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de haut en bas : "Dans le pays d'hiver" (© Simon Gosselin), "Paradoxal" (© Samuel Poncet) et "Un instant" (© Pascal Victor)

Spectacle vivant : Le Petit Salon, "faut-il nécessairement que Molière laisse sa place ?"

55 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir, nous évoquons les pièces "Un instant" de Jean Bellorini et "Paradoxal" de et par Marien Tillet. Lucile Commeaux se demande si l'on aura encore envie de jouer "Le Misanthrope" en 2068, tandis que Lily Bloom consacre un coup de cœur à "Dans le pays d'hiver".

de haut en bas : "Dans le pays d'hiver" (© Simon Gosselin), "Paradoxal" (© Samuel Poncet) et "Un instant" (© Pascal Victor)
de haut en bas : "Dans le pays d'hiver" (© Simon Gosselin), "Paradoxal" (© Samuel Poncet) et "Un instant" (© Pascal Victor)

Le Petit Salon de Lucile Commeaux : "Pensez-vous qu’on aura encore envie de jouer « Le Misanthrope » en 2068 ?"

L'avis des critiques :

Contrairement à ce que les institutions peuvent laisser entrevoir, l’écriture théâtrale en France est tout sauf moribonde. La question formulée est bizarrement posée, induisant une forme de concurrence entre le classique au théâtre et le texte contemporain. Est-ce qu’il faut nécessairement que Molière laisse sa place pour que vive l’écriture dramatique ? Pourquoi n’aurait-on pas envie de voir « Le Misanthrope » en 2068 ? Lucile Commeaux

Cette question m’a affectée, puisque « Le Misanthrope » est le chef d’œuvre intemporel de Molière par essence. La justesse du propos fait qu’on ne rit que de la forme. Il y a quelque chose peut-être de réactionnaire chez moi. Je ne crois pas qu’il faille faire de la place, les choix se font par l’actualité. Shakespeare ne prend pas la place d’un auteur contemporain. Lily Bloom

J’ai l’impression que cette question fait office de clin d’œil, de petite pique, sans nécessairement être très pertinente. On a tous du mal en connaissant l’histoire du théâtre à considérer que les grands classiques pourraient ne plus être de grands contemporains. Je ne crois pas que le théâtre soit un art moribond et je pense qu’on aura encore du monde pour le voir en 2068. René Solis

"Un instant", jusqu'au 9 décembre au TGP (Théâtre Gérard Philipe)

"Un instant" - © Pascal Victor
"Un instant" - © Pascal Victor

D'après : "La recherche du temps perdu" de Marcel Proust Mise en scène : Jean Bellorini

Présentation officielle : Écrit entre 1906 et 1922, À la recherche du temps perdu est un récit-fleuve de souvenirs, de l’enfance à l’âge adulte du narrateur, et, en filigrane, une intense réflexion sur la vie. Œuvre sur la mémoire et le temps, portée par un style unique – une langue ciselée, savante et pourtant limpide –, elle conjugue l’introspection minutieuse d’une conscience et d’un cœur à l’observation acérée d’une société humaine à l’orée des bouleversements du XXe siècle.

Des quelque trois mille pages qui la composent, Jean Bellorini et Camille de La Guillonnière conservent les passages de l’enfance de l’auteur auprès de sa mère tant aimée et mettent en lumière la relation tendre et profonde avec la grand-mère, jusqu’à la mort de cette dernière. Ces deux femmes sont les figures protectrices et aimantes qui encouragent un petit garçon hypersensible dans son éveil à la vie et dans sa lutte contre un asthme sévère et des angoisses existentielles. Devenu homme, il les accompagnera à son tour dans l’épreuve de la maladie et de la mort.
Ce faisant, il procède à une analyse fine des mécanismes du deuil, de la distorsion temporelle entre le choc et sa conscientisation. Lorsqu’il décrit cet instant, surgi au hasard d’un geste banal, il est traversé par un bouleversement douloureux de l’âme. Et c’est sans doute parce qu’il veut conserver vivace cette sensation, parce qu’il veut conjurer l’inéluctable affadissement du souvenir, qu’il fige dans les mots ce « fragment d’existence soustrait au temps ». Écrire pour demeurer vivant.

