LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
La Guerre de Trente Ans survient dans un contexte particulier, une conjoncture de crise globale que les historiens ont appelée le « mini âge glaciaire »
Épisode 1 :

Le grand entretien

51 min
À retrouver dans l'émission

Un grand entretien avec l'historien Hervé Drévillon, spécialiste d'histoire militaire pour inaugurer cette série de quatre émissions consacrée à un conflit terrible qui a ensanglanté l’Europe dans la première moitié du 17e siècle : la Guerre de Trente Ans.

La Guerre de Trente Ans survient dans un contexte particulier, une conjoncture de crise globale que les historiens ont appelée le « mini âge glaciaire »
La Guerre de Trente Ans survient dans un contexte particulier, une conjoncture de crise globale que les historiens ont appelée le « mini âge glaciaire » Crédits : L'atelier des portes d'argent

Si la Guerre de Trente ans est bien connue et étudiée en Allemagne, aux Pays-Bas et dans les pays d’Europe centrale, elle a en revanche laissé peu de souvenirs dans les mémoires en France, à l’exception de la Lorraine, du Nord ou de la Franche-Comté. Cette guerre, qui se déclencha à Prague en 1618 et avant de se conclure avec les traités signés à Munster et Osnabrück en 1648, est pourtant fondatrice pour l’histoire de l’Europe puisque c'est sur les décombres de ces trois décennies de conflits religieux et politiques que sont nés les états européens modernes.

Si ce n'étaient ses conséquences tragiques, l’élément déclencheur de la Guerre de Trente ans, survenu à Prague, en mai 1618, rappellerait presque une scène de western : la défenestration de deux agents de l’empereur. Comment une telle « anecdote » a-t-elle pu déclencher une guerre aussi longue et meurtrière ?

Hervé Drévillon : En effet, comme on le verra plus tard avec l’invasion de l’Algérie par la France en 1830 ou avec l’attentat de Sarajevo qui provoque la Première Guerre mondiale, une « étincelle » peut déclencher une guerre. Cette « défenestration » par des milices protestantes de deux agents d’un empereur catholique prend place au cœur d’un espace géopolitique complexe, celui du Saint-Empire germanique dans lequel une autorité, celle de l’empereur Ferdinand II, fédère plus de 300 états ou cités-états. Or le Saint-Empire à ce moment-là, comme toute l’Europe, après la Réforme, est partagé entre plusieurs religions. Ferdinand II décide de revenir sur l'accord consenti en 1555 avec la paix d’Augsbourg dont le principe était « tel prince, telle religion » (cujus regio, ejus religio) c’est-à-dire que c’était le souverain d’un état qui en fixait la religion. Or là, Ferdinand II souhaite imposer la religion catholique à l’ensemble des états de l’Empire.

Qu’est-ce qui explique que cette guerre va sortir de l’espace pragois, bohémien pour gagner progressivement toute l’Europe ?

Hervé Drévillon : La religion n’est pas un phénomène purement national. D’une part, l’Eglise catholique a des prétentions universelles et de l’autre il y a une solidarité entre Protestants. Depuis la Réforme au 16e siècle, la question religieuse même si elle se déploie dans des espaces nationaux avec des lois et des façons de régler la diversité confessionnelle propres à chaque état est devenue une question européenne. Il y a de nombreuses solidarités, et l’on assiste à des transferts de ces enjeux confessionnels d’un espace national à un autre.

Que fait la guerre à la société ?

Que fait la guerre à la société ?
Que fait la guerre à la société ? Crédits : Franck Fiat

Hervé Drévillon : Sur le plan de l’art de guerre, le XVIIe siècle est le moment où l’arme à feu individuelle - le mousquet - devient la maîtresse des batailles. Pourtant, les armes à feu sont encore très imparfaites à cette époque : imprécises, elles ont une faible cadence de tir : il faut une minute pour recharger un mousquet ! A cause de cela, les dispositifs tactiques mis en place vont transformer profondément l’éthique militaire : parce que le feu ne vaut que s’il est collectif, la vertu qui va dominer désormais est la discipline. Même si l’idéal nobiliaire des « guerriers nés » continue de perdurer comme référent, on voit fleurir de nombreux traités d’art militaire qui insistent tous sur la discipline, parce que sont les fantassins roturiers qui vont régler le sort des batailles.

#Bernhard de Saxe-Weimar #mutineries #Turenne

Intervenants
  • professeur d’histoire militaire à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, directeur de l’institut des études sur la guerre et la paix.
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......