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L'Age mûr (1893), oeuvre de Camille Claudel (1864-1943), Musée Rodin (Paris)
Épisode 2 :

Peintres, sculptrices, copistes : qui sont les femmes artistes au XVIIIe siècle ?

52 min
À retrouver dans l'émission

Qui sont les femmes artistes aux XVIIIe et XIXe siècles ? Quelle promotion sociale peuvent-elles envisager grâce aux métiers d'art ? Quelles stratégies déploient-elles face aux discours masculinistes dominants à partir de 1850 ? Et quelles règles – voire quelles limites – leur sont imposées ?

L'Age mûr (1893), oeuvre de Camille Claudel (1864-1943), Musée Rodin (Paris)
L'Age mûr (1893), oeuvre de Camille Claudel (1864-1943), Musée Rodin (Paris) Crédits : Chesnot - Getty

Emmanuel Laurentin et Séverine Liatard s'entretiennent avec Charlotte Foucher-Zarmanian, historienne, chargée de recherches au CNRS, spécialiste des femmes dans le monde de l'art et Séverine Sofio, sociologue, chargée de recherche au CNRS.

Le XVIIIe siècle voit se développer un mouvement de féminisation des arts, avant et après la Révolution française, avant de connaître un coup d’arrêt au milieu du XIXe siècle. 

Séverine Sofio : En effet, sous la Monarchie de Juillet, 1 peintre sur 5 est une femme et 30% des copistes qui travaillent pour l’administration, pour les tableaux d’histoire qui sont produits pour le musée voulu par Louis Philippe, sont des femmes. Et elles bénéficient d'une reconnaissance relativement importante puisqu’elles sont médaillées dans les salons dans les mêmes proportions que les hommes. Après la Révolution française, les femmes ne sont plus seulement peintres d’histoire mais commencent également à investir les genres mineurs comme la peinture de fleurs, la peinture de miniatures ou sur porcelaine. Des écoles se créent pour former les jeunes filles et les familles ont conscience, à une époque où les femmes n’ont pas accès à l’enseignement secondaire, que l’art est le seul moyen - avec le mariage - d’ascension sociale. D’autant que ces artistes femmes ne sont pas victimes du stigmate social qui frappent les écrivaines à la même époque : la peinture est un métier honorable. Depuis le portrait en miniature jusqu’à la peinture sur porcelaine en passant par le coloriage de gravures, un grand nombre de débouchés, de métiers sont ouverts aux femmes, y compris de condition modeste.

Après cette période d’ouverture, de légitimation de la présence de femmes artistes dans la société, on assiste à un moment de clôture dans les années 1850 ?

Charlotte Fouchet-Zarmanian : En effet, au tournant du XIXe et du XXe siècle, la création artistique est envisagée selon un puissant clivage : la création serait du côté des hommes tandis que les femmes sont reléguées à la procréation, en vertu d’une théorie de la complémentarité, ou des « vases communicants » : aux hommes les grands genres, la grande technique, les grands sujets, et aux femmes les petites dimensions, les petits sujets. On observe à cette époque chez les critiques d’art, mais aussi chez les médecins, les prêtres, de nombreux discours misogynes, biologisant, essentialistes qui relèguent la femme du côté de sa vocation maternelle et conjugale. Selon ces discours, les femmes ne peuvent prétendre à l’originalité, elles sont condamnées à l’imitation, à la copie. Une femme belle qui peut procréer ne peut donc pas créer. Et pour celles qui toutefois parviendraient à créer, elles ne peuvent alors qu’en venir à se déféminiser, à se masculiniser, à avoir « un cerveau d’homme » comme on le disait des écrivaines.

Textes lus par Daniel Kenigsberg

  • Edmond Picard, « Les femmes artistes », L’Art moderne, 21 septembre 1884
  • Abbé de Fontenay, article paru dans le Journal général de France le 14 juin 1785
  • Antoine Renou, article paru dans le Journal de Paris le 9 juillet 1785

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