LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
4ème débat "L'année vue par... l'histoire". François : le pape fait-il vraiment la révolution ?

François : le pape fait-il vraiment la révolution ?

53 min
À retrouver dans l'émission

Est-ce qu'on peut faire la révolution dans une institution vieille de presque 2 000 ans et dont la continuité est une valeur essentielle ?

4ème débat "L'année vue par... l'histoire". François : le pape fait-il vraiment la révolution ?
4ème débat "L'année vue par... l'histoire". François : le pape fait-il vraiment la révolution ? Crédits : Adrien Landivier - Radio France

Le cardinal Bergoglio, ancien évêque de Buenos Aires a été élu pape le 13 mars 2013. C'est le premier pape non-européen depuis le XVIIIème siècle et le premier pape jésuite, premier pape qui prend le nom de François, nous étions dans la rupture dès le départ, en tout cas, en apparence.
Il est très populaire, autant chez les catholiques que chez les non-croyants, il est perçu comme un pape humble, social et débonnaire qui va changer la papauté. Et il est perçu surtout en opposition à Benoît XVI, alors qu'il est peut-être dans la continuité des réformes lancées par son prédécesseur. 

Et c'est sur cette thématique que la table ronde commence, avec la question de la distance, ou plutôt de l'absence de distance que le pape François met avec le règne de Benoît XVI. 

Benoît XVI en démissionnant a désacralisé la fonction papale, quelque part il a dit qu'il y avait le pape, et qu'il y avait l'homme et que lui n'était que l'homme et qu'il n'avait pas les moyens de continuer sa fonction. Il y a une rupture avec l'élection de François, que d'ailleurs, les cardinaux électeurs n'avaient probablement pas perçue. Une rupture de trois manières : c'est un pape qui veut réformer la curie, c'est ce pourquoi il a été élu d'ailleurs, pour introduire plus de transparence, d'efficacité, de la mettre plus au service de l'Eglise, comme un gouvernement de l'Eglise. Il veut aussi réformer le système de gouvernance de l'Eglise, qui représente quand même un milliard de personnes dans le monde entier, il fait donc appel à la synodalité, qui est une conception de Vatican II qui consiste à donner plus de pouvoir aux églises locales. Et la troisième réforme, à laquelle les cardinaux électeurs ne s'étaient pas attendu, c'est de changer la manière qu'à l'Eglise de juger le monde : ce n'est pas un pape européen, il n'a donc pas cette histoire constantinienne d'une Eglise politique qui a imprégné l'Eglise européenne, pour lui l'Eglise n'est pas là pour faire des lois ou de la politique, elle est là d'abord pour annoncer le Christ. Isabelle De Gaulmyn

Très vite, la question des conditions de possibilité d'une révolution dans l'Eglise devient centrale dans la conversation. 

A partir du XIXème siècle, le pape a une autorité qui est reconnue par tous dans l'Eglise. Si le pape peut faire la révolution, je ne pense pas qu'il la fera, mais s'il peut la faire, c'est parce qu'il s'agit du dernier monarque absolu au monde. Il n'y a pas de contre-pouvoir s'il veut changer l'Eglise. Il y a certes les pesanteurs dont il hérite de ses prédécesseurs, il n'a pas nommé les évêques, mais honnêtement, il n'y a plus beaucoup de moyens de s'opposer au pape. Au XVIIème siècle, un évêque peut dire non au pape de façon beaucoup plus tranchée que maintenant. Alain Tallon

Là vous avez l'arrivée d'un prélat argentin, jésuite, ce n'est pas sans importance, qui a traversé des difficultés dans sa jeunesse. Alors certes, Benoît XVI aussi avec le nazisme pendant la guerre, mais qui a traversé des difficultés considérables à l'époque où il était provincial des jésuites et qu'il s'agissait de préserver la vie d'un certain nombre de jésuites de sa province, de plus, il a une expérience pastorale très importante. Par rapport à son prédécesseur, qui avait été pendant un an et demi archevêque de Munich et ça ne s'était pas très bien passé. François a appris à s'adresser non seulement aux jésuites de sa province mais aussi aux foules de son évêché, mais plus encore, il est allé à la rencontre des gens pendant des années. Ce qui n'est pas le cas de Benoît XVI qui est un homme de science, un théologien unanimement reconnu comme grand théologien, un homme de bibliothèques. La communication c'est aussi un problème de charisme personnel. Jean-Luc Pouthier

La table ronde se conclut sur une brève revue des diverses oppositions au pape François.

S'il y a une opposition actuellement au pape François, elle est à chercher au niveau des prêtres, ils ont le sentiment que le pape leur demande beaucoup et les critiques beaucoup. Dans la lignée de Vatican II et de cette théologie du peuple, il est important de donner plus d'espace aux laïcs, donc il faut qu'il y ait plus de laïcs à la tête de congrégations, il faut leur donner plus de pouvoir et d'importance. Mais il y a un problème de droit, ce que pour être à la tête d'une congrégation, il faut être évêque. C'est pour ça qu'il n'y a pas de laïcs et encore moins de femmes, c'est pour ça qu'il n'y a aucune femme responsable au Vatican. Il va donc changer le droit pour permettre de nommer des laïcs aux congrégations.        
Il ne va pas pour autant nommer des femmes évêques, mais plutôt permettre à des laïcs, hommes ou femmes, d'être présidents de conseils pontificaux, etc. Les femmes évêques ce n'est pas tellement dans l'ADN de ce pape, d'ailleurs il n'est pas très féministe. Il a une conception d'Amérique latine, la femme c'est plutôt la mère. Je ne pense pas qu'on assiste avec ce pape à une révolution de la place de la femme dans l'Eglise, alors que Benoît XVI avait pris l'habitude de s'entourer de femmes théologiennes, donc pas vraiment pour servir le café. Isabelle De Gaulmyn

Emission enregistrée en public le samedi 25 avril 2015 au Grand amphithéâtre de La Sorbonne

Intervenants
  • rédactrice en chef à La Croix
  • Chercheur associé au Centre de Recherches Interdisciplinaires en Sciences humaines et Sociales de Montpellier III.
  • Professeur d’histoire moderne à la faculté des lettres Sorbonne Université
  • Journaliste et historien, ancien conseiller culturel à l’Ambassade de France près le Saint-Siège. Professeur à l'Institut d'études politiques de Paris
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......