LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
en haut : "Le Procès" (© Magda Hueckel), en bas : "Une maison de poupée" (© Anne Sophie Grac) et "Révélation" (© Y. Inokuma)

Spectacle vivant : "C'est pour moi une pièce de l'humiliation"

56 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir dans La Dispute, nous parlerons de spectacle vivant et plus spécifiquement de la pièce "Le Procès" dans une mise en scène de Krystian Lupa, de "Une Maison de Poupée" de Lorraine de Sagazan et de "Révélation" de Léonora Miano.

en haut : "Le Procès" (© Magda Hueckel), en bas : "Une maison de poupée" (© Anne Sophie Grac) et "Révélation" (© Y. Inokuma)
en haut : "Le Procès" (© Magda Hueckel), en bas : "Une maison de poupée" (© Anne Sophie Grac) et "Révélation" (© Y. Inokuma)

"Le Procès" jusqu'au 30 septembre au théâtre de l'Odéon

"Le Procès" (© Magda Hueckel)
"Le Procès" (© Magda Hueckel)

D'après : Franz Kafka Mise en scène : Krystian Lupa

Présentation officielle : En Pologne, où le pouvoir conservateur en place entraîne le pays dans des voies de plus en plus kafkaïennes, le metteur en scène Krystian Lupa, familier des auteurs de langue allemande, aborde pour la première fois l’œuvre de Franz Kafka. Avec sa patte inimitable, il adapte Le Procès.

Familier des auteurs de langue allemande, dramaturges ou romanciers, et en particulier de Thomas Bernhard – comme on a pu en juger au Festival d’Automne il y a deux ans avec trois productions –, Krystian Lupa n’avait jamais abordé Franz Kafka. C’est désormais chose faite. Il avait adapté Le Procès pour la troupe du Théâtre Polski de Wroclaw, et commencé les répétitions au printemps 2015. Tout s’était brutalement arrêté à la suite de la nomination d’un nouveau directeur plus docile avec le pouvoir ultra-conservateur de Varsovie, tenu par le parti « Droit et justice » prônant une vision nationaliste du théâtre. Protestation, grève, émoi international. Avec l’aide et le soutien de plusieurs théâtres de Varsovie et de l’étranger, Krystian Lupa a pu remettre son spectacle en chantier. Sa version du Procès porte les stigmates de cette histoire. Le Procès est une œuvre inachevée. Krystian Lupa s’en accommode et y invite Félicia, la fiancée de Franz Kafka, ainsi que son ami Max Brod, celui à qui Kafka avait demandé de brûler ses écrits après sa mort. Son ami décédé, Max Brod, ne brûla rien. C’est ainsi que l’on peut lire Le Procès et voir aujourd’hui Krystian Lupa s’en emparer dans son pays devenu kafkaïen.

Avec : Bożena Baranowska, Maciej Charyton / Bartosz Bielenia, Małgorzata Gorol, Anna Ilczuk, Mikołaj Jodliński, Andrzej Kłak, Dariusz Maj, Michał Opaliński, Marcin Pempuś, Halina Rasiakówna, Piotr Skiba, Ewa Skibińska, Adam Szczyszczaj, Andrzej Szeremeta, Wojciech Ziemiański, Marta Zięba, Ewelina Żak

L'avis des critiques :

C’est une rencontre entre un géant de la littérature et un géant de la mise en scène. C’est un travail d’une puissance remarquable, j’en suis sortie bouleversée. Lupa ne se contente pas d’illustrer le texte. C’est un homme visionnaire qui donne à ce procès une intemporalité encore plus forte que celle qui existe dans le livre. Lupa a un vrai regard politique sur notre monde, tout en étant soucieux de ne pas nous accabler. En se mettant dans le spectacle, il provoque des dissensions auditives à la fois perturbantes et fascinantes. Marie-José Sirach

Il s’agit d’un grand spectacle parce qu’il a instillé dans ce texte, un véritable désespoir qui fait partie intégrante de ce que voulait faire Kafka. Je trouve que c’est très intéressant par ce truchement qui est le sien : en faire quelque chose de beaucoup moins politique que ça ne pourrait l’être. Lupa n’insiste pas tellement là-dessus, pour en faire quelque chose de beaucoup plus profond par le biais du désespoir. Christophe Brianchon

Je trouve que c’est un spectacle remarquable, qui n’est pas facile. C'est vraiment un événement. C’est à la fois l’adaptation d’un chef d’œuvre de littérature, à la fois des fantasmes sexuels, de la frustration, un mal être existentiel beaucoup plus large. Il faut entrer dans le temps du spectacle qui est un temps long et anxiogène. Philippe Chevilley

