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1919, signature du Traité de Versailles. De gauche à droite, Woodrow Wilson, Georges Clémenceau, Lord Arthur Balfour et Vittorio Orlando
Épisode 1 :

Il y a 100 ans, le Traité de Versailles

52 min
À retrouver dans l'émission

Après quatre années de guerre, le 18 janvier 1919, les représentants des trente-deux pays belligérants se retrouvent à Paris pour élaborer le traité de Versailles (et fonder la Société des Nations). Retour sur un traité de paix qui paradoxalement porte en lui le germe de la Seconde Guerre mondiale.

1919, signature du Traité de Versailles. De gauche à droite, Woodrow Wilson, Georges Clémenceau, Lord Arthur Balfour et Vittorio Orlando
1919, signature du Traité de Versailles. De gauche à droite, Woodrow Wilson, Georges Clémenceau, Lord Arthur Balfour et Vittorio Orlando Crédits : KEYSTONE-FRANCE/Gamma-Rapho - Getty

Emmanuel Laurentin s'entretient avec Georges-Henri Soutou, membre de l'Institut de France, professeur émérite à l'Université Paris-Sorbonne et et préfacier de La Paix d’André Tardieu (1921, nouvelle édition Perrin, 2019).

Le traité de Versailles ne va cesser d’obliger ceux qui en ont été les acteurs - et qui voulaient la paix - à se justifier de ses conséquences. Comment expliquer que ce moment soit devenu un point de fixation des inimitiés internationales ? 

Georges-Henri Soutou : C’est en effet le Traité de toutes les insatisfactions. C’est très frappant quand on lit les compte-rendus de débats pour sa ratification dans les chambres françaises, personne n’est content : pas assez dur pour les uns, ou au contraire trop impérialiste pour les socialistes. Par rapport à l’immensité des pertes et des souffrances subies au cours de la guerre, il y a une déception. Que l’on soit de gauche ou de droite, tout le monde pense que le Traité n’assure pas la sécurité. Et dès 1920, quand il faut commencer à mettre en œuvre ses dispositions, les difficultés commencent : concrètement, ça ne marche pas. Pour la Grèce, pour l'empire ottoman, ça ne marche pas. En somme, personne n’est satisfait, y compris chez les vainqueurs. Quant aux Etats-Unis, dans la mesure où le président Wilson n’a pu le faire ratifier par le Sénat, le Traité est inexécutable sur le plan économique et financier. Wilson est décidé à utiliser le fait que les Alliés auront besoin des crédits américains pour se reconstruire. Conscient de la puissance américaine, il pense pouvoir dire aux Français et aux Britanniques, dès que leurs opinions publiques seront calmées, qu’il faut revoir les exigences en matière de réparations, que le Traité permet de tenir davantage compte des possibilités réelles de paiement de l’Allemagne, et de réintégrer celle-ci dans une égalité de droits économiques et commerciaux. Mais cela aussi, ça va échouer. 

Qu’a-t-on perdu avec cette paix de 1919 ?

Georges-Henri Soutou : La possibilité de faire ce qu’avaient fait les Alliés en 1814-1815 au Congrès de Vienne. A l’époque, la France napoléonienne, vaincue, avait été très vite réintégrée dans le concert européen, avec des droits égaux. Et on n’a pas prétendu faire peser sur elle une faute morale, ontologique, voire culturelle. Cette rhétorique moralisatrice va être une des grandes nouveautés du Traité de Versailles. Quand on regarde la naissance du mouvement national-socialiste, son audience est au départ limitée mais elle va progresser à cause d’un ensemble d’éléments qui sont liés à ces taches sur l’honneur allemand, à une époque où ces notions d’honneur national sont dominantes.

Le traité de Versailles, négocié à la conférence de paix de Paris, fut signé en 1919 avec un stylo Waterman en or. Cette publicité visait à faire la promotion de l'objet, grâce à cet événement historique.
Le traité de Versailles, négocié à la conférence de paix de Paris, fut signé en 1919 avec un stylo Waterman en or. Cette publicité visait à faire la promotion de l'objet, grâce à cet événement historique.

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