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En haut de gauche à droite : King Kong Théorie © Stanley Woodward / Le triomphe de l'amour © Pascal Gely. En bas : Les Ondes magnétiques, David Lescot ®Vincent Pontet

Théâtre : "Jamais les personnages ne semblaient autant manquer de mots pour le dire"

55 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir dans la Dispute consacrée au théâtre, David Lescot nous raconte la grande vague de la libération des ondes, Denis Poladydès à travers Marivaux se questionne sur le désir amoureux et Vanessa Larré bouscule les idées reçues sur la place donnée aux femmes et aux hommes dans notre société.

En haut de gauche à droite : King Kong Théorie © Stanley Woodward / Le triomphe de l'amour © Pascal Gely. En bas : Les Ondes magnétiques, David Lescot ®Vincent Pontet
En haut de gauche à droite : King Kong Théorie © Stanley Woodward / Le triomphe de l'amour © Pascal Gely. En bas : Les Ondes magnétiques, David Lescot ®Vincent Pontet

"Le triomphe de l'amour" jusqu'au 13 juillet au Théâtre des Bouffes du Nord

Le Triomphe de l'amour - Denis Podalydès © Pascal Gely
Le Triomphe de l'amour - Denis Podalydès © Pascal Gely

De Marivaux
Mise en scène Denis Podalydès, Sociétaire de la Comédie-Française

Présentation du metteur en scène : Marivaux regarde de tout près comment agit le désir amoureux : d'où ça part, ça monte, comment ça vient aux lèvres, comprimé, réprimé, comment ça se trahit d'une manière ou d'une autre, comment ça éclate. C'est l'aveu impossible et qui jaillit pourtant. Un tout petit mot, un petit rien, et ce petit rien fait vaciller le monde. Il regarde ce rien opérer dans la langue elle-même. C'est une maladie, une contagion. Dans un certain éclat d'esprit, apparemment enjoué, s'entend une effroyable violence du cœur. Le Triomphe de l'Amour est un saccage, une hécatombe.

Le langage est le champ de bataille, le langage fait enrager la bête en voulant lui donner forme raisonnable, le langage la nourrit et décuple ses forces. L'homme ou la femme qui aime se transforme en monstre, séduit et fait peur, bouleverse, affole, laisse l'autre exsangue. Il n'y a pas d'amour heureux: l'amour-propre, l'orgueil humain, l'inconscient, conduisent le cœur et se jouent de la raison.

On comprend que certains grands personnages de Marivaux, soucieux de paix, de bienveillance, de lettres aussi, renoncent délibérément à l'amour, s'en écartent, fondent une petite société à part de ses dangers et de ses charmes.

J'aime la figure du philosophe à l'écart. Hermocrate a constitué une petite société organisée philosophiquement selon ses principes. On y jardine, on y fait de la musique, on y lit, on y boit et mange, mais on n'y aime point. L'Utopie d'Hermocrate tient à ce renoncement.

L'harmonie règne au prix d'une mutilation.

La princesse Léonide, travestie en homme sous le nom de Phocion, arrive innocemment. Elle ne connaît pas non plus l'amour. Prise au jeu, inconsciente de la maladie qu'elle propage dans le jardin philosophique, elle mène simultanément trois conquêtes amoureuses avec autant de virtuosité que d'innocence.

Hermocrate, sa sœur Léontine et le Prince Agis succombent, non parce qu'ils ont affaire à une femme diabolique, mais à l'Ange, à l'Amour en personne, qu'ils avaient cru chasser du jardin.

L'avis des critiques : 

J’ai passé un moment très agréable, il y a une belle distribution, le décor posé à même le sol installe une certaine intimité. C’est une pièce intéressante, Marivaux est presque sérieux dans sa quête philosophique. Marie-José Sirach

J’ai beaucoup aimé le spectacle, même si je préfères lire Marivaux plus que de le voir jouer. Là où la mise en scène est réussie est que Denis Podalydès met en lumière les corps, il joue vraiment sur la question du désir. Lucile Commeaux

J’ai vu le spectacle à la création à Amiens. Malgré le brio de Denis Podalydès, j’ai trouvé la distribution maladroite. Ce texte plus que du triomphe parle du désastre de l’amour, c’est d’une noirceur terrible. Jamais les personnages ne semblaient autant manquer de mots pour le dire et en cela c’est formidable. Fabienne Pascaud

