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Fresque érotique provenant de la maison des Vettii à Pompei, classée au Patrimoine mondial de l'Unesco en 1997.
Épisode 3 :

La sexualité dans la Rome antique

52 min
À retrouver dans l'émission

Les mythes fondateurs de Rome ont-ils induit des pratiques sexuelles particulières ? Ces pratiques ont-elles évolué entre la République et l'Empire ? Y a-t-il eu un bouleversement des rapports sexuels entre hommes et femmes à l'époque d'Auguste ?

Fresque érotique provenant de la maison des Vettii à Pompei, classée au Patrimoine mondial de l'Unesco en 1997.
Fresque érotique provenant de la maison des Vettii à Pompei, classée au Patrimoine mondial de l'Unesco en 1997. Crédits : Dea / Archivio J. Lange - Getty

Pour connaître la vie sexuelle des Romains, n'ayant pas de témoignages autobiographiques, nous sommes souvent contraints de nous appuyer sur des représentations littéraires ou des légendes, qui nous éloignent obligatoirement de la réalité vécue. On peut aussi s'appuyer sur des sources juridiques, des textes médicaux ou philosophiques, qui peuvent apporter un point de vue complémentaire, mais ce n'est dans tous les cas jamais exhaustif, comme le souligne Géraldine Puccini.

Des pratiques sexuelles romaines

Pour parler de sexualité dans la Rome antique, il faut avant toute chose se remettre en tête deux points importants, pour éviter toute forme d'anachronisme. D'abord, le fait que la sexualité romaine est totalement phallocentrique : on ne conçoit pas de sexe sans pénis et sans pénétration. Ensuite, le fait que le terme même de sexualité n'existe en réalité pas à cette époque, pas plus donc que l'hétéro- ou l'homosexualité. Ces catégories modernes ne correspondent pas du tout à la sexualité antique, en tant qu'elles sont fondées sur le sexe biologique du partenaire, alors que ce qui compte dans la Rome antique, c'est d'une part le statut social, et d'autre part le rôle (actif ou passif) joué dans la relation sexuelle.

Rappelons par ailleurs que la sexualité romaine est marquée par une forte dichotomie : les matrones romaines ne sont chargées que du sexe à visée procréative, alors que les prostituées, elles, sont chargées du sexe du plaisir - c'est à elles qu'il revient d'apaiser les pulsions sexuelles des Romains. De surcroît, des règles très strictes encadrent l'acte sexuel : il faut se retirer du regard des autres - même au bordel -, et la nudité complète ne peut être que le fait des prostituées, les matrones devant quant à elles toujours garder une nuisette.

Quant à l'apprentissage de la sexualité, il se fait pour les jeunes garçons uniquement, puisque la jeune fille romaine ne doit découvrir la sexualité que lors de sa nuit de noces - nuit où elle est conduite au lit nuptial par la pro-nuba, une matrone qui lui donne quelques conseils juste avant la rencontre avec son futur mari. Les jeunes hommes, en revanche, sont encouragés pendant leur célibat à s'éduquer auprès de prostituées, de courtisanes, ou d'affranchi(e)s : auprès de femmes qui connaissent déjà bien le sexe. 

Sexualité et mythes

Dans Les femmes et le sexe dans la Rome antique, la docteure en histoire Virginie Girod s'intéresse à la manière dont les normes sexuelles romaines sont justifiées par les mythes fondateurs de Rome.

Il faut rappeler que la violence faite au corps féminin est, dans la mythologie, constitutive de la fondation de Rome : Romulus est en effet issu du viol de la vestale Rhéa Silvia par le dieu Mars, et lui-même commet par la suite un certain nombre de viols avec ses camarades, puisque les peuples voisins refusent de leur donner en mariage leurs filles.

Mais cette violence est ensuite apaisée par le discours de Romulus, qui promet aux jeunes femmes enlevées qu'elles seront épousées et respectées par les hommes, qui les tiendront en affection : la violence physique initiale se résout dans le mariage. C'est ce que traduit le mythe de l'enlèvement des Sabines, qui permet ainsi aux femmes romaines de s'identifier aux premières matrones, à qui l'on ne demande rien d'autre que d'être de bonnes épouses, de mettre au monde des enfants, et de filer la laine. 

Une "révolution" des rapports sexuels sous Auguste ?

En lisant les poètes élégiaques, on voit que la société romaine a changé au Ier siècle avant Jésus-Christ : il y a une forme de légèreté, de pulsion de vie, d'envie d'aller vers l'autre, liées à la fin d'une grande période de guerre civile.

Ovide, à travers Les Élégies ou L'art d'aimer, propose une œuvre particulièrement provocatrice, qui va à l'encontre des normes morales, notamment sexuelles, de son époque, Auguste ayant la volonté de reforger les vieilles valeurs romaines de virtus et de pietas. À l'inverse, Ovide appelle à une forme de libération sexuelle, incitant notamment les matrones à tromper leur mari.

Cependant, il ne faut pas se laisser abuser par ces œuvres littéraires, et rappeler que les pratiques sexuelles évoluent dans les faits lentement, comme le souligne ici Sylvie Laigneau-Fontaine. Le sexe conjugal reste à visée procréative, dépourvu de plaisir, et l'attention au corps et à la sexualité reste très limitée. 

Co-animé par Delphine Saltel.

Textes lus :

  • Mythe de Psyché et Cupidon, Métamorphoses, Apulée
  • L'art d'aimer, Ovide
Intervenants

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