cette pudeur que les imbéciles, accoutumés à la démagogie scénique lambda, ont toujours confondu avec de la froideur.

Il m’est arrivé à plusieurs reprises de croiser Philippe, et je ne pouvais à chaque fois m’empêcher de lui demander quand il comptait « revenir ». Il me répondait immanquablement avec une fermeté pleine de courtoisie que la musique réclame qu’on lui accorde toute la place et que pour l’heure, la place était prise. C’est une idée de l’engagement, qui est celle du groupe dans son ensemble.

L’enregistrement du concert du Rennes en rend bien compte : on ne joue pas « ça » comme ça, avec cette force et ce soin porté au visuel, projections vidéo et lumières de haute volée à l’appui, sans être pleinement investi, sans que le don soit total. A mille encablures de la dictature contemporaine du « cool », d’un détachement prétendument de bon aloi. En même temps qu’une certaine idée de l’élégance.

Cette élégance que Marquis de Sade injecta un jour dans le rock en France, à une époque où celui-ci en était si peu pourvu. Et qu’il réinjecte aujourd’hui encore via son concert, et cet enregistrement live, réactivant un répertoire dont l’éclat a sans doute, avec le recul, galvanisé ses propres créateurs.

On se plaira à penser qu’ils en ont été les premiers surpris, voire troublés, et que ce trouble a sa part dans la fraîcheur de la revisitation. Etre dépassé par ce qu’on a écrit, joué : il n’est pas de meilleur ressenti pour un artiste, ni de preuve plus tangible d’une nécessité. 

Dominique A

Leur radicalité scénique n'a rien perdu de sa superbe.

Leur proposition esthétique est forte et fulgurante. Mathilde Serrell

Ce qui paraissait pompeux et prétentieux à l'époque fait leur force aujourd'hui. Hugo Cassavetti

J'avais peur de me confronter à la réalité de ce mythe vivant. Pourtant, le groupe est coincé dans une bulle poétique fascinante. Pascaline Potdevin

Tribute to 2, Jim James (ATO records)

Après avoir sorti l'album engagé Eternally Even en 2016, Jim James, le leader du groupe My Morning Jacket, revient avec Tribute To 2 à paraître sur ATO. L'album est une compilation de 11 reprises toutes centrées sur l'espoir; effaçant les frontières du temps et des genres musicaux, James interprète des chansons qui ont marquées l'histoire du 20ème siècle, de Ray Noble à Diane Izzo. 

Jim James avec ce projet montre encore une fois à quel point il est prolifique. En constante recherche de nouveauté, il a déjà offert sa contribution à certains des albums de David Lynch, produit ceux de Basia Bulat et Ray Lamontagne ou encore participé en 2016 à la mission Juno de la NASA.

Jim James ne vit que par la musique ; ses chansons prennent ainsi une valeur particulière. Hugo Cassavetti

On a l'impression qu'il essaie de constituer un "Great American Song Book". C'est un disque plein de ferveur mais j'ai l'impression d'entrer dans un musée. Pascaline Potdevin

Il nous livre un commentaire intéressant de ses chansons préférées mais l'album est impossible à écouter du début à la fin car certaines pistes sont ratées. Mathilde Serrell

C'est un album de reprises réussi car le néophyte pourrait croire que ce sont des inédits. Arnaud Laporte

Interludes musicaux

  • I Just Wasn't Made For These Times, Jim James
  • Brouillard définitif, Marquis de Sade
  • Framed, Eminem

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