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Statue du Vizir Paramessu (Ramsès I, circa 1323-1295 avant J.-C.) / Statue de scribe assis, 2400 ans av. J.-C.
Épisode 2 :

Les pharaons ont-ils inventé l'Etat... ou la bureaucratie ?

52 min
À retrouver dans l'émission

Si le pharaon est le premier fonctionnaire de l'état, son pouvoir s'exerce par l'intermédiaire d'un corps de fonctionnaires hiérarchisé, puissant et instruit. Du vizir au scribe, du surintendant du trésor au directeur des greniers, plongée dans les arcanes de l'administration égyptienne...

Statue du Vizir Paramessu (Ramsès I, circa 1323-1295 avant J.-C.) / Statue de scribe assis, 2400 ans av. J.-C.
Statue du Vizir Paramessu (Ramsès I, circa 1323-1295 avant J.-C.) / Statue de scribe assis, 2400 ans av. J.-C. Crédits : Fine Art Images/Heritage Images - Getty

Emmanuel Laurentin s'entretient avec Chloé Ragazzoli, maîtresse de conférences à l’Université Paris-Sorbonne Paris IV, Frédéric Payraudeau maître de conférences en archéologie égyptienne à l’Université Paris-Sorbonne Paris IV. 

Déployer une administration impériale complexe est-ce inventer l'Etat ?

Chloé Ragazzoli : Pas exactement. Dans les états traditionnels, la notion d’état n’existe pas. On n’a pas d’unité de traitement du territoire : tout est très pragmatique, fluide, empirique. Il y a des zones très connectées au pouvoir central, directement exploitées, et d’autres qui le sont moins. Mais on utilise tous les systèmes possibles pour amarrer ces morceaux de territoires au roi… mais qui n’est jamais que la tête cérémonielle. Un peu comme la reine d’Angleterre : il incarne le pouvoir par sa seule présence mais il n’existe pas un "état" distinct de lui. L’Egypte ancienne est un "état tributaire", c’est-à-dire un état territorial qui dispose d’un appareil bureaucratique et administratif dont le but est le contrôle et l’appropriation des ressources économiques et symboliques du territoire qui vont lui permettre de maintenir son rang, de lancer un certain nombre de grands travaux et de rémunérer la population, par la redistribution.

Frédéric Payraudeau : On parle aussi d’"état patrimonial" au sujet de la monarchie égyptienne : le roi est le gestionnaire de d’un domaine qui est celui des dieux, mais qu’il administre pour eux puisqu’il est leur héritier.

Une bureaucratie complexe est-elle synonyme de rationalité ?

Chloé Ragazzoli : Non, parce que d’une part, il n’y a pas d’organigramme fixe, théorique, posé a priori de l’administration égyptienne. C’est une structure extrêmement souple, adaptative. Les compétences des différents offices administratifs dépendent des réseaux de leurs détenteurs : ce qui structure la société égyptienne, ce sont des réseaux de patronage, le clientélisme. Et d’autre part, parce que la pratique du pouvoir est une pratique certes administrative mais aussi rituelle ! Le texte qui stipule les devoirs du vizir par exemple est censé attester d’un effort de formalisation de l’administration égyptienne. Mais une formalisation ce serait de définir les champs de compétences de chacun des fonctionnaires, leur feuille de route, etc. Or dans ce texte, il n’en est rien. C’est une mise en scène, c’est la performance d’un rite. Et c’est l’accomplissement de ce rite qui va gérer l’affaire !

Frédéric Payraudeau : Cet effort de formalisation, de mise en ordre du monde, se poursuit sous la XXe dynastie du Nouvel Empire  (1186 à 1069 av. J.-C.). avec la rédaction de l'Onomasticon d'Aménémopé, un document qui dresse des listes de rois, de personnages de la cour, dans lequel tous les fonctionnaires sont nommés… et dans lequel le Vizir est comparé à Thot, vizir de Rê. Ainsi, toute l’administration égyptienne se trouve rapportée à l’administration du dieu Rê, créateur du monde et fondateur de l’état égyptien. On est dans un dialogue permanent entre une structure sociale et le mythe.

Stèle représentant Méry, scribe en chef des archives royales vers 2550 avant J.-C., (milieu 4e dynastie) trouvée dans le cimetière de Saqqara (Egypte)
Stèle représentant Méry, scribe en chef des archives royales vers 2550 avant J.-C., (milieu 4e dynastie) trouvée dans le cimetière de Saqqara (Egypte) Crédits : DEA / G. DAGLI ORTI/De Agostini/ - Getty

Textes lus par Olivier Martinaud

  • Éloge de l’état de scribe (papyrus Anastasi III, Memphis, XIXe dynastie, c. 1210 av. J.C.)
  • Les Devoirs du Vizir, texte retrouvé à Thèbes dans la tombe de Rekhmirê, vizir sous Thoutmosis III
  • Satire du scribe dissipé (papyrus Anastasi IV, Memphis, XIXe dynastie, c. 1204-1198 av. J.C.) 

« SOIS SCRIBE, de sorte que tu sois préservé des corvées, De sorte que tu sois protégé de tous les travaux, De sorte que tu ne portes aucun couffin, De sorte que tu sois exempté de manier la rame, De sorte que tu sois éloigné de sous les tourments, De sorte que tu ne prennes pas place sous des maîtres nombreux, Sous des chefs multiples. Mais quant à ce qui se crée, c’est (sur) son ordre, Le scribe, c’est leur supérieur. » Éloge de l’état de scribe, traduction Chloé Ragazzoli

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