Le duo entre Hélène Patarot, complice de Peter Brook, et Camille de La Guillonnière, acteur fétiche de Jean Bellorini, recèle de belles promesses. La délicatesse et la profondeur de leur jeu ne se départissent jamais d’humour. Macha Makeïeff les entoure d’objets et de meubles, égrenés comme des étoiles dont la lumière guide dans l’obscurité.

Avec : Hélène Patarot et Camille de La Guillonnière

Prochaines dates :

  • 14 et 15 décembre : Les Théâtres de la Ville de Luxembourg
  • 8 > 27 janvier : TKM-Théâtre Kléber-Méleau, (Renens, Suisse)
  • 13 > 16 mars : La Criée, Théâtre national de Marseille
  • 20 et 21 mars : Théâtre de l’Archipel, Scène nationale de Perpignan
  • 26 et 27 mars : Théâtre de Caen
  • 4 et 5 avril : Hérault Culture, Domaine départemental de Baysan (Béziers)
  • 13 et 14 avril : Théâtre Louis Aragon (Tremblay-en-France)

L'avis des critiques :

Je dirais que c’est un spectacle sensible auquel j’ai été sensible. C’est un spectacle beaucoup plus intime que ses précédents spectacles. Il tire un fil dans « La Recherche » auquel il se tient : la mort de la grand-mère. Il est question du deuil, mais aussi de la manière dont le narrateur a rêvé de sa grand-mère. La petite faiblesse du spectacle est que le dialogue entre les deux histoires peut paraître forcé, malgré une trame très finement menée. René Solis 

J’ai plutôt vécu le spectacle à l’envers. Je trouvais ce décor simple, à la fois décati et grandiose, avec une belle lumière. Le récit d’Hélène Patarot est tout à fait intéressant, mais j’attendais Proust. On se retrouve avec beaucoup de monologues adressés. Or, il me paraît y avoir un énorme problème d’écoute tout du long, avec des comédiens qui ne se rencontrent jamais. La façon d’aller chercher le rire sur un traumatisme d’enfant m’a dérangé. Arnaud Laporte

J’ai craint au début le côté pathétique, j’étais un peu gênée, trouvais certains silences empruntés. J’ai ensuite été emportée, je trouve que ces phrases se déploient dans une perfection grammaticale qui nous emporte très loin. Le rire ne m’a pas dérangée puisque cela nous rappelle qu’on peut tous piocher quelque chose d’intime dans « La Recherche ». La pièce touche cet os de l’œuvre qu’on devine et qui tout à coup résonne. Lily Bloom

J’ai eu peur en voyant le décor. Se met ensuite en branle, la question de la mémoire et de la réminiscence, qui je trouve fonctionne bien. Il y a pour moi un moment de bascule quand il la prend par le bras et qu’ensemble ils tournent avec le dialogue qui continue de résonner sur la scène vide. Je trouve cela intelligent autant parce qu’on entend bien le texte que pour l’intelligence de l’interprétation de la phrase proustienne. J’ai toutefois un problème avec des effets de réverbérations et de musique qui me paraissent un peu à contre-courant du texte. Lucile Commeaux

"Paradoxal", jusqu'au 30 novembre au Théâtre de Belleville

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De et par : Marien Tillet

Présentation officielle : Peut-on vraiment différencier le rêve de la réalité ? Une jeune journaliste souffrant d'insomnie intègre un programme médical de recherche à destination des rêveurs lucides. L’expérience dérape. Paradoxal est un thriller qui crée le doute et le propage dans la tête du spectateur.

Note d'intention : Le rêve, un espace que la science ne sait pas expliquer

Rien n’est plus subjectif que la réalité. Ce qui nous permet d’affirmer une chose ou une autre passe toujours par l’acquiescement de notre esprit. Mais notre esprit est trompeur. Le rêve en est l’exemple le plus emblématique : nous croyons ce que nous vivons en rêve, il nous semble même que tout est cohérent. Or, au moment de raconter le rêve, tout nous apparaît chaotique et surréaliste. Partant de ce constat, rien ne nous assure du bien fondé de notre chère réalité. Paradoxal est un spectacle-expérience qui sème la graine du doute et donne les outils pour que le spectateur la fasse germer. Sur scène, des bouteilles se multiplient sur un bureau imposant, unique partenaire du comédien. Ce bureau est le seul point d’attache au monde mais il se refuse à dire de quel monde il s’agit, à quelle réalité il appartient. La tension dramatique est en lien avec cette présence massive qui se veut proche ou éloignée, glacée ou confortable, anecdotique ou transfigurée. Le bureau fait son chemin en traversant tout le plateau et confronte le personnage. Le récit s’ouvre en cascade et à l’image de ces bouteilles, il devient pluriel pour, au final, faire partie d’un tout vertigineux.

