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Désert égyptien, quelque part entre Louxor et al-Kharga...
Épisode 3 :

L'Egypte au coeur de quel(s) monde(s) ?

52 min
À retrouver dans l'émission

Territoire en vase clos, organisé par une seule capitale administrative Memphis comme par son fleuve mythique, le Nil, qui le traverse du sud au nord ? A rebours de ce cliché, l'Egypte entretenait des relations intenses avec ses aires géographiques voisines, de la Méditerranée à la Mésopotamie.

Désert égyptien, quelque part entre Louxor et al-Kharga...
Désert égyptien, quelque part entre Louxor et al-Kharga... Crédits : Richard Baker / Pictures - Getty

Organisée par une seule capitale administrative pendant près de 4 000 ans, Memphis ? Régie par le cours du Nil qui la traverse du sud au nord ? On a souvent de l’Egypte antique la vision d’un territoire en vase clos. Pourtant, les échanges avec la Mer rouge à l’est, avec les déserts qui bordent son territoire, voire avec les populations de la Méditerranée au nord n’ont jamais cessé, provoquant des transformations géopolitiques, économiques et culturelles pour les empires successifs.

Emmanuel Laurentin s'entretient avec Bérangère Redon, chargée de recherches au CNRS, chercheuse au Laboratoire HiSoMA (Maison de l'Orient et de la Méditerranée, Lyon) et Claire Somaglino, égyptologue, maîtresse de conférences à l'Université Paris-Sorbonne.

L’Egypte souffre de pénuries structurelles : est-ce la première raison qui la pousse à explorer l’au-delà de son territoire ?

Claire Somaglino : En effet, les Egyptiens vont chercher ce qu'ils ne trouvent pas dans la vallée et les déserts qui les entourent : et en premier lieu du bois. Dès les premières dynasties, ils se rendent sur la côte libanaise pour aller chercher du cèdre et du pin. Mais aussi du cuivre, plus tard de l’étain pour fabriquer du bronze, de l’argent, de l’encens. Puis des produits de luxe comme le vin, certaines huiles, des tissus, et enfin de la main d’œuvre, afin de pourvoir aux besoins des grands chantiers des pharaons.

Que sait-on du périmètre de ces échanges ?

Claire Somaglino : Au sud, au Nouvel Empire, les Egyptiens vont jusqu’à la 5e cataracte du Nil (actuel Soudan) et jusqu’au sud de la mer Rouge. Au nord-est, les rois Thoutmôsis I et Thoutmôsis III avec leurs armés sont remontés jusqu’à l’Euphrate. Et au Nouvel Empire, les relations avec le monde égéen sont nombreuses. En revanche, on n’a pas de trace de relations avec le monde avant le premier millénaire.

Bérangère Redon : Les relations commerciales des pharaons avec le monde égéen - en particulier avec les puissances mycéniennes et minoennes établies à partir du milieu du IIe millénaire av. J.C. - s'intensifient au VIIe siècle avant notre ère. Durant toute cette Basse époque, ces deux mondes sont intimement liés, Grecs et Egyptiens combattent même parfois ensemble contre les Perses. Au VIe siècle avant notre ère, le pharaon Amasis envoie des ambassadeurs chargés de cadeaux à Cyrène, à Samos ou à Sparte. Et le roi saïte Nekao II fait don de sa cuirasse en lin richement décorée au sanctuaire d’Apollon de Didymes en Anatolie. Tout cela fait partie d’une politique d’échanges, de dons, de contre-dons destinée à entretenir de bonnes relations diplomatiques avec ses voisins.

Kylix (coupe) représentant Zeus et son aigle retrouvée dans les fouilles de la ville de Naucratis, Egypte
Kylix (coupe) représentant Zeus et son aigle retrouvée dans les fouilles de la ville de Naucratis, Egypte Crédits : DEA / G. DAGLI ORTI/De Agostini - Getty

A l'inverse, l'Egypte antique était-elle ouverte à l'immigration ?

Bérangère Redon : Psammétique Ier au VIIe siècle a ouvert l’Egypte en y accueillant des mercenaires. Et puis c’est sous Amasis que, d’après Hérodote, des Grecs se voient offrir la ville égyptienne de Naucratis pour y accueillir des commerçants venus du monde grec d’Asie mineure. Mais Naucratis n’avait pas le monopole du commerce entre Grecs et Egyptiens : grâce à l’archéologie, nous savons désormais que des communautés de Grecs et de Chypriotes installées dans tout le delta, mais aussi en Haute Egypte, circulaient et commerçaient, et avec elles leurs produits. On sait par exemple, grâce aux fouilles que nous avons faites dans le village de Plinthine à l’ouest d’Alexandrie, qu'au VIe siècle avant notre ère la moitié de la céramique égyptienne était importée du monde grec, du monde phénicien et du monde chypriote. Au Ier millénaire avant notre ère, on sait que des mercenaires grecs sont allés visiter les grands monuments de la vallée thébaine... parce qu'ils ont gravé « J’étais ici » sur les colosses de Memnon et sur les jambes de Ramsès II à Abou Simbel !

Bibliographie

Intervenants
  • directrice de la mission archéologique de Taposiris Magna (Egypte) et directrice du projet "Desert Networks"
  • maîtresse de conférences à l’Université Paris-Sorbonne

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