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de haut en bas : "Ervart ou les derniers jours de Frédéric Nietzsche" (© Christophe Raynaud De Lage), "Les Idoles" (© Jean-Louis Fernandez) et "The Scarlet Letter" (© Simon Gosselin)

Spectacle vivant : Les Idoles, "il a remarquablement convoqué ces fantômes"

55 min
À retrouver dans l'émission

Au sommaire de cette Dispute, "Les Idoles" de Christophe Honoré à l'Odéon, "Ervart ou les derniers jours de Frédéric Nietzsche" mis en scène par Laurent Fréchuret au Rond-Point et "The Scarlet Letter" d'Angelica Liddell à La Colline, avant un coup de cœur pour le festival "Faits d'hiver".

de haut en bas : "Ervart ou les derniers jours de Frédéric Nietzsche" (© Christophe Raynaud De Lage), "Les Idoles" (© Jean-Louis Fernandez) et "The Scarlet Letter" (© Simon Gosselin)
de haut en bas : "Ervart ou les derniers jours de Frédéric Nietzsche" (© Christophe Raynaud De Lage), "Les Idoles" (© Jean-Louis Fernandez) et "The Scarlet Letter" (© Simon Gosselin)

"Les Idoles", jusqu'au 1er février à l'Odéon, Théâtre de l'Europe

De : Christophe Honoré

Présentation officielle : Les deux dernières décennies du XXe siècle resteront dans l’Histoire comme “les années sida”. La génération à laquelle appartient Christophe Honoré fut la première à parvenir à l’âge adulte en étant pleinement consciente de cette menace. Honoré a eu vingt ans en 1990, l’année de la mort du cinéaste Jacques Demy. L’année aussi où le chorégraphe Dominique Bagouet créa Jours étranges, dont Honoré vit trois ans plus tard une performance posthume. Bernard-Marie Koltès avait succombé un an plus tôt; un an plus tard, Hervé Guibert était emporté à son tour. Cyril Collard s’apprêtait à tourner Les Nuits fauves, sorti en 1992 – tandis que disparaissait le “ciné-fils” Serge Daney, trois ans avant la mort de Jean-Luc Lagarce... Depuis, Honoré a publié des romans ou des contes pour lecteurs de tous âges, tourné des films pour tous publics, écrit et mis en scène des spectacles, dont Nouveau Roman, où il réinventait déjà des figures d’écrivains aussi célèbres que Butor, Simon, Robbe-Grillet, Duras ou Sagan. En rendant hommage à ses six Idoles – Collard, Daney, Demy, Guibert, Koltès, Lagarce –, à travers six manières singulières d’affronter le désir et la mort en face, Honoré revient aux “jours sinistres et terrifiants” de sa jeunesse. “Un spectacle pour répondre à la question: Comment danse-t-on après?”

Avec : Youssouf Abi-Ayad, Harrison Arévalo, Jean-Charles Clichet, Marina Foïs, Julien Honoré, Marlène Saldana et Teddy Bogaert

L'avis des critiques :

J’ai été touchée et je pense qu’il y a une vraie pensée politique sur le sida aujourd’hui. Il me semble pertinent de remettre sur le plateau cette question-là. Il nous renvoie dans un Paris de la fin des années 80, un centre du monde où il se passait toutes les choses possibles. Christophe Honoré orchestre tout cela avec une très grande justesse. Marie-José Sirach

Je n’ai effectivement pas vu le temps passer, je pense que ce dispositif fonctionne extrêmement bien. Il se met d’emblée le spectateur type de l’Odéon dans la poche. A partir de là, se déroule un spectacle profondément confortable. C’est un panthéon avec tout ce qu’un panthéon peut avoir d’écrasant. J’attends encore une pensée critique et politique sur le sida. Lucile Commeaux

Ce qui marque dans une représentation, c’est quand on est ému et touché. Je trouve qu’il a remarquablement convoqué ces fantômes. C’est tout un monde qui dans les années 90 a disparu, il était important de les retrouver de cette façon. Je trouve que Christophe Honoré a remarquablement su mélanger les textes des uns et des autres. Philippe Chevilley

Pour moi, c’est le spectacle de Christophe Honoré le plus réussi. Il me semble que c’est l’amour qu’il porte aux « idoles » qui est au cœur du spectacle et qui en fait un spectacle très tendre. Cela me paraît en effet assez peu politique, avec des moments plus légers. Arnaud Laporte

"Ervart ou les derniers jours de Frédéric Nietzsche", jusqu'au 10 février au Théâtre du Rond-Point

De : Hervé Blutsch Mise en scène : Laurent Fréchuret

Présentation officielle : Nietzsche va effectuer un numéro de claquettes.
Ervart se croit cocu, la paranoïa explose dans sa société d’aristocrates. Ondes de choc jusqu’au plateau de théâtre où tout dérape. Vincent Dedienne incarne la dinguerie salvatrice d’un dément éclairé à la tête d’un défilé de monstres.

