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Maqam Echahid, le mémorial aux martyrs de la guerre d'indépendance (1954-1962) érigé en 1982 à Alger
Épisode 3 :

Guerre d’indépendance : des mémoires multiples... et concurrentes ?

51 min
À retrouver dans l'émission

1958-2019. A l'image de bien d'autres mémoires de conflits armés, la mémoire de la guerre d'indépendance se révèle depuis bientôt 60 ans rétive aux tentatives du pouvoir algérien pour la corseter, l'enfermer dans un récit national univoque. La Fabrique analyse ce feuilletage complexe des mémoires...

Maqam Echahid, le mémorial aux martyrs de la guerre d'indépendance (1954-1962) érigé en 1982 à Alger
Maqam Echahid, le mémorial aux martyrs de la guerre d'indépendance (1954-1962) érigé en 1982 à Alger Crédits : DeAgostini - Getty

Emmanuel Laurentin et Séverine Liatard s'entretiennent avec Emmanuel Alcaraz, auteur de Les lieux de mémoire de la guerre d’indépendance (Karthala), Karima Dirèche, historienne, directrice de l'Institut de recherche sur le Maghreb contemporain de Tunis et Nedjib Sidi Moussa, sociologue, auteur de Algérie, une autre histoire de l’indépendance (PUF).

On a vu la mémoire de la guerre d’indépendance resurgir dans les récentes manifestations. Comment interpréter la convocation de ces symboles par le printemps algérien ?

Emmanuel Alcaraz : On assiste en effet à une réappropriation d'une mémoire dont le pouvoir revendiquait jusque-là le monopole. On a vu par exemple des étudiants déposer des post-it sur la stèle dédiée à Maurice Audin, militant communiste et anti-colonial français.

Nedjim Sidi Moussa : On a vu aussi la foule brandir des portraits de dirigeants nationalistes et de maquisards comme Krim Bel Kacem, Amirouche, Si El-haouès ou Mostefa Ben Boulaïd, des figures minorées ou stigmatisées par l'histoire officielle. Même le portrait de Messali Hadj a été brandi à Tlemcen. Alors que le pouvoir algérien s'est toujours montré réticent à reconnaître le pluralisme du mouvement anti-colonial (le courant incarné par Ferhat Abbas, ou plus encore celui incarné par Messali Hadj, longtemps ostracisé) et que, d'autre part, les communistes ont été délégitimés par les conservateurs arabo-islamiques - ces symboles "dissidents" ou alternatifs qui resurgissent aujourd’hui font bien le lien entre la révolution d'hier et la révolution démocratique d’aujourd’hui, en soulignant la difficulté qu'a eu l'Algérie à construire une mémoire de la guerre d'indépendance reflétant l’ensemble des sensibilités qui se sont exprimées au sein du mouvement anti-colonial.

Karima Dirèche : Dès l’indépendance, l'histoire en tant que discipline a été kidnappée par le pouvoir, pour aboutir à un récit national figé, héroïque et martyrologique. Alors que cette histoire officielle s'est maintenue dans les programmes scolaires et les pratiques pédagogiques, elle a été progressivement discréditée : on continue de l'apprendre mais on n’y croit pas. De la même façon que la rue aujourd'hui renvoie les élites politiques algériennes qui continuent de mobiliser une rhétorique d’arrière-garde héritée d'un logiciel obsolète aux attentes d'une société qui sont à des années-lumière. On assiste aujourd’hui à un déverrouillage complet des enjeux mémoriels sensibles.

Musiques diffusées

  • Diaz, La bataille d'Alger (2016)
  • Choeur du FLN, Nostra Algeria (1962)
Fresque sur la guerre d'Algérie, Oued Tlelat, Algérie, juillet 1987
Fresque sur la guerre d'Algérie, Oued Tlelat, Algérie, juillet 1987 Crédits : Christian SAPPA/Gamma-Rapho - Getty
Intervenants
  • historien, chercheur associé à l’Institut des sciences sociales du politique de l’Université de Nanterre
  • historienne, Directrice de l'Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain
  • docteur en science politique (Panthéon-Sorbonne)

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