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Crédits : Armelle et Marc Enguérand, Monfort, Vincent Pontet, coll. Comédie-Française

Théâtre : "Le spectateur est invité à l'enterrement d'un couple mais c'est lui qui finit par s'interroger"

56 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir, La Dispute lève ses rideaux sur trois pièces : "Haute surveillance" de Jean Genet dans une mise en scène de Cédric Gourmelon à la Comédie française ; "Démons", mis en scène par Lorraine de Sagazan au théâtre Monfort et "Bouvard et Pécuchet" au théâtre de la Ville.

Crédits : Armelle et Marc Enguérand, Monfort, Vincent Pontet, coll. Comédie-Française
Crédits : Armelle et Marc Enguérand, Monfort, Vincent Pontet, coll. Comédie-Française

Haute surveillance, à la Comédie française (du 16 septembre au 29 octobre)

Avec Pierre Louis-Calixte, Jérémy Lopez, Sébastien Pouderoux et Christophe Montenez.

Présentation officielle : On y retrouve la mythologie qui traverse son œuvre et entoure sa vie : sa fascination pour les criminels, la masculinité, l’accomplissement de soi, la fatalité, le désir. L’action est resserrée autour de trois jeunes détenus. Le premier, nommé Yeux verts, figure charismatique, est un « vrai » assassin vénéré par deux délinquants, Maurice, gueule d’ ange à la beauté troublante, et Lefranc, le seul à ne pas être analphabète, qui a le privilège de lire et rédiger la correspondance entre le caïd et sa femme – l’absente, objet du fantasme commun.

Il fallait un amoureux et un praticien accompli de l’œuvre de Genet pour mettre en scène ce huis clos dense et poétique. Cédric Gourmelon a déjà monté Splendid’s, Le Funambule et Le Condamné à mort, poème mis en musique par Étienne Daho. Haute surveillance est un de ses textes fétiches qu’il crée aujourd’hui pour la troisième fois. Il conduit les acteurs de la Troupe dans les revers de cette écriture qui réclame un engagement physique intense. Ensemble, ils apprivoisent le style unique de l’auteur qui donne la parole et une forme de noblesse à de mauvais garçons comme lui mis au ban de la société. Là est l’immense talent du théâtre de Genet : « c’est la politesse à l’ égard de la matière, il consiste à donner un chant à ce qui était muet ».

Jean-Christophe Brianchon :

Le point le plus problématique de la mise en scène est cette incapacité à affronter la violence de la situation.

L'échec de cette production tient aussi au fait que le texte est compliqué à mettre en scène.

Marie-José Sirach :

Je vois des failles mais je suis sensible à la présence érotique des acteurs et à la sobriété de la scène.

Crédits : Comédie française
Crédits : Comédie française

Démons, au Monfort (du 26 septembre au 14 octobre)

Avec Lucrèce Carmignac et Antonin Meyer Esquerré.

Présentation officielle : Au fond c’est une banale histoire entre un homme et une femme. Un appartement avec un couple qui se débat pour se sentir vivant. Pour tromper l’ennui, ils invitent un autre couple, des voisins. Mais c’est tout l’immeuble qui vient. C’est-à-dire nous, assis là, témoins de cette violence, si maligne qu’elle ne s’immisce que dans l’intime. Les malins s’écorchent : chacun déverse son fiel, fait le show, chante faux et sourit forcé aux convives engagés fatalement dans le conflit affectif. Lorraine de Sagazan se glisse sous les mots crissants de cet héritier d’Ibsen et entaille précisément là où jaillissent nos monstruosités ordinaires, une fois ôté le masque de la bienséance sociale. Elle réécrit, flanque d’improvisations ce texte acéré et convie le spectateur en son cœur. Au centre, sur le fil de l’instant et de l’interaction, les deux acteurs exultent. Nous ne saurons jamais si c’est la fin d’un amour qui se joue ou sa perverse vitalité. C’est atroce mais jouissif, un théâtre de la déflagration, à fleur d’émotion et de sensation.

Marie-José Sirach :

Les deux comédiens sont formidables et la mise en scène très habile.

Jean-Christophe Brianchon :

Le spectateur est invité à l'enterrement d'un couple mais c'est le spectateur qui finit par s'interroger.

Bouvard et Pécuchet, au théâtre de la Ville (du 26 septembre au 11 juillet 2018)

Avec Jérôme Deschamps, Lucas Hérault, Micha Lescot et Pauline Tricot. Dans une mise en scène de Jérôme Deschamps.

Présentation officielle de Jean-François Perrier : L’œuvre dénonce avec une rage dévastatrice, la bêtise et la vanité de ses deux héros ridicules qui veulent tout savoir et tout comprendre : agriculture, sciences en tout genre, littérature, politique, amour, philosophie, religion, éducation… Rien n’échappe à la boulimie de connaissance des deux copistes à la curiosité tout autant insatiable que maladroite. En actualisant par quelques touches personnelles les aventures de Bouvard et Pécuchet, Jérôme Deschamps se met fidèlement dans les pas du romancier pour offrir une version pleine d’humour, de tendresse parfois, mais d’une méchanceté réjouissante et salvatrice. Accompagné de Micha Lescot, il donne vie au duo burlesque dont la folie douce et la férocité produisent un enchaînement de gags plus déjantés les uns que les autres. Maupassant disait qu’« un comique particulier, un comique intense » se dégageait de cette œuvre… Jérôme Deschamps et ses compagnons le prouvent pour notre plus grand plaisir.

Philippe Chevilley :

C'est une fantaisie clownesque autour de Flaubert.

Jean-Christophe Brianchon :

Sur le plan artistique, la proposition est légère. Mais en dehors de la scénographie, les acteurs sont remarquables.

Marie-José Sirach :

La pièce est très contemporaine sous plusieurs aspects.

Crédits : Pascal Victor
Crédits : Pascal Victor

Le coup de cœur de Philippe Chevilley :

Le Pays lointain de Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Clément Hervieu-Léger (au théâtre national de Strasbourg du 8 au 13 octobre, puis tournée jusqu'à fin mai).

Présentation officielle : Jean-Luc Lagarce (1957-1995) est aujourd'hui l'un des auteurs contemporains les plus joués en France. Le Pays lointain, que met en scène Clément Hervieu-Léger, est sa dernière pièce, réécrite à partir de Juste la fin du monde. Sachant qu’il va mourir, Louis, pas même âgé de quarante ans, décide de retourner vers sa famille pour l’annoncer. Dans ce voyage, où présent et passé se mêlent, il traverse ce que furent les vingt dernières années de sa vie : la nouvelle famille qu’il s’est choisie, son amant mort, ses amours possibles ou vécus, son travail d’écrivain… Un chemin chaotique, poignant, plein d’humour aussi, vers l’ultime confrontation.

Clément Hervieu-Léger est comédien − pensionnaire de la Comédie-Française depuis 2005 − et metteur en scène de théâtre et d’opéra. Il a été collaborateur artistique de Patrice Chéreau. Il a principalement mis en scène, notamment à la Comédie-Française, des œuvres de Molière et Marivaux. Il a écrit Le Voyage en Uruguay, mis en scène par Daniel San Pedro avec qui il codirige, depuis 2010, la compagnie des Petits Champs.

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