La folie s’empare d’un homme et le monde entier vacille. La paranoïa d’Ervart explose dans sa société d’aristocrates. La région et le pays tremblent, ondes de choc jusqu’au plateau de théâtre où tout dérape. Ervart se croit cocu, il en souffre et en jouit. Il rue dans les brancards d’un pays trop tranquille, il en fracasse tous les tabous. Son délire prend vie sur scène, et avec lui sa femme, ses amants, vrais ou faux. Un précepteur zoophile, agent des services secrets, tombe amoureux d’un cheval de Troie. Le majordome du domaine familial sauve les apparences autant qu’il peut et une comédienne cherche un rôle quand une troupe anglaise traverse le plateau parce qu’elle s’est trompée de pièce. Avec Ervart ou les derniers jours de Frédéric Nietzsche, Hervé Blutsch, auteur dada contemporain, part en guerre contre la pensée étriquée et les usages policés, et compose un chant d’amour au théâtre.

Auteur de Sainte dans l’incendie, Laurent Fréchuret a mis en scène au Rond-Point À portée de crachat de Taher Najib et Revenez demain de Blandine Costaz. Il dirige une troupe de neuf acteurs sur le plateau et offre à l’écrivain, humoriste et comédien Vincent Dedienne le rôle-titre. « C’est un athlète affectif », dit le metteur en scène. Sorte d’Ubu ou de Macbeth farcesque, le roitelet déchaîné cherche l’amour pur et ravage tout sur son passage. Après Canal , Marivaux ou son seul en scène, Vincent Dedienne incarne la dinguerie salvatrice d’un dément éclairé, à la tête d’un défilé de monstres. Pierre Notte 

Avec : Stéphane Bernard, Jean-Claude Bolle-Reddat, James Borniche, Maxime Dambrin, Vincent Dedienne, Margaux Desailly, Pauline Huruguen, Tommy Luminet, Marie-Christine Orry

Prochaines dates : 

  • 13 et 14 février : Théâtre de l'Union - Centre Dramatique National (Limoges)
"ERVART OU LES DERNIERS JOURS DE FRÉDÉRIC NIETZSCHE", mise en scène de Laurent Fréchuret (© Christophe Raynaud De Lage)
"ERVART OU LES DERNIERS JOURS DE FRÉDÉRIC NIETZSCHE", mise en scène de Laurent Fréchuret (© Christophe Raynaud De Lage)

L'avis des critiques :

Je suis heureux que ce genre de spectacle existe. J’ai trouvé l’écriture drôle. Cet humour-là est traité avec sérieux et énergie. Vincent Dedienne a une présence intéressante, il est très fort dans les ruptures de tons. La vidéo reste assez discrète, peu présente. Quant à la musique, elle me fait rire aussi. Arnaud Laporte

En fait, c’est un énorme problème de texte. Je trouve ce spectacle catastrophique. On nous vend une sorte de faux vaudeville avec des tas de digressions. On ne s’accroche à rien dans cette pièce qui dure infiniment longtemps. Vincent Dedienne s’en sort relativement bien malgré l’absence de substance, de personnage. Lucile Commeaux

C’est quand même un personnage assez amusant. C’est une pièce qui se veut relever du théâtre de l’absurde, en partant du boulevard. Dès le départ, on a des personnages qui n’ont rien à voir avec la pièce. Cette fin tombe dans une dimension dramatique, tragique plutôt réussie. Laurent Fréchuret a la volonté de faire quelque chose d’élégant de fluide. Philippe Chevilley

C’est une sorte de marivaudage, de théâtre de boulevard. J’ai trouvé ça très ennuyeux et totalement insipide. Je suis passée totalement à côté de ce spectacle. La façon dont les femmes sont mises en scène me parait assez dégradante. Marie-José Sirach

"The Scarlet Letter", jusqu'au 26 janvier à La Colline - théâtre national

"The Scarlet Letter" (© Simon Gosselin)
"The Scarlet Letter" (© Simon Gosselin)

De : Angelica Liddell Librement inspiré de l’œuvre de : Nathaniel Hawthorne

Présentation officielle : De Sidney Olcott à Wim Wenders, de Hugo Pratt aux scénaristes de Nip/Tuck ou de Mentalist, nombreux sont les auteurs qui se sont inspirés de l’œuvre fondatrice de Nathaniel Hawthorne, notamment de La Lettre écarlate publiée en 1850. Il y a là matière à inspirer l’artiste, metteure en scène, auteure et interprète espagnole Angélica Liddell. Son œuvre entière, depuis La Maison de la force jusqu’à la Trilogie de l’infini, est le reflet de sa souffrance intérieure en écho aux violences du monde.

Si c’était autrefois la religion qui censurait, rejetait, c’est aujourd’hui l’empire de la raison qui domine la pensée puritaine de notre société. Dans un déchirant cri de souffrance, Angélica Liddell nous rappelle que l’humanité trouve son fondement dans la culpabilité du premier homme, c’est sur cette base qu’elle libère ses tourments, porteuse des stigmates de nos infractions à la morale et de nos mauvaises consciences.

