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Cargo Cult, 1966-72, Maison collective proche de la mission catholique du rio Catrimani, Roraima, pellicule infrarouge, 1976, Danse / La Bête, un conte moderne

Photo : "Claudia Andujar : la lutte Yanomami", "Le supermarché des images", "La bête, un conte moderne de Yasmina Benabderrahmane"...

54 min
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Au sommaire de cette Dispute arts plastiques, 3 expositions : "Claudia Andujar : la lutte Yanomami" à la Fondation Cartier pour l'art contemporain, "Le supermarché des images" au Jeu de Paume, "La bête, un conte moderne de Yasmina Benabderrahmane" et le coup de ♥ de Corinne Rondeau pour "Drapé"...

Cargo Cult, 1966-72, Maison collective proche de la mission catholique du rio Catrimani, Roraima, pellicule infrarouge, 1976, Danse / La Bête, un conte moderne
Cargo Cult, 1966-72, Maison collective proche de la mission catholique du rio Catrimani, Roraima, pellicule infrarouge, 1976, Danse / La Bête, un conte moderne Crédits : Martha Rosler, Claudia Andujar, Yasmina Benabderrahmane

"Claudia Andujar : la lutte Yanomami" quand l'art et le militantisme se mêlent pour la défense d'un peuple

Susi Korihana thëri au bain, pellicule infrarouge, Catrimani, Roraima, 1972-1974.
Susi Korihana thëri au bain, pellicule infrarouge, Catrimani, Roraima, 1972-1974. Crédits : Claudia Andujar

La Fondation Cartier pour l’art contemporain présente la plus vaste exposition jamais consacrée à l’œuvre de la grande photographe brésilienne Claudia Andujar qui, depuis les années 1970, dédie sa vie à la photographie et à la défense des Yanomami, peuple amérindien parmi les plus importants de l’Amazonie brésilienne.

Fruit de plusieurs années de recherche dans les archives de la photographe, cette exposition, conçue par Thyago Nogueira pour l’Instituto Moreira Salles au Brésil, présente son œuvre à travers plus de 300 photographies en noir et blanc ou en couleur dont un grand nombre d’inédits, une installation audiovisuelle ainsi que des dessins réalisés par des artistes Yanomami et des documents historiques. Reflétant les deux versants indissociables de sa démarche, l’un esthétique, l’autre politique, elle révèle à la fois la contribution majeure de Claudia Andujar à l’art photographique et le rôle essentiel qu’elle joue en faveur de la défense des droits des Indiens Yanomami et de la forêt qu’ils habitent.

L'avis des critiques

« Il n'est pas question de documentaire mais de l'existence au milieu des Yanomami. Les dimensions hallucinatoires que l'on a dans les photographies ne sont pas une captation du délire : Claudia Adujar est dans le délire. Lorsque les Yanomami disent que les esprits s'alimentent des chamanes par la poudre hallucinogène, elle s'alimente de cet échange. Je trouve donc Claudia Andujar à l'endroit juste quand elle dit qu'elle milite. » Corinne Rondeau

« Claudia Andujar est une extraordinaire photographe parce que pour elle, le fond compte autant que la forme. Elle ne cherche pas à montrer ce qu'elle voit mais ce que les Yanomami vivent et ressentent. Pour cela, elle va utiliser absolument toutes les possibilités du médium, et même en inventer. » Yasmine Roussi

« Une partie de la famille de Claudia Andujar a été déportée dans les camps nazis. Elle arrive à l'adolescence, à l'âge adulte avec ce souvenir là. Aujourd'hui cette vieille dame a vraiment conscience d'un retour de l'histoire, d'un génocide à un autre : celui de l'Europe des années 1940 et celui des Yanomami à partir de la dictature militaire des années 1970 et qui perdure aujourd'hui. On sent qu'elle est en train de sortir de l'histoire pour nous montrer, par la puissance de l'image, que l'histoire n'est pas un processus linéaire mais qu'il se répète encore et encore. » Ingrid Luquet-Gad

"Le Supermarché des images", un regard incisif sur l'image de l'économie et l'économie de l'image

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Nous habitons un monde de plus en plus saturé d’images.

Leur nombre connaît une croissance tellement exponentielle – aujourd’hui plus de trois milliards d’images partagées chaque jour sur les réseaux sociaux – que l’espace de la visibilité semble être littéralement submergé. Comme s’il ne pouvait plus contenir les images qui le constituent. Comme s’il n’y avait plus de place, plus d’interstices entre elles. On s’approcherait ainsi de la limite que Walter Benjamin, il y a un siècle déjà, imaginait sous la forme d’« un espace à cent pour cent tenu par l’image ».

Les œuvres choisies pour « Le supermarché des images » posent un regard incisif et vigilant sur de tels enjeux. D’une part, elles réfléchissent les bouleversements qui affectent aujourd’hui l’économie en général, qu’il s’agisse de stocks aux dimensions inouïes, de matières premières raréfiées, du travail et de ses mutations vers des formes immatérielles ou encore de la valeur et de ses nouvelles expressions, notamment sous forme de cryptomonnaies. Mais, d’autre part, ces œuvres interrogent aussi le devenir de la visibilité à l’ère de l’iconomie globalisée : entraînée dans des circulations incessantes, l’image – toute image – nous apparaît de plus en plus comme un arrêt sur image, c’est-à-dire comme une cristallisation momentanée, comme l’équilibre provisoirement stabilisé des vitesses qui la constituent.