L’entame est assez difficile d’accès mais cela est peut-être dû à la langue de Marivaux. Le spectacle a un rythme soutenu, les scènes de séductions s’enchaînent et c’est réussi. La distribution est assez homogène. Arnaud Laporte

"Les Ondes magnétiques" jusqu'au 1er juillet au Théâtre du Vieux-Colombier de la Comédie-Française

Les Ondes magnétiques, David Lescot - ®Vincent Pontet
Les Ondes magnétiques, David Lescot - ®Vincent Pontet

Ecrit et mise en scène par : David Lescot

Présentation officielle : Nouvellement élu Président de la République, François Mitterrand met fin au monopole d’État de la radiodiffusion instauré à la Libération. Depuis son élection, les radios pirates foisonnent, un an plus tard près de 2 000 radios libres sont recensées.
L’auteur et metteur en scène David Lescot peint, à travers la révolution des ondes, l’état d’esprit du début des années 1980, les trois premières années de la gauche au pouvoir en France jusqu’au tournant de la rigueur : « utiliser la scène pour créer une radio libre, sa création clandestine, son existence interdite puis légale, sa mutation. Comment l’histoire de la France de cette époque et celle du destin des radios se superposent, comment on peut raconter l’une à travers l’autre. Raconter cette époque utopique, fantasmée, c’est aussi choisir une certaine distance pour nous regarder nous-mêmes. » Après avoir adapté Les Derniers Jours de l’humanité de Karl Kraus en 2016 au Théâtre du Vieux-Colombier, David Lescot retrouve la Troupe avec un texte spécialement écrit pour elle et décrypte l’air d’un temps, celui de sa jeunesse, « tel un manifeste esthétique où l’art et la vie se mêlent indissociablement » annonce-t-il. À l’heure où Internet est devenu un nouvel emblème, qu’en est-il de nos utopies et de cette grande vague de la libération des ondes ?

L'avis des critiques : 

Je n’aime pas vraiment le théâtre lorsqu’il veut nous raconter l’Histoire avec un grand H surtout quand c’est avec une façon si volontariste. Mais le spectacle évolue plutôt bien car il se déleste du côté démonstratif. J’attendais quelque chose de l’ordre de la création sonore et ici David Lescot échoue à nous faire aimer la radio. Il n'y a pas de discours engagé, ce sont des stéréotypes et des clichés qui sont présentés ici. Lucile Commeaux

Je me suis mortellement ennuyée pendant ce spectacle. J’aime ce que fait David Lescot et le théâtre documentaire, mais peut-être pas monté de cette façon. Je vais au théâtre pour voir des incarnations, de la chair. Fabienne Pascaud

C’est extrêmement intéressant de vouloir raconter cette épopée. Tout est reconstitué de façon extrêmement documentée, ce désir de semer le désordre, d’inventer de nouvelles règles d’interview… Marie-José Sirach

"King Kong Théorie" jusqu'au 7 juillet au Théâtre de l'Atelier 

King Kong Théorie © Stanley Woodward
King Kong Théorie © Stanley Woodward

De : Virginie Despentes
Mise en scène : Vanessa Larré

Présentation officielle : Porté à la scène pour trois comédiennes, ce coup de gueule aussi réjouissant que précurseur de Virginie Despentes bouscule avec vigueur, style et humour les idées reçues sur la place donnée aux femmes et aux hommes dans notre société. Libérateur !

L'avis des critiques : 

Ce que je retiens de ce spectacle est la qualité de l’adaptation, on entend vraiment la pensée et les idées de Virginie Despentes. Arnaud Laporte

C’est un texte rude, cru, punk et c’est salutaire ! Et la salle est acquise à ce texte. Mais j’ai été complètement atterrée par le jeu vraiment plat des trois actrices…  Marie-Josée Sirach

Le jeu un peu « plat » est au service du texte finalement, cela lui ôte la surcharge émotionnelle. Il y a une grande forme d’ironie, j’ai été vraiment séduite. Lucile Commeaux

J’ai été saisi par cette large présence féminine, réjouissante et communicative au Théâtre de l'Atelier. La parole si forte et décapante de Virginie Despentes nous redonne un coup de fouet sans victimiser les femmes ni détester les hommes. Fabienne Pascaud

Vos commentaires :

Avant et pendant l'émission, réagissez et donnez votre avis sur le compte Twitter et la page Facebook de la Dispute.

Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records)

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