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En haut : Je suis un pays ; en bas à gauche : Professeur Bernhardi ; à droite : Maîtres anciens

Théâtre : "Il a des ressources et du talent mais se complaît dans un autoportrait générationnel"

55 min
À retrouver dans l'émission

Théâtre ce soir avec une mise en scène de Thomas Ostermeier pour "Professeur Bernhardi" ; "Maîtres anciens", d'après le roman de Thomas Bernhard et "Je suis un pays" de Vincent Macaigne aux Amandiers.

En haut : Je suis un pays ; en bas à gauche : Professeur Bernhardi ; à droite : Maîtres anciens
En haut : Je suis un pays ; en bas à gauche : Professeur Bernhardi ; à droite : Maîtres anciens Crédits : Wavian et Mathilda Olmi, Arno Declair, Jean-Louis Fernandez

Professeur Bernhardi, théâtre des Gémeaux (du 23 novembre au 3 décembre)

Mis en scène par Thomas Ostermeier. Avec Jörg Hartmann, Sebastian Schwarz, Thomas Bading, Robert Beyer, Konrad Singer, Johannes Flaschberger, Lukas Turtur, David Ruland, Eva Meckbach, Damir Avdic, Veronika Bachfischer, Moritz Gottwald, Hans-Jochen Wagner, Christoph Gawenda, Laurenz Laufenberg.

Présentation officielle : Le professeur Bernhardi, médecin et directeur d’une clinique renommée, refuse à un prêtre l’accès à la chambre d’une patiente, à laquelle ce dernier veut donner l’extrême onction. En phase terminale d’une infection sanguine suite à un avortement qui a mal tourné, la jeune femme délire et se croit guérie. Bernhardi considère de son devoir de médecin et d’humaniste de lui permettre une « mort heureuse » en la maintenant dans son illusion. De son côté, le prêtre tient à son devoir religieux de gardien des âmes. Tous deux échouent : tandis qu’ils discutent, la malade meurt, alertée avant cela de son état par le personnel hospitalier qui, contre la volonté du médecin, a signalé la venue du prêtre. Pour Bernhardi, qui est d’origine juive, cet accident malheureux se transforme rapidement en un scandale politique qui menace de ruiner son existence et celle de sa clinique. On lui reproche de s’en prendre à dessein aux sentiments religieux chrétiens. Rapidement, un antisémitisme latent émerge et enfle. Pour protester contre Bernhardi, le conseil de direction de l’institut se désolidarise de lui. Des concurrents au sein du corps médical usent délibérément de ressentiments antijuifs afin de suspendre Bernhardi et d’intégrer, avec leurs amis, des postes haut-placés. Au Parlement, les populistes de droite obtiennent même l’ouverture d’une procédure pénale contre Bernhardi. Le ministre en charge Flint, un ami et ancien camarade d’université de Bernhardi, lui refuse finalement son soutien, afin de ne pas compromettre son propre programme politique avec cette affaire. Mais Bernhardi bénéficie soudain du soutien de l’extrême gauche, qui veut faire de lui un martyr. Ne voulant pas être instrumentalisé à leurs propres fins politiques, il renonce à une lutte ouverte contre le mensonge et pour sa réhabilitation.Professeur Bernhardi est l’un des rares textes dramatiques explorant minutieusement un contexte professionnel au-delà du cadre émotionnel et familial de ses personnages. Le monde professionnel de l’hôpital y est traité en modèle réduit d’une société dominée par le carriérisme, la concurrence et le ressentiment, à l’antisémitisme latent. Dans sa mise en scène de cette comédie de Schnitzler – c’est avec cette ambiguïté que l’auteur qualifiait sa pièce – Thomas Ostermeier s’attache particulièrement à la question de savoir comment un cas isolé peut devenir systématiquement instrumentalisé par un groupe afin de satisfaire ses propres intérêts et désirs de pouvoir ; comment des faits apparemment indiscutables peuvent être déformés et relativisés au point que « l’objectivement vrai » perde peu à peu ses contours. Que reste-t-il de la vérité lorsqu’elle se retrouve pulvérisée en interprétations divergentes ?

C'est un texte subtil et intelligent. Anna Sigalevitch

C'est l'art théâtral et le théâtre d'art portés au plus haut. La mise en scène est d'une élégance folle. Marie-José Sirach

Thomas Ostermeier se renouvelle constamment. Arnaud Laporte

C'est une mise en scène épurée qui délivre un propos politique à un moment où l'Allemagne en a besoin. Philippe Chevilley

Visuel du spectacle
Visuel du spectacle Crédits : Arno Declair

Maîtres anciens, du 22 novembre au 22 décembre au théâtre de la Bastille dans le cadre du festival d'Automne

Une création de et avec Nicolas Bouchaud.