L'avis des critiques :

Cela commence pratiquement comme du stand-up. Il fait la chose qui je crois m’irrite le plus au théâtre : nous faire chanter. Or, il parvient à me rendre sympathique cet acte qui pourrait me faire sortir d’un théâtre. Il nous entraîne dans un théâtre qu’on n’a pas l’habitude de voir, avec presque rien. Jouer sur la frontière entre réalité et rêve au théâtre, c’est malin. On y est enclin à accepter toutes les bizarreries du monde. Lily Bloom

J’ai trouvé ça très bien, malgré peut-être trop peu d’allers-retours. J’en attendais plus puisque l’histoire est créée sur un tout assez long. Il est fort quand même Marien Tillet, il a écrit, il met en scène et il interprète son spectacle. Arnaud Laporte

Je me suis fait embarquer et il est très bien son spectacle. C’est un hypnotiseur qui prend soin d’embarquer son monde. J’ai eu l’impression d’avoir des moments d’endormissement actif. On a l’impression qu’il y a un fil et qu’on le suit. Pourtant il nous perd constamment. René Solis 

C’est un homme seul qui joue plusieurs personnages, le premier étant une jeune fille entrant dans une clinique pour participer à un panel de rêveurs lucides. Le sommeil est un moyen de brouiller les limites, les mises en abîme se succèdent. C’est aussi une matière à récit littéraire. Il parvient à créer des effets de frayeur assez étonnants. C’est un spectacle à effets qui fonctionne vraiment de bout en bout. Lucile Commeaux

>> LE COUP DE CŒUR DE LILY BLOOM : "Dans le pays d'hiver", jusqu'au 24 novembre à la MC93 de Bobigny

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De : Silvia Costa D’après : "Dialogues avec Leuco" de Cesare Pavese

Présentation officielle : Cesare Pavese livre, dans Dialogues avec Leuco, une étonnante plongée dans la mythologie. La metteure 
en scène et plasticienne Silvia Costa adapte l’œuvre pour la scène dans une variation visuelle et poétique où l’image est moteur de réflexion et de rêverie chez le spectateur.

Écrit entre 1945 et 1947, Dialogues avec Leuco était aux yeux de Cesare Pavese son livre le plus important. Il dérouta pourtant la critique de l’époque, sans doute parce que, en plein réalisme, il se distinguait par un retour à une matière classique, un recours aux mythes grecs et l’emploi d’une langue poétique. Dans le pays d’hiver explore le vivier des questions existentielles et des symboles livrés par six de ces dialogues – Le mystère, La mère, La bête, L’homme-loup, Le déluge et Les Dieux. La naissance, la faute, le châtiment, notre animalité, la menace du déluge ou le regard des dieux sur notre humanité : autant de thèmes que l’artiste transforme en visions, au gré d’un dialogue entre les mots, des corps et des objets, dans un souci constant de la beauté des métamorphoses. Si le monde qui nous entoure peut sembler gelé dans le prosaïsme de la communication et des data, Silvia Costa croit à la force de l’invention poétique pour revivifier nos imaginaires. Tour à tour auteure, metteure en scène, interprète ou scénographe, Silvia Costa est une artiste protéiforme qui, en parallèle de son travail personnel, contribue depuis 2006 en tant qu’actrice et collaboratrice artistique à la plupart des créations de Romeo Castellucci. Séduite par les réinterprétations infinies qu’autorise la mythologie, tout autant que par l’élégance de la parole de Pavese, elle puise dans son œuvre matière à un voyage théâtral et visuel nourri par les 

Avec : Silvia Costa, Laura Dondoli, My Prim

Sylvia Costa s’engage vraiment dans des chemins peu empruntés. Elle un amour pour les textes passés de mode et un peu perdus. Elle nous invite ici dans un geste théâtral radical, à une plongée dans la mythologie. Le spectacle aborde des questions relatives aux fondements de l’humanité. Elle fait dialoguer cette poésie inattendue comme une pulsation cardiaque. On nous invite à un rituel théâtral tragique. Lily Bloom

Vos commentaires : 

Avant et pendant l'émission, réagissez et donnez votre avis sur le compte Twitter et la page Facebook de la Dispute.

Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

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