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"Le peuple n'a jamais choisi son orthographe. Au Moyen-Âge, ce sont les copistes qui ont décidé de l'orthographe des mots "
Épisode 1 :

Du bon usage de l'orthographe

54 min
À retrouver dans l'émission

Ce qui nous apparaît aujourd'hui figé, l'orthographe d'un mot, a en réalité été, et demeure, en perpétuel mouvement, soumis à l'usage mais aussi aux influences de la société qui l'emploie.

"Le peuple n'a jamais choisi son orthographe. Au Moyen-Âge, ce sont les copistes qui ont décidé de l'orthographe des mots "
"Le peuple n'a jamais choisi son orthographe. Au Moyen-Âge, ce sont les copistes qui ont décidé de l'orthographe des mots " Crédits : INTERCONTINENTALE - AFP

Après la remise par Alain Bentolila d'un rapport très attendu sur la grammaire au Ministre de l'Education Gilles de Robien, la Fabrique de l'histoire revient pendant quatre jours sur l'orthographe à la française, sa mise en place, son histoire, ses controverses. 

La parole est ici donnée à André Goosse, Président du Conseil international de la langue française et professeur de linguistique française à l’université de Louvain. Il travaille depuis les années 1980, sur les traces de son beau-père Maurice Grévisse, à la mise à jour de sa célèbre grammaire prescriptive, le Bon usage (familièrement appelée "le Grevisse")

D'où vient la norme orthographique ?

Dès le XVIe siècle, la langue française commence à se figer dans les dictionnaires, l'invention de l'imprimerie ayant notamment joué un rôle déterminant dans ce processus. Mais c'est au XIXe siècle que l'on commence à véritablement donner une importance considérable à l'orthographe : l'école de Jules Ferry la "divinise" selon Goosse, et en fait le fondement de la langue. La France connaît alors un "déluge de grammaires"

Malgré ce cadre solidement fixé depuis plusieurs siècles, un sempiternel débat demeure entre l'orthographe simple et l'orthographe savante. Pour Goosse, il existe deux langues : l'une qui se fait "par le bas", d'un registre moins châtié que l'autre, qui se fait "par le haut". Mais le triomphe de la seconde sur la première est pour l'instant incontestable :

Le peuple n'a jamais choisi son orthographe. Au Moyen-Âge, ce sont les copistes qui ont décidé de l'orthographe des mots ; au XVIe siècle, les imprimeurs ; puis, ce pouvoir a été délégué à l'Académie française par Richelieu. Sur l'orthographe, le peuple n'a pas de prise.

En reprenant le Bon usage, Goosse s'est efforcé de lui donner un cadre linguistique plus moderne en y représentant ces usages concurrents de la langue - à la fois l'orthographe telle qu'elle est enseignée, et l’orthographe réellement utilisée par la majorité des gens. Il considère que le manuel, qui s'adresse à un public très large, ne doit pas être à la pointe.

Contre l'immobilisme de la langue

Les réformes de l'orthographe peuvent être considérées comme un véritable travail de Sisyphe. Alors que des propositions sont régulièrement faites, les changements effectifs sont rares. C'est une spécificité des Français d'être autant attachés à leur langue, qui de surcroît multiplie les règles qui semblent bien souvent injustifiées voire absurdes.

Automatiquement, on privilégie l'exception. L'exception joue le rôle de la règle.

Mais pourquoi ? Qu'est-ce qui justifie de résister à la modernisation de l'orthographe ? Selon André Goosse, ce refus du changement est dû au fait que l'orthographe soit une matière essentielle de l'enseignement depuis notre plus jeune âge. Cela induit une forme d'habitude inscrite très profondément en nous, mais aussi une forme de sadisme : l'idée est qu'ayant souffert pendant notre enfance pour apprendre la difficile orthographe française, nous souhaitons ensuite que le régime soit le même pour les autres.

Le pouvoir politique des mots

Selon Goosse, le rapport entre le politique et la langue est incontestable. Parfois, le lien entre le régime et la manière dont l'orthographe est enseignée, et ce qu'elle dit de la société, est évident : par exemple pendant la Révolution française, lorsque l'on se bat pour la suppression des patois, par opposition au passé et à l'Ancien Régime. Mais, s'il y a un pouvoir politique de la langue, on ne peut selon le grammairien pas en dire autant de l'orthographe. 

Qu'on présente la modification des mots comme une révolution, ça me heurte.

Une raison de plus pour lutter contre le conservatisme orthographique outrancier. 

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