Lupa est quelqu’un qui a un savoir unique dans la façon de rendre l’espace, le temps, la durée. On retrouve dans cette première partie tout l’univers de Lupa, avec le temps qui peut changer et la vidéo projection qui habille les pans du décor. Cela commence de façon très prosaïque avec cet acteur à la présence extraordinaire. Il y a en direct cette voix intérieure qui intervient et qui est très surprenante dans la superposition des voix sur le plateau. Elle suscite une attention extrême avec une qualité d’écoute qu’on ne voit pas très souvent au théâtre. Arnaud Laporte

"Une maison de poupée" jusqu'au 6 octobre au Monfort

De : Lorraine de Sagazan, compagnie La Brèche Librement inspiré de la pièce d'Henrik Ibsen

Présentation officielle : Cette adaptation du chef-d’oeuvre d’Henrik Ibsen plonge les personnages dans le bain révélateur de l’inégalité des sexes et du désir amoureux constamment remis en cause par les dérives conservatrices d’une société asphyxiante.

Délaissant la version originale d’une pièce où les personnages de Nora et de son mari Torvald incarnaient deux conceptions morales du XIXè siècle, Lorraine de Sagazan a réécrit les rôles afin de questionner notre société à travers un couple du XXIè siècle. Nora est juriste dans une grande banque d’affaires tandis que Torvald licencié depuis peu s’occupe de leurs enfants et tente de composer des chansons sans véritable ambition. Un couple moderne, indépendant et heureux qui, très vite, va se heurter aux carcans culturels, menaçant leur identité et leur liberté.

Aujourd’hui où en sommes-nous des rapports sociaux de sexe ? Et du pouvoir au sein du couple ?

Avec : Lucrèce Carmignac, Romain Cottard, Jeanne Favre, Antonin Meyer Esquerré, Benjamin Tholozan

Prochaines dates :

  • 9 > 13 octobre : CDN de Normandie, Rouen

L'avis des critiques :

Je trouve très astucieux d’avoir inversé les rôles, ce qui est une actualisation et résout en partie le problème de la pièce qui peut paraître un peu datée, bien que ce soit une pièce féministe. Les comédiens sont plutôt bons, mais dans l’écriture ça ne va pas jusqu’au bout. La partie récit est un peu bâclée, pas tout à fait réussie. Il y a des passages un peu laborieux et ratés, heureusement la fin est belle. Malgré des bons côtés je n’ai pas été bouleversé par le spectacle. Philippe Chevilley

Je trouve que l’idée de la metteure en scène d’inverser les sujets est extrêmement sympathique, mais c’est pour moi une pièce de l’humiliation. Cela finit par m’agacer que ce soit l’homme ou la femme qui reste à la maison. J’ai quand même des réserves. Les acteurs sont bien là et engagés dans ce projet, mais ça ne tient pas jusqu’au bout. C’est comme si on voulait nier tout le temps la fragilité et créer des stéréotypes. Marie-José Sirach

Le maître chanteur est peut-être ici un petit peu en force et un peu moins visible. C’est une pièce qui pose aussi plein de problèmes non pas formels, mais intellectuels. Non pas que le propos dévoilé manque de puissance, mais la fin sous forme de manifeste enlève du mystère à cette situation pour faire de la pièce quelque chose d’actuel et politique. C’est dommage pour la poésie de ce texte. Ce qu’elle nous dit n’est pas faux, pour autant le faire de manière aussi simple est un peu court. Christophe Brianchon

"Révélation" (Red in blue trilogie) jusqu'au 20 octobre au Théâtre Nationale de la Colline

"Révélation" (© Y. Inokuma, M. Hirao)
"Révélation" (© Y. Inokuma, M. Hirao)

De : Léonora Miano Mise en scène : Satoshi Miyagi

Présentation officielle : « Pour en revenir à ce commerce, nos fournisseurs élevaient des individus dans le seul but de les échanger contre des denrées. Ils produisaient des captifs comme d’autres faisaient pousser des légumes. Au sein de leur communauté, ces gens étaient identifiables par des noms précis, qui les désignaient comme inférieurs de génération en génération. Avant l’arrivée des étrangers venus par les eaux, nous en faisions déjà nos serviteurs. » Léonora Miano

_"_Révélation Red in blue trilogie" se déroule dans un espace mythologique. Inyi, figure de la divinité créatrice de l’Univers, doit faire face à une situation inédite : une grève. Les nouveau-nés refusent d’avoir une âme incarnée en leur corps, ce qui est contraire aux lois de l’Univers, tant que les Ombres des âmes damnées n’auront pas rendu compte de leurs méfaits. L’espace mythologique de "Révélation" qu’explore Léonora Miano n’écrit jamais son nom, mais la multiplicité de notre monde. De la même façon, elle reste dans le domaine de la fiction, car elle la sait plus forte que la dénonciation. Mais, pour autant, elle ne triche pas avec son sujet, en confrontant un continent à la réalité des crimes qui y ont été perpétrés.