Dans le supermarché qui s’expose ici, en somme, les images de l’économie parlent chaque fois de l’économie de l’image. Et vice versa, comme si elles formaient un recto-verso.

L'avis des critiques :

« Les idées et références présentes dans cette exposition sont très datées. L'idée que la photographie est le produit d'un discours et que l'image est toujours impliquée dans un trafic économique, ça a quarante ans ! Quand il utilise le mot de "machine", j'ai envie de dire stop : on n'est plus au siècle de Walter Benjamin ! » Corinne Rondeau  

« J'ai rien compris. Et ce qui m'a le plus gênée, c'est la pauvreté et le peu d'intérêt des œuvres. On a ici une exposition qui s'appelle Le supermarché des images et quelle est l'une des premières œuvres à laquelle vous êtes confrontées ? Le caddie doré de Sylvie Fleury. C'est juste le degré zéro de ce que l'on peut vous montrer. Il faut vraiment avoir une très mauvaise connaissance de l'art contemporain, de la photographie, et de l'art en général pour oser présenter cela comme une immense  réflexion. » Yasmine Roussi

« J'ai trouvé cette exposition très littérale, c'est un peu le symptôme de l'exposition de philosophes, faites de concepts qui, a trop vouloir démontrer oublie de montrer des choses. Tout m'a paru à la fois très ringard et très daté, mais il y a en même temps un anachronisme total qui se rajoute, et les sujets sont finalement toujours traités de manière très littérale. » Ingrid Luquet-Gad

"La bête, un conte moderne de Yasmina Benabderrahmane", entre tradition et modernité marocaine

Khôl / La Bête, un conte moderne
Khôl / La Bête, un conte moderne Crédits : Yasmina Benabderrahmane / ADAGP, Paris, 2020

C’est une histoire entre deux rives, celle du Maroc d’hier où les matières sont à ras de la terre et des corps, et celle d’aujourd’hui, entre béton et rocailles. Depuis 2012, Yasmina Benabderrahmane traverse les dunes et les plaines de son pays d’origine qu’elle tente d’apprivoiser par l’image, après quatorze ans d’absence.

Dans la vallée du Bouregreg, un nouveau centre culturel, théâtre et musée archéologique, chantier pharaonique du roi, semble une bête couchée, figure d’une modernité en cours qui ronge le paysage et change, peu à peu, la physionomie d’un pays ancestral. La « Bête » ne dort pas, elle gonfle, ronfle et s'installe, grossit de jours en jours et impose son architecture aux allures de carapace. Plus loin, sur les pentes désertiques, calleuses, pelées de l'Atlas sommeillent des villages pavés de temps mort, de traditions que l’on se passe de mains en mains, et où on peut encore entendre la voix adoucie du bouche à oreille et des contes qui rassemblent les familles le jour de l'Aïd.

« J’ASPIRE À MONTRER CE QUE L'ON NE VOIT PAS ET À DÉTOURNER CE QUE L’ON VOIT. » — YASMINA BENABDERRAHMANE

Yasmina Benabderrahmane nous invite à suivre le chemin qui serpente entre ces deux mondes. Son travail est habité par son histoire familiale, entre métaphore et fragments bruts. Il y a l’Oncle, d’abord, géologue, responsable de la « Bête »  de la vallée de Bouregreg, garant des sols et de la mémoire, et il y a la Grand-mère, un peu plus loin, à Chichaoua, qui boucle le temps et tresse les coutumes, entre henné et viscères.

De ces espaces et de ces corps familiers où se joue l’histoire contrariée du Maroc contemporain, Yasmina Benabderrahmane cherche à s’approcher du détail et des matières, des mains qui façonnent, qui agissent ou reproduisent, au fil des âges, les mêmes gestes. Dans les soubresauts saccadés de la pellicule, l'œuvre de Yasmina Benabderrahmane nous invite à une histoire marocaine minérale et instinctive, où les pierres dégoulinent et le sang caille, et où le regard de l’artiste se pose sur l’intimité du temps qui gît, passe et se retourne. - Adrien Genoudet, co-commissaire -

L'avis des critiques

« Ses films sont "filmés-montés", c'est-à-dire que le montage se fait en même temps qu'elle filme. Cette manière particulière révèle une grande beauté dans la filiation entre cette grand-mère qui est le corps, cet oncle qui est la terre et cette nièce qui est la pellicule. Yasmina Abderrahmane fait porter cette mémoire à l'intérieur de sa propre fabrique : il y a en elle le rite et le filmage. » Corinne Rondeau

« C'est plus une installation qu'une exposition. L'aspect documentaire est totalement évacué et tout apparaît artificiel. D'un point de vue plastique, il n'y a pas grand chose qui est apporté, c'est beau mais ça ne va pas au delà des choses que je peux avoir déjà vues. » Yasmine Roussi

« J'ai trouvé qu'il y avait une espèce de formalisation à l'extrême du travail, qui résulte peut-être d'un tropisme très occidental, très français. On sait que les printemps arabes ont intégralement été vécus par l'image et pour l'image. Je trouve très dommage qu'ici on n'ait pas la mesure de cette révolution. » Ingris Luquet-Gad

♥ Le coup de coeur ♥ de Corinne Rondeau pour l'exposition "Drapé : Degas, Christo, Michel-ANge, Rondin, Man Ray, Dürer..."  jusqu'au 8 mars au Musée des Beaux Arts de Lyon

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