Le spectacle présente des scènes de nudité, des gestes posés sur le plateau peuvent être sources de gênes pour certains spectateurs.

Avec : Joele Anastasi, Tiago Costa, Julian Isenia, Angélica Liddell, Borja López, Tiago Mansilha, Daniel Matos, Eduardo Molina,  Nuno Nolasco, Antonio Pauletta, Antonio L. Pedraza, Sindo Puche

Prochaines dates :

  • 1er et 2 février : Teatro Nacional D. Maria II, Lisbonne (Portugal)
  • 14 > 16 février : Teatros del Canal, Madrid (Espagne)
  • 12 > 15 mai : WienerFestwochen, Vienne (Autriche)
  • mai : Hessisches Staatstheater Wiesbaden Opera, Wiesbaden (Allemagne)

L'avis des critiques :

Angelica Liddell nous avait un peu perdus sur ses deux trois derniers spectacles. Je trouve que celui-ci renoue avec son premier. Elle a une façon incroyable de se remettre en question physiquement et intellectuellement pour questionner le monde d’aujourd’hui. Elle construit un spectacle totalement blasphématoire qui fait sacrément du bien. Marie-José Sirach

J’ai eu des rapports fluctuants avec les spectacles d’Angelica Liddell. Je suis encore passé par différents états dans ce spectacle. En même temps, c’est  un cas d’école, puisque ce n’est qu’à la fin qu’on peut avoir une lecture rétrospective sur ce qu'on vient de voir. Je trouve ce plateau presque nu très beau. Je trouve qu’elle frappe assez juste, bien qu’assez indistinctement. Arnaud Laporte

Je suis partagé. Le point de départ est assez lumineux, avec ce combat du puritanisme. Par la suite, j'ai un peu décroché. On a dans le roman, une dimension antipuritaine, un discours sur l’art. Cela me fait un peu penser à une revue du Lido avec des hommes nus. Il y a des scènes très ambiguës, mais elle nous rattrape à la fin. Elle porte quand même quelque chose. Philippe Chevilley

J’ai retrouvé le bon côté d'Angelica Liddell un peu tard. Je dois dire que je me suis beaucoup ennuyée pendant la première partie. Son propos est réactionnaire et cela créé chez nous un propos réactionnaire ce qui est très fort. Cela produit une forme de regret, me met dans un état étrange. Elle s’assume d’une manière tellement forte que cela en est presque impressionnant. Lucile Commeaux

>> LE COUP DE CŒUR DE PHILIPPE CHEVILLEY : "B. Traven", en tournée jusqu'au 6 juin

Texte et mise en scène de : Frédéric Sonntag

Présentation officielle : Comment faire le portrait d’un homme qui a passé sa vie à se dissimuler ? L’écrivain B. Traven inspire à l’auteur et metteur en scène Frédéric Sonntag un spectacle sur l’identité. En forme de puzzle.

Une journaliste américaine à l’âme aventurière, un squatteur parisien qui rêve du Chiapas, un scénariste persécuté, un boxeur poète : ces personnages du XXe siècle convergent vers un pays, le Mexique, et vers une seule histoire. Celle du romancier B. Traven. L’auteur du fameux Trésor de la Sierra Madre qui inspira le cinéaste John Huston, a maquillé son passé et propagé des rumeurs jusqu’à sa mort en 1969. Huit acteurs et deux musiciens donnent corps à une enquête labyrinthique où l’on glisse d’un récit à l’autre, d’une atmosphère de film d’espionnage à une critique du capitalisme. La projection d’images documentaires donne des repères sur le passé et le présent, le vrai et le faux et… sème parfois le doute. Se dessine en creux le visage de celui qui refusait d’avoir une seule identité. Et dont le destin continue à faire couler beaucoup d’encre. Frédéric Sonntag signe le dernier volet de son cycle théâtral baptisé Trilogie Fantôme, après George Kaplan autour du personnage du film La Mort aux trousses, et Benjamin Walter, double mystérieux de Walter Benjamin.

Avec : Simon Bellouard, Julien Breda, Romain Darrieu, Amandine Dewasmes, Florent Guyot, Sabine Moindrot, Malou Rivoallan, Fleur Sulmont, Paul Levis, Gonzague Octaville

Prochaines dates :

  • 29 > 31 janvier : Théâtre Dijon Bourgogne
  • 04 > 06 juin : Théâtre du Nord (Lille)

J'aime beaucoup ce que fait Sonntag, qui a toujours de très bonnes idées de départ. Les mouvements sociaux sont mis en parallèle et tout paraît relativement clair en 2 h 30. Il faut aller le voir, le redécouvrir. Il y a une jeunesse dans ce spectacle, une énergie. Philippe Chevilley

Vos commentaires :

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Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

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