À l’écart des pièges de l’inconscient collectif des Occidentaux, le rapport fluide et apaisé qu’entretiennent les Japonais dans le dialogue entre la vie et la mort permet cette rencontre entre l’œuvre de Léonora Miano et le geste créatif de Satoshi Miyagi. Accompagné de la troupe du Shizuoka Performing Arts Center, il mettra en scène et en voix, en corps et en musique, cette œuvre extraite de la "Red in Blue Trilogie".

De : Léonora Miano Mise en scène : Satoshi Miyagi

Avec : Haruyo Suzuki (paroles),  Micari, Kazunori Abe, Maki Honda, Ayako Terauchi, Moemi Ishii, Miyuki Yamamoto , Kouichi Ohtaka, Kenji Nagai, Ryo Yoshimi, Hisashi Yokoyama. Les Ombres : Miki Takii,  Soichiro Yoshiue,  Yukio Kato,  Yudai Makiyama,  Yuya Daidomumon

L'avis des critiques :

La musique est omniprésente, elle est là et toujours aussi belle. C’est un spectacle assez limpide, mais je trouve difficile d’en parler. Léonora Miano a souhaité interpeler les ombres du passé. On a une histoire subsaharienne incarnée par un conte mythologique traité à la mode japonaise. C’est très beau formellement, très épuré. A la fin du spectacle j’ai vu une foule debout. C’est un spectacle qui dit beaucoup de choses. Philippe Chevilley

On a un double espace mental et géographique auquel il faut que l’on s’adapte. Léonora Miano fait le récit mythologique de la traite des esclaves. Miyagi cherche des correspondances et les trouve à juste titre. C’est un spectacle assez délicat tant du point de vue de la musique, que des costumes et du travail de la lumière. Marie-José Sirach

J’ai eu le sentiment qu’il faisait ici ce qu’il aurait du faire avec « Antigone », qui était un peu trop illustrative. C’est une pièce délicate parce qu’étrangère avec cette esthétique japonaise. C’est une pièce qui nous parle d’âmes errantes, mais aussi d’actualité sans que ce soit démonstratif. On nous permet réellement de vivre une expérience et si on le souhaite, seulement si on le souhaite, de réfléchir à quelque chose d’actuel. Jean-Christophe Brianchon

>> LE COUP DE CŒUR DE MARIE-JOSE SIRACH : "Conversation" d’Alain Cavalier et Mohamed El Khatib

"Conversation" d'Alain Cavalier et Mohamed El Khatib (© Yoanne Lamoulière)
"Conversation" d'Alain Cavalier et Mohamed El Khatib (© Yoanne Lamoulière)

Présentation officielle : C’est à une conversation improbable à laquelle nous allons assister. D’un côté, Alain Cavalier, auteur de films à succès dans les années 1960 (Le Combat dans l’île avec Jean-Louis Trintignant et Romy Schneider, L’Insoumis avec Alain Delon et Lea Massari, La Chamade avec Catherine Deneuve et Michel Piccoli…) qui depuis s’est consacré, caméra au poing, au documentaire, au cinéma du réel. De l’autre, Mohamed El Khatib, auteur, metteur en scène, qui a la particularité d’inviter sur scène la vie, la vraie, et de confronter le théâtre à d’autres médiums (cinéma, installations, journaux) pour observer le produit de ces frictions. Ces deux artistes se rencontrent à la faveur d’une caméra achetée par erreur, et se livrent à l’auscultation méthodique de rêves qui les ont occupés et préoccupés. Ce double portrait, de part et d’autre de la Méditerranée, n’aboutira ni à un film ni à une pièce de théâtre, mais à l’esquisse publique d’une micro-histoire de deux vies si différentes, mais étrangement croisées.

Prochaines dates :

  • Les 14/15 octobre, 15/16 novembre et 15/16 décembre : Théâtre Nanterre Amandiers

Ce sont des souvenirs d'hier et d'aujourd'hui, sans nostalgie. Ce n'est pas une masterclasse, on ne vient pas prendre des notes, c'est un moment d'intimité partagé. 

Vos commentaires :

Avant et pendant l'émission, réagissez et donnez votre avis sur le compte Twitter et la page Facebook de la Dispute.

Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

Intervenants
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......