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Spectacle vivant: Les trois soeurs et Troisième symphonie de Gustav Mahler

58 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir La Dispute, présentée par Antoine Guillot, s’intéresse au spectacle vivant en présence des critiques suivants :

  • Joëlle Gayot (France Culture)

  • Fabienne Pascaud (Télérama)

  • Anna Sigalevitch (France Culture)

Seront abordés les spectacles suivants :

Les trois soeurs d'Anton Tchekhov mis en scène par Alain Françon à la Comédie française du 18 avril au 20 mai.

Les trois soeurs
Les trois soeurs

La première mise en scène des "Trois Sœurs" à la Comédie-Française était celle de Jean-Paul Roussillon en 1979. Jean-Paul Roussillon dont le dernier rôle, deux mois avant sa mort, avait été dans "La Cerisaie", du même Tchekhov, monté par Françon en 2009 pour ses adieux au Théâtre de la Colline, qu’il dirigeait depuis 1996.

Alain Françon avait beaucoup aimé la mise en scène de Jean-Paul Roussillon, c’est ce qui l’a poussé, dit-il, à accepter la proposition de l’administrateur du Français, Muriel Mayette, de monter cette pièce. Sans doute aussi parce que "Les Trois Sœurs" fait partie, avec tout de même aussi "Oncle Vania", des rares textes de Tchekhov qu’il n’a pas encore mis en scène, depuis qu’il a monté "La Mouette" en 1995.

Mais plutôt que de proposer une relecture de la pièce, Alain Françon, comme il l’avait d’ailleurs fait pour "La Cerisaie", est retourné aux origines, c’est à dire à la mise en scène de Stanislavski en 1901, qui avait commandé l’œuvre à Tchekhov pour son Théâtre d’Art de Moscou. Il suivait en cela une recommandation de Peter Stein : « Quitte à monter Tchekhov, il faut aller voir ce que Stanislavski a fait : si on peut faire mieux, on le fera, mais si on fait comme lui, ce sera déjà pas mal. » Françon et son scénographe Jacques Gabel se sont donc plongés dans les cahiers de régie de Stanislavski, et ont reproduit notamment les principes de décor et de répartition dans l’espace des comédiens.

De la distribution d’origine lors de la création il y a trois ans, la version proposée ces jours-ci à la Comédie-Française conserve les rôles principaux, à commencer par les trois filles du général Prozorov, Florence Viala en Olga, la formidable Elsa Lepoivre en Macha, et Georgia Scalliet en Irina. On retrouve aussi Michel Vuillermoz dans le rôle du commandant Verchinine, et Coraly Zahonero dans celui de la méchante belle-sœur Natalia, ou encore Eric Ruf en Vassili Vassilievitch. En revanche, Guillaume Gallienne a cédé le rôle du frère, Andreï, à Stéphane Varupenne, Laurent Stocker est remplacé par Eric Génovèse dans celui du baron Touzenbach, et Danièle Lebrun reprend le rôle de la vieille nourrice originellement endossé par Hélène Surgère.

Je rappelle rapidement l’intrigue, chorale et multiple, des "Trois Sœurs" : la pièce commence un an après la mort de leur père, le général Prozorov, qui les a laissées dans une ville de province, elles qui ne rêvent que de retourner à Moscou, où elles sont nées. Leur frère, Andreï, qui rêve de grandes études, s’est entiché d’une fille du coin, Natalia, qu’il ne va pas tarder à épouser, et qui va prendre de plus en plus de place dans la maison. L’ennui est à peine égayé par l’arrivée d’une garnison et de son commandant, Virichine. A la fin du spectacle, quatre ans après, les illusions se sont effondrées, et au « A Moscou ! A Moscou ! » du début ne répond plus que le « Il faut vivre ! Il faut vivre ! » de la fin. Le tout dans une traduction, comme c’est original, d’André Markowicz et Françoise Morvan.

Antoine Guillot

Troisième symphonie de Gustav Mahler mis en scène par John Neumeier à l'opéra de Paris-Bastille du 9 avril au 12 mai.

La troisième symphonie de Gustav Mahler
La troisième symphonie de Gustav Mahler

Le ballet de John Neumeier sur la "Troisième Symphonie" de Mahler est entré au répertoire du Ballet de l’Opéra National de Paris le 13 mars 2009, mais il s’agit en fait d’une pièce qui a presque 40 ans, puisqu’elle a été créée en 1975 par l’Américain qui dirige depuis 1973 le Ballet de Hambourg. Et encore, le quatrième mouvement avait-il été lui créé en 1974 à Stuttgart en hommage au chorégraphe John Cranko, qui venait de décéder.

