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en haut : "Sopro" (© Filipe Ferreira), au milieu : "Le Syndrome du banc de touche" (© Pauline Le Goff), en bas : "Dans la luge d'Arthur Schopenhauer" (© Pascal Victor / ArtcomPress)

Spectacle vivant : Sopro, "il est difficile de ne pas aimer ce spectacle"

55 min
À retrouver dans l'émission

Au sommaire de cette Dispute spectacle vivant : "Dans la luge d'Arthur Schopenhauer" de Yasmina Reza à La Scala Paris, "Sopro" de Tiago Rodrigues et "Le syndrome du banc de touche" de Léa Girardet. Marie Sorbier partage son coup de cœur pour "Quasi Niente" de Deflorian et Tagliarini.

en haut : "Sopro" (© Filipe Ferreira), au milieu : "Le Syndrome du banc de touche" (© Pauline Le Goff), en bas : "Dans la luge d'Arthur Schopenhauer" (© Pascal Victor / ArtcomPress)
en haut : "Sopro" (© Filipe Ferreira), au milieu : "Le Syndrome du banc de touche" (© Pauline Le Goff), en bas : "Dans la luge d'Arthur Schopenhauer" (© Pascal Victor / ArtcomPress)

"Dans la luge d'Arthur Schopenhauer", jusqu'au 24 novembre à La Scala Paris

"Dans la luge d'Arthur Schopenhauer" (© Pascal Victor / ArtcomPress)
"Dans la luge d'Arthur Schopenhauer" (© Pascal Victor / ArtcomPress)

De : Yasmina Reza Mise en scène : Frédéric Bélier-Garcia Scénographie : Jacques Gabel

Présentation officielle : Jouée dans le monde entier, l’oeuvre de Yasmina Reza ne cesse de séduire le public du théâtre et les amoureux de la littérature. Depuis sa première pièce en 1987, Conversations après un enterrement, qui connut un succès immédiat, elle peaufine un style très singulier qui n’a d’autre but que de pourfendre, sur un mode aussi espiègle que lucide, la douleur et l’ennui, les deux meilleurs ennemis du bonheur humain que décrivait le philosophe allemand Schopenhauer dans Aphorismes sur la sagesse dans la vie. _Dans la luge…_est une nouvelle preuve de cet acharnement. Ici, Ariel Chipman est un universitaire qui a enseigné toute sa vie Spinoza, donc une vision optimiste de l’existence. Mais sa vie ordinaire a fini par le convaincre de la vanité de cette vision. Le voici donc entraîné « dans la luge de Schopenhauer » qui avait lui une vision pessimiste de notre humanité. Un texte brillant de Yasmina Reza, servi par un quatuor de comédiens exceptionnels : Yasmina Reza elle-même, dans le rôle de Nadine Chipman, qui raconte à son ami Serge Othon Weil (Jérôme Deschamps) le triste état de son mari, Ariel Chipman (André Marcon) dont le sort est placé entre les mains d’une psychiatre (Christèle Tual, magnifique Frosine ce printemps dans L’Avare, de Molière, mis en scène par Ludovic Lagarde à L’Odéon-Théâtre de l’Europe).

« Un espace, et pas n’importe lequel », par Yasmina Reza

« Tandis que j’écrivais Dans la Luge d’Arthur Schopenhauer, au départ sans autre destination qu’une publication littéraire, l’idée m’est venue que ce texte aussi pouvait faire l’objet d’une création théâtrale. Je l’ai fait lire à Frédéric Bélier-Garcia qui m’a fortement encouragée en ce sens. En 2006, Lucien Attoun nous a ouvert les portes du Théâtre Ouvert. Frédéric m’a proposé d’interpréter Nadine Chipman et nous avons joué le texte dans la scénographie de Jacques Gabel, avec André Marcon, Maurice Bénichou et Christèle Tual. Le spectacle a suscité un grand enthousiasme. Pendant des années nous avons rêvé de le reprendre. Mais il fallait un espace, et pas n’importe lequel. Le dispositif bi-frontal, le podium long et étroit, la proximité acteurs/spectateurs étant liés à la magie de l’objet. Ce fut une immense joie lorsque Frédéric Biessy m’a proposé de recréer La Luge… à La Scala et d’inaugurer pour ainsi dire la scène dessinée par Richard Peduzzi. Une combinaison qui nous oblige et rend la perspective d’autant plus excitante que Jérôme Deschamps nous rejoint pour interpréter le personnage de Serge Othon Weil. Par ailleurs, j’ai été très touchée lorsque l’équipe du théâtre m’a offert d’habiter le lieu pour quelques semaines, notamment avec André Marcon pour une lecture d’Heureux les heureux, et aussi en réunissant autour d’Hammerklavier