Présentation officielle : Après avoir adapté La Loi du marcheur d'après Itinéraire d'un ciné-fils de Serge Daney, Un métier idéal de John Berger et Le Méridien de Paul Celan, revoilà Nicolas Bouchaud seul en scène. Avec ses complices habituels, Éric Didry et Véronique Timsit, il s'empare cette fois de Maîtres anciens, l’avant-dernier roman de Thomas Bernhard.  Sous-titré « Comédie » – car ce grand maître de la férocité qu'est Bernhard est aussi prodigieusement drôle – Maîtres anciens se déroule intégralement au Musée d'histoire de l'art de Vienne où le vieux Reger, critique musical, a donné rendez-vous à Atzbacher pour un motif qu’on ne découvrira qu'à la toute fin. Atzbacher est là, en avance, et observe Reger à la dérobée. Dans cette attente d'un rendez-vous, viennent se nicher réflexions, supputations, spéculations de l'un sur l'autre. Sous la forme d'un discours indirect, sans chapitre, sans retour à la ligne, sans même de point, le texte piétine, répète, ressasse et passe sans transition d'un sujet à un autre : sont convoqués pêle-mêle Heidegger, le deuil, l'art, l'héritage, la filiation. En portant ce roman à la scène, Nicolas Bouchaud conjugue la volonté de s’emparer d’un texte corrosif qui se laisse peu aisément apprivoiser et l’envie déjà ancienne « d’entrer dans un paysage d’écriture, un enchaînement radicalement impudent de pensées » dans lequel le souffle a une importance primordiale. « Avec Bernhard, il s'agit d'une écriture physique, il arrive que le rythme d’une phrase transmette le message le plus important, on est sans arrêt en mouvement, dans une fluctuation incessante entre le grotesque et le sublime. »Le paysage proposé ici s'en prend à tout et à tous, dans un jeu de massacre qui s'attaque comme toujours particulièrement aux Autrichiens, à l'Autriche, à l'art, à la société établie, aux règles rigides et aux convictions générales. Comme dans les trois adaptations précédentes, portées par la même équipe, il s’agit aussi d'une réflexion sur le travail de l'acteur et sur le sens d'une expérience théâtrale. Cette adaptation de Maîtres anciens propose non pas un discours ou la simple illustration d'un texte, mais un monologue « parmi les gens », une épreuve sensible qui ouvre un espace commun avec les spectateurs. Nicolas Bouchaud s'attache avant tout à produire un geste qui manifeste une puissance d'être et fait l'éloge de la dépense pour rien, d'autant plus que la grande leçon de ce livre est, selon lui, la façon qu'il a de rendre à chacun sa liberté. S’affranchir de la tradition, « sauter en dehors du rang des assassins » comme dit Kafka. Roman de la transmission, Maîtres anciens est aussi un roman de l'émancipation : si nous héritons bien de ceux qui nous ont précédés – des œuvres comme des hommes – il appartient à chacun de s'emparer librement de cet héritage.

- L.D.

Il y a comme une évidence dans cette collaboration artistique entre Nicolas Bouchaud et Eric Didry. Philippe Chevilley

Nicolas Bouchaud est dans la retenue et livre brillamment le texte de Thomas Bernhard. Marie-José Sirach

Il y a quelque chose de risqué, de plus théâtral dans cette proposition. Anna Sigalevitch 

Visuel du spectacle
Visuel du spectacle Crédits : Jean-Louis Fernandez

Je suis un pays, du 25 novembre au 8 décembre au théâtre de Nanterre-Amandiers et en tournée

Création et mise en scène de Vincent Macaigne.

Présentation officielle : Pour sa nouvelle création théâtrale, l’auteur, acteur, metteur en scène et réalisateur Vincent Macaigne part cette fois d’un drame qu’il a écrit il y a une vingtaine d’années. Au sortir de l’adolescence, il rédige une pièce, intitulée Friche 22.66, sur laquelle il reviendra pendant plusieurs années jusqu’à en esquisser une mise en scène alors qu’il est élève du Conservatoire de Paris. Féérie autant que drame épique, elle met en scène un monde onirique où se croisent anges et rois, communauté en péril et enfant-prophète. C’est une sorte de cauchemar d’angoisse dans lequel le mythe, le conte et le burlesque se confondent: l’image affolée d’un monde qui ne parvient pas à s’extraire de lui-même pour se renouveler, malgré ses annonces, ses rituels et ses destructions. Vingt ans plus tard, l’auteur se retourne sur son rêve de théâtre et le cauchemar semble être devenu réalité. La noirceur incandescente de la vision adolescente est devenue un fait, brouillard de poix qui nappe jeux politiques et structures sociales, les enferrant dans leur propre complaisance maniaque. Cette intuition n’est pourtant ni une promesse ni une prophétie, mais bien plutôt une énergie ressortie de la jeunesse qui vient buter sur le monde actuel – cette même jeunesse qui refuse le monde tel qu’il est et qui hante les plateaux de Macaigne depuis son Hamlet. En repartant de cet horizon, Macaigne reformule le constat d’une époque marquée par la tension entre un immobilisme assumé et une insatisfaction croissante.

Visuel du spectacle
Visuel du spectacle Crédits : Mathilda Olmi

Vincent Macaigne présente également deux autres pièces : Voilà ce que jamais je ne te dirai et En manque.

Je n'ai pas compris ce que ce spectacle raconte. 

C'est un enfant gâté du théâtre. Il a des ressources et du talent mais se complaît dans un autoportrait générationnel. Le spectateur vient consommer du Macaigne. Marie-José Sirach

Ce spectacle est agressif autant pour la vue que pour l’ouïe : je n'ai rien entendu du texte. 

C'est un spectacle autoritaire qui ne fait pas appel à l'intelligence du spectateur. Anna Sigalevitch

La machine tourne à vide à cause d'un texte raté. Les 3h 30 étaient longues... Philippe Chevilley

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