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"Le bonheur", "Cléo de 5 à 7", "Jane B. par Agnès V.", "Les Plages d'Agnès" (© Ciné-Tamaris et AFP)

Dispute spéciale : Agnès Varda

55 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir, La Dispute bouleverse ses programmes pour se consacrer à la réalisatrice Agnès Varda. Décédée aujourd'hui, la cinéaste, l'une des pionnières de la Nouvelle Vague, était notamment connue pour "Cléo de 5 à 7", "Sans toit ni loi" ou encore "Les Plages d'Agnès".

"Le bonheur", "Cléo de 5 à 7", "Jane B. par Agnès V.", "Les Plages d'Agnès" (© Ciné-Tamaris et AFP)
"Le bonheur", "Cléo de 5 à 7", "Jane B. par Agnès V.", "Les Plages d'Agnès" (© Ciné-Tamaris et AFP) Crédits : Ciné-Tamaris - AFP

Décédée ce vendredi à l'âge de 90 ans, Agnès Varda, était l'une des rares femmes cinéastes de sa génération. Photographe et plasticienne, auteure de fiction et de documentaire, elle était l'une des icônes de la Nouvelle Vague. 

Depuis "La Pointe courte" jusqu'à "Visages, villages" en passant par "Cléo de 5 à 7" et "Sans toit ni loi" , la carrière de la réalisatrice a profondément marqué le cinéma. La Dispute vous propose ce soir non pas une hagiographie, mais un retour critique sur son oeuvre en quatre points : 

Agnès Varda et le féminisme

Son travail a été de faire accepter qu’elle était avant tout une cinéaste et de faire oublier qu’elle était une femme. Quand on relit les premiers articles dans la presse à la sortie de « La pointe courte » et « Cléo de 5 à 7 » il y a des commentaires terribles. On parle d’un « travail de dame ». Il y avait quelque chose de très méprisant et condescendant dans le fait qu'elle  soit une femme. Bernard Bastide 

Je pense que son identité féminine influe énormément sur son oeuvre, et ce peut-être, presque à son corps défendant. Dans les personnages qu’elle crée, et notamment chez Cléo, on a des figures de femme qui ne sont pas posées comme des objets et surtout pas des objets de désir. On suit la déambulation de Cléo mais on partage sa contemplation. Nous ne sommes pas là pour la contempler comme une « femme faisant de jolies choses » selon la formule de Truffaut. Florence Colombani

Ce rapport féministe doit aussi se penser dans sa manière de fabriquer des films, liée à Ciné-Tamaris. J’ai eu la chance de travailler avec elle sur ses photographies pendant plusieurs mois. On n'était quasiment que des filles. Elle nous transmettait cette volonté de prise de conscience en tant que femme. Céline Gailleurd

Agnès Varda et la Nouvelle Vague

"La pointe courte" (Crédits: Agnès Varda)
"La pointe courte" (Crédits: Agnès Varda)

Elle disait qu’elle avait vu très peu de films avant sa rencontre avec Alain Resnais. Elle n’était pas du tout une cinéphile et n’avait pas été formée comme les jeunes gens de la Nouvelle Vague. Elle venait de la littérature. Florence Colombani

Les prix reçus par Agnès Varda, plutôt marginaux, disent quelque chose du statut des femmes mais aussi de son rapport au cinéma qui n’est pas un rapport cinéphile. Elle fait cinéma de tout mais on pourrait dire l’inverse. Il n’y a pas le médium cinéma qui transcenderait cet agglomérat de photos, de textes, etc. Il me semble qu’elle reste jusqu’au bout un peu en dehors de cette histoire du cinéma. Cela expliquerait peut-être son manque de reconnaissance. Charlotte Garson

Agnès Varda et le documentaire

Avec « Sans toit ni loi», on sent déjà cet aller-retour permanent entre le documentaire et la fiction. On sent à quel point elle s’attache aux lieux de tournage et aux accents régionaux. La matérialité est au coeur de son travail, de son cinéma puis de ses installations. Céline Gailleurd

Avec le "documentaire subjectif", elle avait toujours ce goût de questionner les autres et son rapport aux autres. Ce n’était pas uniquement se focaliser sur son égo mais questionner son rapport au monde à travers sa personne. Bernard Bastide

A la fin des années 1960 - début des années 1970, elle fait des films décisifs du point de vue documentaire. Elle enregistre la réalité américaine. C’est une posture traditionnellement d’homme, d’observateur du réel. Ce sont des images exceptionnelles car elle filme des images rares mais aussi parce qu'elle va là où personne n’ose véritablement aller.  Florence Colombani

Le cinéma d'Agnès Varda : des héritiers ?

Je ne vois pas d’héritier mais des femmes cinéastes qui s’en revendiquent, notamment aux Etats-Unis. Agnès Varda reste un cas singulier avec cette économie très particulière et sa capacité à générer sa propre forme sans trop se soucier de rentrer dans une case.  Florence Colombani

Il faudrait imaginer quelqu’un qui possède son propre outil de production. Avoir forgé cet outil a donné à Agnès Varda une très grande liberté. Bernard Bastide 

On peut plutôt penser à des frères et à des soeurs. Evidemment Jean-Luc Godard en Suisse, Eric Rohmer qui a réussi à garder une petite structure pour faire ses films, et aussi Chantal Akerman, grand objet d’étude pour les Américains et les Anglais. Les héritiers seraient plutôt des gens de sa génération que des personnes de la génération d’après. Charlotte Garson 

Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

Intervenants
L'équipe
Production
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