LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Avec plus de 320 000 inscrits en 2017, les universités françaises ont la troisième plus grande population étudiante internationale au monde
Épisode 3 :

l’ouverture internationale des universités en France

52 min
À retrouver dans l'émission

Deuxième volet de cette série consacrée aux figures de l'internationalisme : l'université française face à la concurrence internationale. Trois périodes seront évoquées, le Moyen Age avec Nathalie Gorochov, la période moderne avec Dominique Julia et la période contemporaine avec Guillaume Tronchet.

Avec plus de 320 000 inscrits en 2017, les universités françaises ont la troisième plus grande population étudiante internationale au monde
Avec plus de 320 000 inscrits en 2017, les universités françaises ont la troisième plus grande population étudiante internationale au monde Crédits : Thomas Samson - AFP

Un débat historiographique co-animé par Séverine Liatard.

A la fin du XIXe siècle, on compte entre 1000 et 2000 étudiants étrangers en France. Avant la Première Guerre mondiale, ils sont presque 6 000. Et les chiffres explosent dans l’entre-deux guerres avec 15 000 étudiants étrangers, propulsant la France au premier rang mondial en termes d’attractivité universitaire. Aujourd’hui, la France occupe la troisième place, avec une population de 320 000 étudiants étrangers. Ainsi, la mobilité des étudiants en Europe n'aurait-elle pas commencé grâce au programme Erasmus ?

Nathalie Gorochov : Non, dès le Moyen Age et la naissance des premières universités, on constate ce phénomène. Les premières universités apparaissent après un siècle d’essor d’"écoles", fondées par des maîtres. Paris, Bologne et Oxford sont créées à peu près au même moment : entre 1190 et 1210. Certes, l’histoire des populations étudiantes est moins avancée pour le Moyen Age que pour la période moderne parce que les matricules, les listes d’étudiants, manquent, et que les sources sont fragmentaires, mais elles indiquent toutefois une mobilité importante entre ces trois centres. Bologne attirait pour le droit canonique romain, Paris plutôt pour la philosophie et la théologie. C’est la renommée des maîtres qui attire les étudiants étrangers. A la fin du XIIe siècle par exemple, les gens qui veulent faire du droit accourent de France, d’Angleterre ou d’Allemagne à Bologne pour venir écouter Huguccio de Pise (1140-1210). Et au passage, certains s’arrêtent à Paris pour y apprendre la théologie. A cette époque, la durée des études n’a rien à voir avec ce que l’on connaît aujourd’hui : pour être licencié en théologie, il faut étudier quinze ans après avoir obtenu sa maîtrise ès arts. Par conséquent, on a beaucoup d’étudiants de 35 ou 40 ans. A Paris, au XIIIe siècle, l’université compte plus d’un tiers d’étudiants issus de la petite noblesse, mais aussi de grandes familles nobles italiennes.

#circulation des idées #pérégrinations

L’irruption de la Réforme met-elle un terme à cette mobilité européenne des étudiants ?

Dominique Julia : Oui, parce que les universités exigent désormais des serments religieux et des professions de foi. De ce fait, des réseaux vont se scinder, il y a des villes dans lesquelles on ne se rendra plus. On n'ira plus de Wittenberg à Ingolstadt qui est une faculté jésuite par exemple. A Pise, l'université impose une profession de foi en 1564, et en 1575 un serment de fidélité au grand duc de Toscane. Alors tous les étudiants allemands disparaissent tandis que les Espagnols viennent à Pise parce que le grand duc de Toscane est inféodé au roi d’Espagne. On voit ainsi que les mobilités étudiantes sont profondément modifiées par des circonstances politiques et religieuses.

#Leiden #Abbé Grégoire #Rousseau

La concurrence impitoyable que se livrent les universités a-t-elle commencé avec le classement Pisa ?

Guillaume Tronchet : Non, la concurrence internationale entre les universités existe déjà à la fin du XIXe siècle ! Il y a eu notamment une concurrence acharnée entre le modèle allemand universitaire "humboldtien" qui favorise la recherche, la liberté intellectuelle, et un modèle français napoléonien, davantage du côté du contrôle. A cette époque, la Sorbonne républicaine cherche à s’imposer sur la scène internationale, notamment parce que la IIIe République est la seule république au sein de l’espace européen : elle cherche à exister face à la science allemande notamment, qui inspire beaucoup, notamment les universités américaines. On va chercher alors à détourner d'Allemagne ces flux d'étudiants en recherche de qualification et à attirer en France cette "clientèle étrangère".

#Victor Duruy #CNRS #diplomatie universitaire

Dans le cadre du programme de recherche ANR GlobalYouth sur la Cité internationale universitaire de Paris et l'histoire des mobilités étudiantes internationales, un appel à témoignages (archives, photographies, lettres, etc.) est lancé aux anciens résident.e.s, acteurs et actrices de la Cité internationale universitaire. Contact : appelglobalyouth@gmail.com

Musiques diffusées :

  • Luis Mariano, Laissez passer les étudiants
  • Charles Aznavour, Les amours médicales
Intervenants
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......