Cette symphonie est le premier succès comme compositeur de Gustav Mahler, célébré jusque-là pour ses talents de chef d’orchestre. Il l’avait conçue, je le cite, comme « un poème musical englobant toutes les étapes de la Création selon une ascension progressive qui commence par l’univers minéral pour culminer avec l’amour divin. » Mahler avait explicitement sous-titré chacun des six mouvements de sa symphonie, de "Ce que me content les rochers" pour le premier à "Ce que me conte l’amour" pour le dernier, en passant par "Ce que me content les animaux de la forêt" et "Ce que me conte le coucou", dit aussi "Ce que me content les anges".

John Neumeier, grand spécialiste de la mise en danse de Mahler, il en a exploré une dizaine d’œuvres, s’est affranchi des notations du compositeur pour se donner la liberté de retranscrire ce qu’il imagine en écoutant sa musique. On ne passe plus donc du minéral à l’amour divin, mais de la guerre à l’amour tout court, pour un ballet néo-classique à l’effectif pléthorique (dont les étoiles Isabelle Ciaravola, Dorothée Gilbert, Agnès Letestu, Laëtitia Pujol, Stéphane Bullion, Mathieu Ganio, Mathias Heymann, Hervé Moreau et Karl Paquette, en alternance, ce qui fait que je ne suis pas certain qu’on ait tous vu la même distribution autour de la table). Le tout ne m’a guère enthousiasmé, je dois dire, mon impression d’ensemble est celle d’une certaine confusion (y compris dans la direction musicale de Simon Hewett, on y viendra peut-être), d’un manque de précision, notamment dans les ensembles, et d’une trop grande visibilité de l’effort (ça sent, sinon la sueur, en tout cas le travail), qui vient peut-être de la longue durée du spectacle, presque deux heures sans entracte, un vrai marathon dansé.

Antoine Guillot

Ainsi que les coups de cœurs :

  • de Joëlle Gayot:

Iphis et Iante d'Isaac de Benserade mis en scène par Jean-Pierre Vincent au Théâtre Gérard Philippe du 15 avril au 6 mai.

Iphis et Iante
Iphis et Iante
  • d'Anna Sigalevitch :

Don Giovanni de Mozart mis en scène par Stéphane Braunschweig du 25 avril au 7 mai au Théâtre des Champs Elysées.

C’est une mise en scène magistrale, qui a quelques taches écarlates mais qui est essentiellement en noir et blanc, avec un décor d’une froideur clinique qui tourne un peu comme la roue du destin. Don Giovanni apparaît dès l’ouverture sur son lit de mort, prêt à être brûlé par les flammes du four crématoire et Leporello, son valet, le veille. C’est à travers le regard de Leporello que va se dérouler l’action, qui est une réminiscence de la dernière journée de son maître. Le valet est au centre de cette mise en scène. Dans le programme, on parle des années SIDA. Moi, je n’y ai pas vu cela de façon explicite, mais en tout cas j’y ai vu quelque chose de morbide. Il y a une sensualité sur le plateau, il y a de la chair, mais c’est une chair triste, il y a quelque chose qui se brûle, qui se damne. C’est consumer et se brûler plutôt que jouir. Une tension formidable se dégage de la scène. Braunschweig a dirigé les chanteurs avec une précision époustouflante. Le plateau vocal est magnifique : Markus Werba en Don Giovanni, Miah Persson en Donna Elvira, Robert Gleadow en Leporello. J’ai quelques réserves sur l’orchestre malgré une bonne direction de Jérémie Rhorer, mais cela est largement compensé par l’immense qualité de la mise en scène. C’est un beau, noble et puissant "Don Giovanni".

Anna Sigalevitch

Sans oublier la revue de presse culturelle de Christophe Payet.

Et le coup de fil passé à Jean Liermier, metteur en scène et directeur du théâtre de Carouge de Genève au sujet de sa mise en scène de L'école des femmes de Molière à la Maison de la culture d'Amiens le 6 et le 7 mai.

L'Ecole des femmes
L'Ecole des femmes

Pastille introductive: Jean-Laurent SILVI

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