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Édition originale de "Justine, ou les malheurs de la vertu" du Marquis de Sade (1791).
Épisode 3 :

Des livres clandestins

53 min
À retrouver dans l'émission

Débat sur la librairie sans devanture, les fascicules politiques interdits, les livres érotiques : tout ce qui a trait à la vente "sous le manteau".

Édition originale de "Justine, ou les malheurs de la vertu" du Marquis de Sade (1791).
Édition originale de "Justine, ou les malheurs de la vertu" du Marquis de Sade (1791). Crédits : Wikipédia

Le questionnement autour des livres interdits est très ancien, comme l'explique l'historien de l'édition Jean-Yves Mollier : déjà dans la Rome antique des années 80 après Jésus-Christ, le libraire Secundus vendait sous le manteau les épigrammes du poète Martial ; le XVIIIe siècle a connu de nombreux colporteurs qui faisaient passer des écrits provenant de Genève ou des Pays-Bas ; au XIXe siècle, ce phénomène continue, et l'un des frères Garnier était d'ailleurs spécialisé dans la littérature érotique. Théoriquement, l'outrage "à la morale publique, religieuse et aux bonnes mœurs" est abrogé en 1881 - même s'il continue dans la pratique d'être utilisé par la justice. C'est en réalité seulement après 1968 que le desserrement de l'étau autour des livres interdits se fera vraiment.

La pornographie, les livres d'extrême-droite après la Libération, les bandes-dessinées avec la loi de protection de la jeunesse en 1949... les ouvrages ayant fait l'objet d'interdiction en France sont de diverses natures. Les publications érotiques sont cependant particulièrement concernées. D'abord parce qu'elles font scandale, bien sûr. Mais selon Jean-Yves Mollier, c'est aussi parce qu'elles ont toujours une dimension politique - et on reconnaît de fait souvent un pouvoir subversif et même révolutionnaire au sexe - :

Dans "libertinage", il y a liberté. Le libertin n'est pas simplement celui qui multiplie les conquêtes féminines, c'est aussi un homme qui le fait au nom d'une certaine conception de l'existence, du refus des contraintes et des normes.

L'écrivaine Désirée Frappier rappelle que ces problèmes d'interdiction touchent avant tout les éditeurs, plutôt que les libraires. Cependant, ces derniers s'imposent souvent eux-mêmes une certaine censure, comme en témoignent les publications de la chambre syndicale des libraires  :

Nous avons, nous libraires, en bons pères de familles, le devoir d'écarter de nos vitrines les volumes faisandés. (1946)

Si d'outres-séants nous envoient les livres interdits de là-bas, traduits en français, nous devons par un sentiment de patriotisme aussi bien que moral ne pas les vendre. (1961)

Cette émission vous propose ainsi un retour historique sur la vie clandestine de la littérature en France.

Par Emmanuel Laurentin. Réalisation : Véronique Lamendour. Prise de son : Jacques Vinson.

Extraits audio :

  • Fahrenheit 451, François Truffaut 
  • À voix basse, Juliette Noureddine 
Intervenants
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