Avec : Avec Yasmina Reza, Christèle Tual, Jérôme Deschamps et André Marcon 

L'avis des critiques :

Je suis embêtée par ce spectacle. Je ne suis pas du tout contre Yasmina Reza. Elle a un mordant, c’est une fine observatrice des comportements humains et je trouve que c’est souvent très réussi. Ce sont des monologues, mais il y a effectivement pour moi une incompréhension liée à l’écoute. On a des personnages et des monologues dont on ne sait pas à qui ils s’adressent. Anna Sigalevitch

Pour moi c’est resté très anecdotique, je n’ai pas du tout compris l’intérêt de ce texte. Heureusement qu’on a des acteurs qui font passer le texte. Je trouve ça très en surface et peu intéressant. On court sur 1 h 30 sans savoir ce que l’on veut nous dire. J’ai entendu beaucoup de poncifs les uns après les autres. J'étais beaucoup plus dans le cliché que dans l’éclat. Marie Sorbier

Il y a des moments qui m’ont fait rire, qui m’ont interpellée. Je me suis toutefois posée des questions. Pourquoi reprendre cette pièce dix ans après ? Les acteurs ne sont pas des surhommes, l’écoute de logorrhées verbales est nécessairement difficile. Cette idée d’être persécuté par le malheur de l’autre m’a finalement plus parlée que le reste. Je trouve étonnant comme conclusion philosophique de cette pièce d’aboutir à cet « éloge de la frivolité ». Lily Bloom

J’aime beaucoup la façon dont Yasmina Reza évoque des choses quotidiennes pour déraper vers du plus politique. Il me semble que cette écriture est assez proche de ce qu’on peut vivre et subir parfois face aux soliloques des autres. Je reviens aussi sur la musique du spectacle. Je trouve que Yasmina Reza a beaucoup pris à Isabelle Huppert. Il y a quelque chose dans la tenue du corps et dans les lignes mélodiques. J’ai été ému par cette fin, c’est très simple, très beau. Arnaud Laporte

"Sopro", jusqu'au 8 décembre au Théâtre de la Bastille

"Sopro" (© Filipe Ferreira)
"Sopro" (© Filipe Ferreira)

De : Tiago Rodrigues / Teatro Nacional D. Maria II Traduction : Thomas Resendes

Présentation officielle : Sur scène ne semble demeurer qu’un théâtre en ruine. À travers les interstices du plancher s’échappe çà et là une douce végétation, étrangement ordonnée. Le parquet s’est disjoint et le temps est sorti de ses gonds.

On distingue à peine un léger souffle, comme un lointain murmure nostalgique qui soulève délicatement les voiles blancs encore suspendus. Silencieuse, Cristina nous accueille, lunettes sur le nez et texte à la main. Discrète maîtresse de cérémonie, gardienne du temple, dernier fantôme se promenant sur le plateau... Cristina est tout cela à la fois, mais elle exerce surtout l’invisible métier de souffleuse.

À son arrivée à la tête du Teatro Nacional D. Maria II, Tiago Rodrigues propose à la souffleuse du théâtre, Cristina Vidal, d’inventer un spectacle autour d’elle. Comme si, pour mieux saisir l’histoire et le fonctionnement de l’institution lisboète, il lui fallait mettre en lumière un métier, une présence qui en porte le rythme quotidien autant que l’épaisseur de la mémoire. Cristina refuse : l’ombre lui convient mieux. Pour la convaincre, le metteur en scène écrit, propose, écoute. Jusqu’à trouver l’endroit juste : Cristina sera sur le plateau, mais ne prendra pas la parole. (...)

Avec : Isabel Abreu, Beatriz Brás, Sofia Dias, Vítor Roriz, João Pedro Vaz et Cristina Vidal

Prochaines dates :

L'avis des critiques :

C’était pour moi le plus beau spectacle donné à Avignon en 2017. On a une entrée en matière totalement lumineuse dans le spectacle. Les choses sont légères, il n’y a pas d’esprit de sérieux dans ce qu’il fait, bien qu’il soit totalement frontal. C’est rare les spectacles qui parlent au spectateur comme ça. On est toujours dans la surprise et dans l’accueil de cette surprise. C’est une ode à la vie, il transcende tout ce qu’il touche. Anna Sigalevitch

Il est difficile de ne pas aimer ce spectacle. Il est beau dans tous les sens du terme. Ce plancher et ces herbes folles c’est beau. On a un cercle magnifique entre la parole et le texte. Le texte répond de façon très simple et lumineuse à de nombreuses questions. On a quelque chose qui touche à l’âme, un enthousiasme et un souffle dans lequel on est complètement pris. Marie Sorbier

Cela m’a touchée. J’ai aimé que cette pièce commence avant que l’on arrive et ne veuille pas se terminer. Dans cette idée de permanence, d’intemporalité, d’éternité, on est vraiment à l’os du spectacle. On voit des acteurs en début de travail, là où tout est censé être le plus fragile, alors que le théâtre n’existe pas encore. Je ne vois pas comment on pourrait ne pas aimer cette pièce si l’on aime le théâtre. Ce n’est pas un théâtre d’initiés, on peut se raccrocher à ce que l’on veut. Lily Bloom

Il suffit de quatre répliques pour que la pièce existe pleinement et qu’on ait l’impression d’avoir vu la représentation tout entière. Le texte est magnifique. Le spectacle est effectivement presque comme 1 h 30 de préparation pour une minute de spectacle. Tiago Rodrigues nous met dans un état de disponibilité. Arnaud Laporte

"Le Syndrome du banc de touche", jusqu'au 30 novembre au Théâtre de Belleville

De et avec : Léa Girardet Mise en scène : Julie Bertin

Présentation officielle : Il y a 20 ans, Aimé Jacquet gagnait la coupe du monde et Léa rêvait de devenir comédienne. Aujourd’hui, Aimé Jacquet est rentré dans l’histoire et Léa est restée sur la touche à l'image des footballeurs remplaçants. En proie à une crise de légitimité, la jeune femme décide de s’auto-titulariser en suivant les pas du sélectionneur de l’équipe de France.

L'avis des critiques :

Elle ne triche pas dans sa façon d’être en scène, elle fait avec ce qu’elle est. Il n’y a ni héroïsation, ni victimisation. Elle se présente en jogging et explique son parcours. Le parallèle avec les footballeurs est pertinent. En se mettant en scène elle déplace les choses, sans pour autant chercher à faire des héros de ces personnages. Anna Sigalevitch

Je trouve que c’est vraiment le type de spectacle totalement "feel-good". On a une forme de pêche, la banane en chantant. Je la trouve incroyablement généreuse sur scène, sans transformation, sans prétention. Marie Sorbier

L’un des intérêts de la pièce, c’est que j’ai appris beaucoup de choses sur le football. Cela m’a donné un point d’entrée pour m’y intéresser. Ce qu’elle a fait d’intelligent, c’est de sublimer sa détresse par cette mise en parallèle de ceux qui demeurent sur le banc de touche. Elle se décolle de ce qui pourrait être une partition géniale. C’est une forme d’Alice au pays d’Aimé Jacquet. Lily Bloom

>> LE COUP DE CŒUR DE MARIE SORBIER : "Quasi Niente", en tournée

De : Daria Deflorian et Antonio Tagliarini

Présentation officielle : Après s'être fait connaître en France avec Reality, basé sur l'histoire d'une femme polonaise ayant noté tous les faits de son existence dans des carnets, et Nous partons pour ne plus vous donner de soucis, qui se penchait sur quatre retraitées grecques ayant choisi de disparaître, Daria Deflorian et Antonio Tagliarini s'emparent de l'un des films cultes de Michelangelo Antonioni, Le Désert rouge. Dans celui-ci, Monica Vitti est Giuliana, une femme qui ne parvient plus, dépression ou mélancolie, à entrer en relation avec le monde. A priori, rien de commun entre ces œuvres, sauf ceci : le duo italien n'aime rien tant que les êtres au bord du monde qui, par leur regard décalé, différent, interrogent la réalité. « Que dois-je faire de mes yeux ? Regarder quoi ? » se demande Giuliana. C'est aussi la question que ces deux acteurs et metteurs en scène se posent de spectacle en spectacle. Laure Dautzenberg

Avec : Francesca Cuttica, Daria Deflorian, Monica Piseddu, Benno Steinegger et Antonio Tagliarini

Prochaines dates :

  • 6 > 11 novembre 2018 : Teatro Fabbricone di Prato
  • 27 novembre > 2 décembre 2018 : Teatro delle Passioni di Modena, Modène
  • 5 > 9 Décembre 2018 : Arena del Sole, Bologne
  • 9 et 10 janvier 2019 : Festival Vagamondes, Mulhouse
  • 5 et 6 février 2019 : Comédie de Valence
  • 21 > 24 février 2019 : Triennale di Milano, Milan
  • 20 > 23 mars 2019 : Théâtre Garonne, Toulouse
  • 26 et 27 mars 2019 : Théâtre de la Vignette, Montpellier
  • 10 > 13 avril 2019 : Théâtre du Grutli, Genève

C’est très beau et extrêmement simple. On n’est pas dans la paillette. On ressent toute la délicatesse dont les comédiens sont capables. Ils ont tous en commun une sorte de mal être contemporain. C’est un spectacle qui laisse beaucoup de place au spectateur et le met dans une posture étonnante. On se sent bien quand on en ressort. Marie Sorbier

Vos commentaires :

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Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records)

Intervenants

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